Les Divis - Brian Catling

Les Divis est le troisième et dernier tome du cycle de Vorrh . Il paraît en français dans une traduction de Nathalie Mège, toujours chez Outrefleuve. Tome 3 donc review forcément courte car tu sais ou devrais savoir, lecteur, de quoi il retourne lorsqu'on prononce, non sans frémir, le nom oublié et terrifiant de Vorrh. Brian Catling (récemment décédé hélas) y lie les fils de l'intrigue complexe qu'il avait tissés dans les deux volumes précédents. D'Ismael (étonnant, non ?)  à Modesta en passant par le professeur Schumann, Cyrena Lohr, Sidrus, ou l'incroyable Undeswilliams, tous sont là pour de dernières scènes qui, parfois, sont faites de flashbacks. Et n'oublions pas pour ce grand final, même si Dieu semble l'avoir fait, ces Ancêtres qui, après avoir failli, se sont endormis ou éparpillés à la surface de la Terre. N'oublions pas non plus que la Création dont nous faisons partie est menacée (par Dieu lui-même – spécial dédicace à Marguerite Imbert car

Le Voleur - Claire North


Bangkok, 1938.

Rémy Burke fait partie de l'élite de la Maison des Jeux, il joue dans la Haute Loge, et depuis longtemps. Un soir il est abordé par le bien plus jeune en Haute Loge Abhik Lee qui le pousse à boire jusqu'à l'ivresse avant de lui arracher son accord pour une partie de cache-cache.


Tout le monde connaît cache-cache, tout le monde y a joué. Mais sûrement pas à celui de la Haute Loge.

La règle y est simple. Burke doit rester caché le plus longtemps possible de Lee puis, après la découverte de Burke, les rôles seront inversés. A la fin, celui des deux qui aura été caché le plus longtemps sera déclaré vainqueur et remportera la mise ; Lee a misé 20 ans de sa vie à transférer à Burke et Burke – c'était l'alcool qui parlait – a accepté de miser toute sa mémoire. Le terrain de jeu est la Thaïlande entière, et les deux joueurs ont des « pièces », humain alliés qu'ils peuvent utiliser à leur guise.

Problème : Burke s'est fait arnaquer. En Thaïlande (qu'il ne doit pas quitter), il n'a pas de pièce alors que Lee (qui, visiblement, prépare son coup depuis longtemps) en a quantité et pas des moindres, policiers, militaires, politiques, etc.

Cerise sur le gâteau : Lee peut physiquement passer pour un local alors que le franco-anglais Burke est très loin d'en être capable. Handicap supplémentaire.

Et la Maison des Jeux qui, normalement, s'assure du fair-play des paris, a laissé passer.


Commence alors pour Burke une exténuante course effrénée de plusieurs semaines à travers la jungle thaïlandaise, de Bangkok vers le Nord puis retour. Une course qu'il doit contenir à l'intérieur du wilderness le plus vide d'homme possible (car quiconque peut être un informateur de Lee), et durant laquelle, au prix de sa santé, il ne peut jamais vraiment s'arrêter ni se reposer ni réfléchir.


Avec ce deuxième volume de la trilogie La maison des Jeux, Claire North change d'époque et de pays. Rien d'étonnant quand on sait que la Maison des Jeux existe en tout temps et tout lieu et que s'y joue un Grand Jeu dont les coups et les prix consistent en empires gagnés ou perdus, fortunes faites ou dilapidées, vies offertes ou prises par millions.


Comme dans le premier opus le lecteur est guidé par un narrateur qui lui décrit la partie et lui en explique un peu les enjeux ou les étrangetés. Mais ici le Grand Jeu est bien plus explicite qu'alors. La partie que disputent Burke et Lee à l’instigation de Lee est clairement un élément de celle pour la prise de contrôle de la Maison des Jeux et, par là même, des règles qui orientent l'historicité mondiale.


Dans un pays au gouvernement trouble qui connaîtra bientôt les soubresauts de la Seconde Guerre Mondiale (le narrateur, qui connaît toutes les époques, le laisse entendre au lecteur), Le Voleur est une course frénétique et un peu désespérée à travers un royaume bâti entre eau et jungle. Un pays fascinant et baroque dont l’incroyable foisonnance avait déjà été rapportée ici tant dans La fille automate de Bacigalupi que dans le Bangkok Déluge de Sudbanthad. Un pays où l'on passe vite et presque naturellement de villes surchargées de vies, de couleurs, d'odeurs et de mouvements au point de saturer tout le sensorium de ses habitants (et des lecteurs qu'y introduit la plume expressive de North) à une nature encore très sauvage (et tout aussi foisonnante). C'est dans cette nature que court et se cache Burke, c'est là aussi qu'il fait quantité de rencontres improbables qui rendent son voyage humain et possible à la fois.

Des trafiquants conduits par leur vieille mère à la femme veuve que plus personne ne touche en passant entre autres par des moines, Burke découvre et fait découvrir au lecteur la vie complexe qui habite les backwaters d'un royaume qu'on connaît plus par ses palais et ses temples. Jusqu'à son retour à Bangkok pour un final lors duquel il s'avère que sa partie n'était qu'une de celles d'un jeu plus grand encore et que, de fait, Lee et lui n'étaient guère plus que des pièces dans les jeux de joueurs autrement plus capés.


Dans une ambiance de thriller colonial (un monde sur sa fin en 1938), Le Voleur est une course-poursuite haletante qui annonce de grands bouleversements à venir pour la Maison des Jeux et donc pour le monde entier. Visuel, sonore, odorant, et surtout palpitant, Le Voleur est une lecture captivante qui rappelle les films d'action les plus dynamiques, en plus malin.


Le Voleur, Claire North

L'avis de Feyd Rautha

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