L'infini vu d'avion - Philippe Cousin

L'infini vu d'avion  est un recueil de nouvelles de Philippe Cousin. Pas totalement SFFF, il est néanmoins agréable à lire dans sa forme de testament intellectuel et biographique. Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le  Bifrost  n° 122, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…). Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout : À leur manière, les personnages de Philippe Cousin tentent tous de forcer le destin, qui le leur rend bien en leur jouant un tour à sa façon. Il sera question dans L’infini vu d’avion de la redécouverte de Dieu par un instituteur agnostique, de l’amitié à vie d’un petit garçon pour un géant noir, du coup de foudre entre un veuf alcoolique et sa passagère clandestine, de la libido psychotique d’un adolescent fasciné par les Kennedy, de la course folle d’un boomerang égaré dans l’espace et le temps, de l’intelligence approximative d’un robot chinois à lacer et ...

The Witling - Vernor Vinge - Les Traquenards de Giri


"The Witling" (Les Traquenards de Giri en VF ?!?) est le premier vrai roman du grand Vernor Vinge, publié en 1976.

Giri, une planète sur laquelle vivent les Azhiri, un peuple humanoïde stocky aux puissants pouvoirs télépathiques. Les Azhiri communs peuvent « sentir » les structures ou les êtres, téléporter leur corps ou de la matière sur de grandes distances, tuer même en tordant l'usage de la téléportation. De ce fait, leur technologie est assez primitive, guère mieux que médiévale, tant leurs pouvoirs, de téléportation notamment, rendent inutiles de grands efforts de recherche dans le domaine des transports ou de l'armement. Pourquoi fabriquer des armes quand on tue par la pensée ? Pourquoi tracer des routes quand des lacs de transit suffisent ? Dans le même ordre d'idées, il n'y a en général pas de portes aux maisons – on se téléporte de pièce en pièce –, et le palais du Roi de l'été s'étend sur deux hémisphères quand celui du Roi de l'hiver va de pôle à pôle.

Politiquement, les Azhiri sont grosso modo regroupés en trois royaumes ou factions – bien peu démocratiques – en guerre plus ou moins larvée ; parcourir Giri signifie donc souvent traverser des zones contestées.

Last but not least, et c'est politique aussi, tous les Azhiri n'ont pas un pouvoir de la même intensité. Certains, soldats notamment, sont entraînés à faire plus ; une Guilde indépendante des royaumes – une faction à part entière – regroupe les plus puissants de tous les Azhiri, pesant dans le jeu politique ; et existent, hélas pour eux, des witlings – des neuneus, des schpountz –, sans pouvoir, qui sont traités guère mieux que des esclaves. Hélas pour lui, c'est le cas du Prince Pelio, fils aîné du Roi de l'été et promis à régner alors que toute la cour, jusqu'à son frère cadet et sa mère, conteste sa légitimité.


C'est aussi le cas, mais pour des raisons bien différentes, de Yoninne Leg-Wot, une pilote humaine, et Ajão Bjault, le très vieil archéologue qui l'accompagne. Les deux sont issus de la colonie Novamerika, l'une des innombrables implantations humaines éparpillées dans l'espace et séparées par les abîmes de temps sur lesquels il reviendra dans Un feu sur l’abîme et Au tréfonds du ciel, entre autres.
En mission d'exploration discrète, les deux, après avoir appris la langue des Azhiri et mal compris comment leur monde fonctionnait, étaient en attente de récupération quand ils furent capturés par ceux-là même qu'ils pensaient surveiller sans être vus. Récupérés par le Prince Pélio qui y voit une opportunité d'améliorer son statut politique en réalisant un coup d'éclat, ils se trouvent plongés dans les intrigues du palais quand leur seul but est de repartir d'où ils viennent, d'autant que la nourriture locale, chargée de métaux lourds, les empoisonne à moyen terme.
Une alliance improbable va se nouer entre Pélio – qui croit comprendre qu'existe un « pays » où tous sont des witlings comme lui – et les humains en quête d'une échappatoire. Une alliance qui les mènera à parcourir la moitié du monde pour rejoindre un hypothétique lieu de rendez-vous avec les vaisseaux de Novamerika.

Dans "The Witling", Vinge développe des thèmes qui resteront les siens : l’impossibilité d'entretenir des empires spatiaux étendus, la provincialisation obligatoire de toute colonie spatiale, la confrontation entre civilisation technicienne et univers pré-technique.
Dans une ambiance qui rappelle, en plus sommaire, ce que sera Un feu sur l'abîme, Vinge tire le maximum de ce qu’impliquent les pouvoirs de téléportation des Azhiri, et fait intelligemment des contraintes de conservation du mouvement qu'ils posent l'un des moteurs importants du récit.
Il crée aussi une société dans laquelle l'absence de pouvoir psy est un handicap qui se traduit par une oppression politique exercée par les psy sur les non-psys, précisément ce que craignait Bolivar Trask et qui le conduisit à créer les premières Sentinelles.

L'histoire qu'il raconte, même si elle est plus courte et simple que dans ses romans ultérieurs, est plaisante à suivre et jamais incohérente. Le développement des personnages n'est pas énorme, même si les souffrances du jeune Pélio – comme il y en eut du jeune Werther – sont régulièrement touchantes. On lira avec plaisir "The Witling(Les Traquenards de Giri ?!?) comme plongée dans l'œuvre de jeunesse d'un auteur devenu grand, et aussi comme retour vers une époque – d'avant les traitements de texte – où les romans étaient souvent plus courts et sans doute aussi plus simples.

The Witling, Vernor Vinge


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