La troisième griffe de Dieu - Castro Adam-Troy


"La troisième griffe de Dieu" est le deuxième volet des aventures d'Andrea Cort, écrites par Adam-Troy Castro et publiées par AMI dans une traduction de Benoit Domis.

L'ouvrage est constitué de deux récits, un roman éponyme qui se situe juste après les événements d'Emissaire des Morts, et une nouvelle qui le suit directement, intitulée Un coup de poignard. L'ensemble fait le lien entre le premier tome, publié l'an dernier, et un troisième tome à venir si tant est que celui-ci se vende bien (tu sais, lecteur, ce qui te reste à faire, sinon je serai le seul à le lire en VO).


A la suite des événements et révélations de la fin du tome 1, Andrea a rejoint la base des Corps Diplomatiques avec une promotion colossale (!) qui fait d'elle un free agent habilité à choisir ses missions et à les remplir dans les termes qui l'agréent.


Invitée par la famille Bettelhine, Andrea se rend sur la planète Xana, maison mère et base opérationnelle de la dynastie. La firme des Bettelhine, puisque c'est bien d'une entreprise qu'il s'agit, est spécialisée dans l'armement, son avantage compétitif étant son excellence technologique qui la rend apte à fournir à ses clients des armes capables de ravager des habitats voire des mondes entiers. Installés sur Xana, la famille comme l'entreprise y jouissent d'une souveraineté qui leur permet d'avoir des codes de loi propres et des procédures judiciaires personnelles. Les Bettelhine disposent donc de fait d'une souveraineté politique que la Confédération homsap lui accorde, en raison tant de son ancienneté que de sa richesse ou de sa puissance – et puis, on ne se met pas mal avec les plus gros fabricants d’armes de la galaxie, ou seulement à ses risques et périls.


A peine arrivée sur la station Indolente, porte d'entrée de l’ascenseur spatial qui dessert Xana, Andrea est victime d'une tentative d'assassinat. Les would-be assassins sont deux Bocaïens – un peuple dont on sait à quel point ils haïssent à raison Andrea – et ils utilisent une griffe de Dieu, une très rare arme archaïque aux effets terrifiants, conçue et utilisée par un peuple alien lors d'une guerre civile vieille de 16000 ans. Très étrange, d'autant plus quand on sait qu'Andrea a rallié Indolente dès l'invitation reçue et qu'il semble difficile qu'un attentant ait pu être monté dans un délai aussi bref.

Andrea, qui ne sait toujours pas pourquoi les Bettelhine l'ont invitée, apprend qu'elle devra faire la descente jusqu'à Xana à bord du Carrosse Royal, une nacelle privée de très grand luxe avec personnel de service et suites privatives qui emmène ses passagers le long des câbles de l’ascenseur spatial jusqu'à Xana dans un confort proprement indécent. Et elle apprend, à sa grande surprise autant qu'à son déplaisir, qu'elle partagera la petite croisière avec quelques autres invités parmi lesquels se trouvent trois enfants de la famille Bettelhine, une richissime femme d'affaire qu'Andrea connaît vaguement et qui se trouve être une adversaire voire une ennemie des Bettelhine, et, last but not least, un vieil universitaire Bocaïen, sans doute inoffensif mais Bocaïen quand même.

Heureusement que les Porrinyard, ses amants, amis, et gardes du corps, l'accompagnent dans cette étrange équipée sans quoi Andrea risquerait de se sentir entre le marteau et l'enclume voire en terrain franchement hostile. D'autant que même les enfants Bettelhine ne lui disent toujours rien des raisons de son invitation – ce sera le privilège du patriarche – et que les complices probables des auteurs de l'attentat sur Indolente n'ont été ni identifiés ni localisés.


Et voilà qu'alors que tout ce monde s'entrerenifle et fait plus ou moins amicalement connaissance, l’ascenseur subit un arrêt d'urgence inexpliqué immédiatement suivi d'un meurtre dont est victime l'un des occupants du Carrosse Royal. Bloqués à quelques centaines de kilomètres du sol, toute sortie est bien sûr impossible, et, cerise sur le gâteau, les communications avec l'extérieur sont interrompues, y compris celles, secrètes, d'Andrea avec ses commanditaires IAs-Source. Il faut maintenant trouver le coupable, comprendre ses motivations, puis le neutraliser avant qu'il ne commette plus de dégât. D'autant que les secours n’arrivent pas, ce qui est aussi incompréhensible que particulièrement inquiétant.


La troisième Griffe de Dieu est un roman de meurtre en chambre close suivi d'une enquête en chambre close. Il rappelle donc inévitablement le Crime de l'Orient Express d'Agatha Christie. La solution est différente, rassure-toi, lecteur, mais le déroulement d'une enquête qui confronte les versions des protagonistes et leurs contradictions y fait très clairement penser.

Aidée des Porrinyard et coupée des IAs-Source, Andrea utilise toute sa sagacité de détective pour, creusant les biographies des protagonistes, démêler les fils d'un écheveau complexe rendu encore plus obscur par les motivations toujours cachées des diverses et étonnantes invitations lancées par les Bettelhine. Jusqu'à la solution. Là, elle réunit tous les passagers du Carrosse Royal pour leur faire part de son raisonnement jusqu'à ses conclusions et, si on ferme les yeux, on ne peut s'empêcher de voir Hercule Poirot procédant au même exercice dans l'Orient Express.

Mais ce n'est pas fini. Une révélation encore plus incroyable suivra, qui plongera Andrea dans un dilemme cornélien et aura sûrement des conséquences à long terme.


Dans ce roman, Andrea Cort fait montre d'une évolution psychologique amenée par sa relation avec les Porrinyard. La créature solitaire et traquée qu'elle était dans le tome 1 est en cours très relatif d'apaisement grâce à l'amour des Porrinyard et à la confiance qu'elle leur accorde. Elle y gagne, un peu, en humanité, et le paie de nouvelles interrogations – je n'ose pas dire faiblesses.

Autant son évolution psychologique est plutôt finement décrite, autant son exécration pour les Bettelhine, ploutocrates et facilitateurs de crimes de guerre est si répétitive qu'elle devient à la longue épuisante – Castro pourrait considérer que nous avons compris et passer à la suite sans asséner toutes les trois lignes qu'Andrea les trouve abominables, ce qu'ils sont objectivement, et, Andrea le découvre, au-delà même de ce qui est common knowledge les concernant.

Mais l’enquête et la montée de la tension sont parfaitement gérées, claires, logiques, dynamiques, c'est donc avec plaisir qu'on suit les tribulations d'Andrea Cort et de ses compagnons d'infortune. On lira donc avec plaisir ce cosy mystery spatial.


Un coup de poignard, la nouvelle qui suit le roman, est en revanche parfaitement dispensable. Tu l'auras payée, lecteur, alors lis la, mais elle n'est objectivement guère passionnante.


La troisième griffe de Dieu, Adam-Troy Castro

L'avis d'Apophis

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