The Witling - Vernor Vinge - Les Traquenards de Giri

" The Witling " (Les Traquenards de Giri en VO ?!?) est le premier vrai roman du grand Vernor Vinge, publié en 1976. Giri, une planète sur laquelle vivent les Azhiri, un peuple humanoïde stocky aux puissants pouvoirs télépathiques. Les Azhiri communs peuvent « sentir » les structures ou les êtres, téléporter leur corps ou de la matière sur de grandes distances, tuer même en tordant l'usage de la téléportation. De ce fait, leur technologie est assez primitive, guère mieux que médiévale, tant leurs pouvoirs, de téléportation notamment, rendent inutiles de grands efforts de recherche dans le domaine des transports ou de l'armement. Pourquoi fabriquer des armes quand on tue par la pensée ? Pourquoi tracer des routes quand des lacs de transit suffisent ? Dans le même ordre d'idées, il n'y a en général pas de portes aux maisons – on se téléporte de pièce en pièce –, et le palais du Roi de l'été s'étend sur deux hémisphères quand celui du Roi de l'hiver

All the Murmuring Bones - Angela Slatter


"All the Murmuring Bones" est le dernier roman d'Angela Slatter. Il se déroule dans le monde de ses recueils Sourdough et Bitterwood (ce dernier World Fantasy Award 2014 parmi de nombreux autres prix gagnés par la dame). Si tu es comme moi, lecteur, tu ne connaissais ni Slatter ni son œuvre jusqu'à aujourd'hui. C'est grâce à l'éminent @rmd de noosfere.org que j'ai découvert ce livre, comblant ainsi une grave lacune.


Miren est une jeune femme qui vit avec ses grands parents et deux domestiques dans un grand manoir au bord de la mer, Hob's Hollow. Orpheline de parents, elle est une O'Malley, cette famille très ancienne et puissante dont on dit qu'elle a passé il y a longtemps un contrat avec les mystérieux et magiques Mer : la sûreté pour les navires des O'Malley contre le troisième né de chaque génération – un donnant-donnant qui donna naissance à un empire commercial.

Dernière de sa lignée, elle porte sur elle le destin – ou l'avenir – de sa famille. Car si les O'Malley furent durant très longtemps aussi prospères que puissants, ce temps est révolu. Trop de pièces rapportées ont étendu la famille en en affaiblissent le sang, et l'oubli récurent du sacrifice dû aux Mer, dans les dernières décennies, a ôté à la famille la protection miraculeuse dont jouissaient ses navires. De fortune de mer en fortune de mer les affaires ont périclité, et aujourd'hui les O'Malley ne sont plus que l'ombre de ce qu'ils furent. Cerise sur le gâteau – ou dernier clou du cercueil – Oisin, le grand père, vient de mourir.

Voilà pourquoi Aoife, sa veuve, décide de marier Miren à un cousin éloigné mais riche – Aidan –, un homme qu'elle n'aime pas et qu'elle trouve vite trop brutal et calculateur à son goût. Miren, qui ne rêve que d'une fin définitive de la saga O'Malley, doit fuir si elle veut espérer construire sa propre vie, libérée des contraintes familiales. D'autant qu'une grave information découverte par hasard l'y incite encore plus, si besoin en était.


"All the Murmuring Bones" est un roman qui commence comme une histoire gothique assez classique avant de virer clairement vers l'univers du conte fantastique.

Très joliment écrit, il donne à voir au lecteur, à travers des descriptions aussi fines que réussies, une famille et une propriété qui ont perdu au fil des ans toute leur immense superbe. Le manoir et ses dépendances ne sont plus que les ombres de ce qu'ils furent. Le personnel, autrefois nombreux, s'est réduit comme peau de chagrin. Les navires, dont il ne reste presque aucun, n'accostent plus dans la propriété même, et la famille, dans sa version opérative, se réduit à Aoife, la matriarche, dont l’influence sur les affaires du monde n'est plus qu'une insignifiante fraction de ce que fut celle de ses ancêtres. Sic transit gloria mundi.


