Roger Zelazny - Le temps d'un souffle, je m'attarde

Ressortie aujourd'hui dans la toujours pertinente collection Dyschroniques du "Destination fin du monde" de Robert Silverberg qui n'était plus disponible en français depuis longtemps. Rappelons que la maison d’édition indépendante Le passager clandestin est une toute petite maison radicale, engagée et militante contre une certaine forme insatisfaisante du monde. Au milieu des non fictions, on y trouve la collection Dyschroniques qui remet à l’honneur des textes anciens de grands noms de la SF.  Nouvelles ou novellas posant en leur temps les questions environnementales, politiques, sociales, ou économiques, ces textes livrent la perception du monde qu’avaient ces auteurs d’un temps aujourd’hui révolu. On notera que chaque ouvrage à fait l’objet d’un joli travail d’édition, chaque texte étant suivi d’une biographie/bibliographie de l’auteur, d’un bref historique des parutions VO/VF, d’éléments de contexte, ainsi que de

Until the Last of Me - Sylvain Neuvel


« Always run, never fight. Preserve the knowledge. Survive at all costs. Take them to the stars. »
Ce sont les principales règles qui régissent les vies de Mia et de sa mère Sara. Sara est née en 1905, Mia en 1925. Elles se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Rien d’étonnant à ça, seuls les gènes de Sara sont passés à Mia. Car, en dépit de leur apparence, les deux femmes ne sont pas vraiment humaines, pas humaines du tout pour être exact.

Ces règles, ce sont maintenant Mia et sa fille Lola qui doivent les appliquer. Sara est morte. Sa fille et sa petite-fille forment la nouvelle paire active. Nous sommes en 1968 et Apollo 11 emmènera bientôt les premiers humains sur la Lune.


"Until the Last of Me" est le deuxième tome de la série Take the to the Stars (dont on peut lire le background dans cette chronique). On  y retrouve la plus récente incarnation des Kibsu, toujours dévouée à une mission vieille de presque trois millénaires, toujours poursuivie par leurs ennemis, les Traqueurs. Face à l'inconnu et au danger, la paire Mia/Lola est seule pour mener à bien la quête, sans les conseils et l'expérience de Sara. Pas facile.

Alors certes, ça y est ! Bravo ! Hurra ! Le travail des Kibsu (vu dans le tome 1) a payé. Les Américains sont arrivés sur la Lune.

Mais les décennies suivantes ne seront guère folichonnes sur le plan de la conquête spatiale. Aucun humain n'ira plus loin que la Lune, et même celle-ci sera rapidement abandonnée. Navettes spatiales, station Mir, voilà à quoi se limitera la présence humaine dans l'espace pour un bon moment. Mia n'a plus beaucoup de contacts avec les responsables de la conquête spatiale. Et ceux-ci s'écartent progressivement d'une activité dont le rapport qualité/prix semble très faible (tous ceci off car le roman n'est centré que sur la paire Kibsu et l'un des Traqueurs qui leur donnent la chasse).


Deux focus donc :


D'abord Mia et Lola.

Mia. Perdue sans les conseils et l’expérience de sa mère. Désorientée face à une fille qui devient une adolescente dans un monde où l’adolescence est le temps des transgressions. Effrayée régulièrement par la traque incessante de ses ennemis qui l'oblige à déménager fréquemment, à violer ses propres règles de discrétion, à craindre pour la vie de Lola et à regretter le fardeau qu'elle dépose sur ses épaules (comme chacun de ses devancières le déposa sur celles de sa propre fille).

Lola. Qui voudrait vivre comme une personne normale. Qui voudrait avoir une individualité et voir un peu celle de se mère par-delà le rôle. Qui a du mal à supporter les règles des Kibsu. Qui ne sait pas comment se situer dans une quête millénaire qu'elle n'a pas choisie et dont elle doute parfois de l'utilité. Qui va pourtant réussir là où tant d'autres ont échoué.


Dans l'autre camp, Samael. Dernier fils d'un Traqueur. Qui sent en lui la rage meurtrière de son espèce/sexe mais s'appuie sur l'enseignement de sa mère humaine (traitée comme une esclave par son père et ses frères) pour y résister. Qui voudrait parfois être simplement humain, sans quête ni violence. Qui prend néanmoins l’initiative de tuer aussi souvent que nécessaire. Qui cherche des décennies durant des traces des anciennes Kibsu et de la mythique orbe qu'elles gardaient. Qui échoue dans sa quête mais finit par rencontrer les Kibsu actuelles pour une conclusion qui est plutôt à son avantage. Jusqu'au tome 3 à venir.


Dis comme ça, ce tome 2, plus intime et plus psychologique, qui dévoile le backstage de la guerre millénaire et développe ses protagonistes, paraît intéressant. Le problème est qu'il ne s'y passe presque rien. Après l'histoire secrète trépidante du tome 1, Neuvel entraîne le lecteur dans une sorte de pause ponctuée seulement par la vaine quête des Traqueurs et l'autre, plus fertile, conduite par les Kibsu. Dommage que cette dernière donne le sentiment de reposer sur tant de coïncidences, d'interprétations brillantes d'indices minuscules et de réussites incroyables qu'elle en devient invraisemblable et purement ad hoc (problème typique des romans dans lequel on doit retrouver aujourd'hui un artefact perdu  depuis 2500 ans à l'aide d'indications au mieux fragmentaires).


Il se passe tellement peu de choses conséquentes comparé au tome 1 que Neuvel meuble avec la quête ratée des Traqueurs, des interludes bios fictifs de Kibsu du passé ayant participé (ou pas) à des découvertes astronomiques (jusqu'à une bio d'Hypatie qui n'est même pas Kibsu, et dont on se demande ce qu'elle vient faire là à part comme passage féministe obligé), ou à la longue recension des missions Pioneer 10 et 11 dans leur Grand Tour du système solaire (justifiée par la passion que Mia leur voue même si sa participation fut au mieux lointaine et qui, si émouvante soit-elle, ne peut servir d'ersatz à une intrigue bancale).


C'est donc une vraie déception. Il y aura un tome 3 – conclusif. Je ne sais pas si j'aurais envie de le lire ou si un résumé suffira.


Until the Last of Me, Sylvain Neuvel

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