La Muraille de Chine - Franz Kafka

Ressortie du recueil La Muraille de Chine de Franz Kafka aux Forges de Vulcain. Traduit par Stéphane Rilling qui postface et nanti d’une intéressant préface d’Éric Pessan, le recueil est articulé autour de La Construction de la muraille de Chine , une nouvelle de longueur moyenne, et de textes beaucoup plus courts, tous écrits entre 1917 et 1922 alors que l’empire austro-hongrois s’effondrait, que l’antisémitisme montait, parallèlement au sionisme, et que l’intérêt pour le Chine, immense et en partie incompréhensible, était fort. Passé Le chasseur Gracchus , un premier texte dont l’intérêt narratif m’a largement échappé, Kafka construit ici par fragments (certaines nouvelles ne font que deux ou trois pages) la vision d’un monde qui échappe largement à la compréhension humaine et dans lequel l’absurde (on le dit toujours) mais aussi l’arbitraire (on le dit parfois moins) est la norme. Le monde de Kafka est immense, comme la Chine. Immense au point que l’homme normal n’en voit jamais

Quatorze crocs - Martin Solares - Retour de Bifrost 99


1931, Paris. Pierre Lenoir est un inspecteur de la très spéciale Brigade Nocturne, une unité d'élite de la police chargée de s'occuper des affaires impliquant ces non-morts qui habitent, parfois en grand nombre, dans les villes modernes. Cette fois, c'est un homme mort qui est retrouvé en pleine rue, visage verdâtre et cou percé de quatorze petits trous. Qui est-il ? Qui l'a tué ? Comment ? Et pourquoi ?

C'est à ces questions que va tenter de répondre Lenoir, sacrifiant ici aux interrogations habituelles du whodunnit. Ce qui est moins conventionnel c'est l'intervention d'un fantôme facétieux, d'une vampire séduisante et bien en cour, ainsi que de quelques créatures surnaturelles peu recommandables. Ce qui l'est encore moins c'est que l'enquête va conduire Lenoir à côtoyer un monde qui lui est radicalement étranger : celui dans lequel se confrontent surréalistes et dadaïstes, auprès notamment du vicomte de Noailles et de Marie-Laure, sa femme. Lenoir devra donc faire preuve de courage physique pour aller au contact de monstres surnaturels, et d'ouverture d'esprit pour naviguer sans encombre dans les eaux tumultueuses aussi créatives que superficielles de l'art moderne.

Arrivant à la fin de "Quatorze Crocs", j'avais le sentiment que le roman n'était pas fini, alors que, de fait, il l'était. Cette étonnante mésaventure est le point central de ce qui dysfonctionne dans "Quatorze Crocs". Solares y mêle des créatures fantastiques (dont on ne comprend jamais vraiment si les Humains ont conscience ou pas de leur existence ou si cette connaissance est limitée à l'élite mondaine) au Paris des arts. Il les met en scène, sans jamais les développer au-delà de la caricature, dans le cadre d'une enquête résolue avec bien trop de facilité.
De fait, après un début peu captivant, le roman tourne autour d'un grand moment central : une soirée chez les De Noailles à laquelle assistent surréalistes et dadaïstes. De Breton à Tzara en passant par Picasso, et tous leurs amis, amies, femmes, maîtresses, Solares s'amuse donc à faire un name dropping intensif qui ne sert guère l'avancée du récit (il l'avait déjà fait avant avec le fantôme de Pasteur ou celui de Wilde).
Puis, après un passage dans le studio de Man Ray (avec Kiki de Montparnasse) à la recherche du fameux fer à repasser à quatorze clous de l'artiste (qui n'est pas retrouvé), Lenoir est attaqué, puis sauvé, puis c'est fini. Tueur arrêté mais suite à venir avec un background historique déballé en infodump, alors même que le supérieur de Lenoir s'avère être plus qu'un simple Humain, et qu’une proposition lui est faite d'intégrer le cercle intérieur. Ce roman ressemble à une première moitié à qui manquerait sa seconde moitié. Alors faudrait le vendre à moitié prix.

Quatorze Crocs, Martin Solares

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