Dans le chef d’œuvre en péril que sont devenus tant la famille que son domaine, Miren est un jeune femme qui a appris de sa grand-mère l'art de la négociation voire de la manipulation, ainsi qu'une volonté de fer forgée au fil d'années d'un rude entraînement à la fortitude imposé par une Aoife qui ne faisait pas preuve d'affection et – exemple – la jetait à la mer pour lui apprendre à nager alors qu'elle n'était qu'une très jeune enfant. De son paisible et bienveillant grand-père Miren a acquis une connaissance – fragmentaire – du monde. Sa « nounou » et mère de substitution, Maura lui a, elle, enseigné les herbes et les petits sortilèges qui soignent ou protègent. Maîtrise des charmes et de la witch magic comme, dit-on, sa mère, cette fille indocile enfuie puis revenue enceinte, savait le faire.


Avec la mort de son grand-père, Miren, que son éducation très recluse a tenu à l'écart d'à peu près tout, découvre qu'elle vit dans un monde où la fortune s'échange contre du prestige ou des titres, et que dans ce monde ce sont les jeunes femmes vierges qui servent de monnaie – Marx rencontre Weber. Elle découvre en elle, lorsqu'il s’agit de fuir puis de mener sa quête personnelle sur les traces du souvenir d'une mère défunte, une force que le début ne laissait pas soupçonner et dont elle est redevable à tous ceux – y compris et sans doute surtout sa très dure grand-mère – qui l'ont élevée et construite.


Elle fait, chemin faisant, découvrir son monde au lecteur . Ce n'est pas l'Irlande ou l'Ecosse du XVIIIe, en dépit des noms et des décors, mais un monde magique dans lequel les monstres – dont on se demande la première fois que Miren en parle s'ils existent vraiment ou ne sont que les reflets de l’imagination d'une fille fantasque décrivant le monde en terme métaphoriques – sont réels et interagissent avec les humains à partir des marges dans lesquelles ils se dissimulent. Zombies de noyés, kelpies, fantômes, etc. tous accessibles ou menaçants, tous cantonnés aux lieux sombres, nocturnes, éloignés, dans lesquels les humains évitent de s'attarder. Des lieux que Miren sera bien obligée de fréquenter.

Mais le plus grand mal vient sans doute des humains, Miren l'éprouve plusieurs fois. Avec les monstres, fidèles à leur nature, on peut négocier ou ruser, avec les humains, poussés par leurs passions, c'est bien plus difficile.


Il y a aussi de grandes beautés dans le monde de Miren. Des artisans capables et bienveillants, des automates à la voix d'or, des vergers miraculeux qui donnent des fruits succulents, des amis véritables prêts à de grands sacrifices. Ou encore les contes familiaux que Miren a appris durant son enfance et qu'elle te livre à intervalles réguliers, lecteur, des contes dont on ne sait jamais s'ils sont mythe ou réalité et qui disent une version de l'histoire des O'Malley.


Je ne dis pas plus pour ne pas spoiler les éléments moteurs du récit, passé celui du mariage refusé, mais sache, lecteur, que les rebondissements sont nombreux, que la quête de Miren a une fin, aussi risquée et inquiétante que son début, et que tu seras tiré dans ta lecture autant par la volonté de savoir que par la qualité des personnages – tous, même les morts, complexes et ambigus –, sans oublier le plaisir de découvrir un monde merveilleux, superbement décrit par une auteure à la plume exquise, un monde dont tu comprends au fil des pages qu'il est bien plus vaste que ce que tu en vois ici. Je vais me plonger rapidement dans les recueils de nouvelles pour l'explorer plus avant, peut-être décideras-tu de faire de même après avoir lu "All the Murmuring Bones".


All the Murmuring Bones, Angela Slatter

L'avis de Feyd Rautha

Commentaires

Anonyme a dit…
Un air de Katerine Arden.
C’est tentant.Je le retiens.
Gromovar a dit…
Excellente idée.
Et, en effet, ça fait penser un peu à Arden, notamment son premier roman.