84K - Claire North - Retour de Bifrost 105

Marx et Lénine l'ont affirmé, « l'Etat n'est qu'un instrument au service de la bourgeoisie », oubliant que parfois, en bon Léviathan, il empêchait aussi les religions de se foutre sur la gueule. Puis vint Thatcher qui du Léviathan coupa les appendices (éducation, santé, transport, aides sociales) qui servaient le peuple, ce que même les deux grands anciens n'avaient pas su prédire. Dans 84K , Claire North imagine une Angleterre qui serait allée tout au bout de la logique thatchérienne, une Angleterre dans laquelle privatisations, externalisations et suppressions des crédits sociaux auraient atteint des niveaux tels qu'une population plongée dans une très grande misère y entrevoit (derrière des barrières) une petite élite qui en extrait sans limite la plus-value. Jusqu'au point où même la police, la justice et la fiscalité sont passées entre les mains de la Compagnie (holding quasi métaphysique qui possède toutes « les compagnies qui possèdent des compagnie

La millième nuit - Alastair Reynolds


Sortie aujourd'hui dans la collection UHL de "La millième nuit", d'Alastair Reynolds, une novella qui sert de prémices au roman House of Suns à venir.


Futur très lointain, loin très loin dans l'espace – cette frontière de l'infini vers laquelle voyageait l'Enterprise. L'humanité a fini par quitter son berceau et essaimé dans tous les azimuts. Éparpillée, la race humaine s'est transformée autant que faire se peut, et, en dépit d'une origine commune, il n'est guère facile de trouver des points communs morphologiques ou physiologiques entre nos très lointains descendants – sans parler d'en trouver avec nous.

Durant ces pérégrinations, l'humanité sous toutes ses formes n'a rencontré personne, juste les traces d'une civilisation spatiopérégrine disparue, les Précurseurs.


Au sein de cette diaspora dont certains ont parfois même oublié qu'ils en étaient, quelques Lignées (de clones) descendent chacune d'un ancêtre unique et identifié qui a laissé à ses successeurs dotés d'une espérance de vie quasi infinie la mission d'explorer, d'apprendre, de transmettre.

Explorer en voyageant des centaines de milliers d'années durant, transmettre en organisant tous les 200000 ans de grandes Retrouvailles durant lesquelles, sur un monde géoengeeniré par l'occasion, les clones de la lignée se retrouvent pour mille jours de fête, d'orgies, et de transmission mémorielle braintobrain afin que chacun reparte avec les connaissances et les expériences glanées par tous les autres. Des amitiés et des alliances s'y nouent aussi, tout comme de vraies inimitiés.

La novella se focalise sur la Lignée Gentiane – d'après le nom de sa fondatrice – et encore plus précisément sur le couple d'amants formé par le très las et désimpliqué Campion et la superbe et dynamique Purslane.


La vitesse de la lumière étant toujours une barrière infranchissable dans un univers toujours aussi immense, les communications sont lentes et inefficaces, presque autant que les voyages interstellaires en dépit des vaisseaux colossaux dans lesquels voyagent les membres de la Lignée, des vaisseaux capables sans coup férir de détruire des mondes ou des étoiles. Une puissance de dieux. Mais la puissance de feu n'est pas tout, aucun ne peut aller plus vite que la lumière ni entrer dans un hypothétique hyperespace. Pas d'empire possible dans ces conditions, désolé pour Trantor !

Or, en coulisses, se prépare un Grand Œuvre qui  implique plusieurs Lignées et aurait un rapport avec ce problème. Sur la nature de l'Œuvre comme sur ses modalités, la plupart des Gentiane ne savent rien, les informations sur l'Œuvre étant l'apanage d'un petit nombre d'Adeptes qui, s'ils ne sont en rien un gouvernement, sont les seuls des Gentiane qui discutent et planifient avec les autres Lignées.


Alors que les mille jours et nuits de festivités, organisées cette fois par Campion, se déroulent comme à l'accoutumée, la très vive Purslane remarque qu'il y a des incohérences entre deux trames mémorielles échangées. Il semble que l'un des Gentiane n'ait pas été là où il disait avoir été et qu'il ait modifié son message mémoriel pour le cacher aux autres. Pourquoi commettre ce que la Lignée considère comme un crime grave ? C'est pour répondre à cette question que Campion et Purslane vont prendre tous les risques et se mettre eux-mêmes en tort afin de prouver qu'une atrocité a été commise. S'il n'est pas facile d'être un dieu, c'est souvent encore plus dur pour ceux qui n'ont pas la chance de l'être.


Abîmes incommensurables de temps et d'espace, technologie et puissance de feu terrifiantes, terraformation triviale, Reynolds développe un sense of wonder peu commun sur des échelles de temps qui peuvent rappeler le Riding the Crocodile de Greg Egan. Il peuple ici son univers de post-humains qui évoquent l'Illium de Dan Simmons. Il y place un récit d'aventure aux enjeux colossaux qui n'oublie pas d'être régulièrement drôle. C'est une lecture d'une traite. Un bon moment à passer en attendant la suite.


La millième nuit, Alastair Reynolds

L'avis de Feyd Rautha

Ce livre participe au Summer Star Wars du RSFBlog

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