84K - Claire North - Retour de Bifrost 105

Marx et Lénine l'ont affirmé, « l'Etat n'est qu'un instrument au service de la bourgeoisie », oubliant que parfois, en bon Léviathan, il empêchait aussi les religions de se foutre sur la gueule. Puis vint Thatcher qui du Léviathan coupa les appendices (éducation, santé, transport, aides sociales) qui servaient le peuple, ce que même les deux grands anciens n'avaient pas su prédire. Dans 84K , Claire North imagine une Angleterre qui serait allée tout au bout de la logique thatchérienne, une Angleterre dans laquelle privatisations, externalisations et suppressions des crédits sociaux auraient atteint des niveaux tels qu'une population plongée dans une très grande misère y entrevoit (derrière des barrières) une petite élite qui en extrait sans limite la plus-value. Jusqu'au point où même la police, la justice et la fiscalité sont passées entre les mains de la Compagnie (holding quasi métaphysique qui possède toutes « les compagnies qui possèdent des compagnie

Everything's Fine - Matthew Pridham


"Everything's Fine' est une nouvelle de Matthew Pridham, éditée par Ann Vandermeer et lisible sur le site Tor.com.

Résolument weird, le texte montre les pérégrinations d'un monsieur Eric Eldridge qui va aujourd'hui à une importante réunion de managers dont il espère ressortir avec une promotion. A cette fin, et pour améliorer encore ses chances, il a investi dans rien moins que la réalisation puis le port d'un nœud Balthus.

Rien ne compte pour lui que cette promotion possible et son nœud Balthus, alors que tout autour le monde se délite jusqu'au chaos et que sa déambulation matinale se fait dans un paysage qui évoque un mix entre un tableau de Dali et les temps suivant le retour des Grands Anciens sur Terre. Qu'importe le décor, qu'importe même l'identité des managers régionaux, la réunion aura lieu, l'avenir d'Eric en dépend.

Texte à prendre au premier degré sans lui chercher un sens caché métaphorique qui le trivialiserait, "Everything's fine" est une pépite weird pleine de nonsense dans laquelle l'incroyable absurde se trouve autant dans l'état du monde que dans l'absence de réaction de son personnage principal à cet état. On pourrait y voir un Don't Look Up avant l'heure mais il serait, je pense, dommage de lire ce texte autrement que comme un parnassien.

Everything's Fine, Matthew Pridham

Commentaires