An Eye for Property - Tanya Fordwalker

« Le jeu n’en vaut pas la chandelle… mais empêcher qu’elle s’éteigne » R. E. Howard Dans un futur proche, la société Splice of Life offre à tout client proche de la mort et décidé à payer une forte somme (le Passenger) du temps de vie supplémentaire dans le corps d’un jeune bien vivant (le Driver) , qui lui servira de corps d’emprunt un certain temps par semaine ou par jour ; une version hi-tech des cavales de Damballa. Une puce insérée dans le cerveau du Driver contient la personnalité scannée du Passenger. A des jours et heures contractuellement décidés, la personnalité du Passenger est activée puis prend le contrôle du corps de son Driver dont la conscience s’éteint dans l’intervalle. A la fin de la période contractuellement convenue, la conscience du Passenger se remet en sommeil et c’est le Driver qui revient aux commandes. Mais que se passerait-il si quelque chose buguait dans la puce ? An Eye For Property est une nouvelle de Tanya Fordwalker lisible sur le site React...

Daphne Byrne - Marks - Kelley


New York, fin du XIXè siècle. Daphne Byrne est une jeune fille triste. Son père est mort dans des circonstances qu'on qualifiera d'embarrassantes, sa mère Althea voit l'argent filer à toute vitesse, et c'est la ruine qui guette la micro cellule familiale. Pour l'heure, Daphne est toujours inscrite dans l'école privée de filles où elle subit le harcèlement incessant de ses condisciples, la bonne Nonie officie toujours dans la jolie maison, mais rien de tout ça ne durera. D'autant qu'Althea, désemparée comme il se doit de toute veuve bourgeoise de cette époque, dépense le peu d'argent qui reste à la famille chez une médium, Mme Swathmore, qui lui affirme pouvoir contacter son mari. On est au cœur de l’époque spirite qui permit à tant d'escrocs de vivre sur la crédulité d'une bourgeoisie impressionnable à qui les derniers feux souffreteux du mesmérisme apportaient – à prix exorbitant –  exotisme et réconfort.


Esseulée et bouleversée, Daphne tente bien de dissuader sa mère et de lui prouver que rien n'est vrai dans les assertions de Mme Swathmore, mais rien n'y fait. La pauvre femme veut croire.

Mais si les esprits d'Althea semble de facture humaine, voici que Daphne, elle, a des visions troublantes, et que la jeune fille est contactée par un mystérieux ami, un « frère », dont on ne peut guère nier la nature surnaturelle. A moins qu'il ne soit qu'un fantasme, figment de l'imagination d'une jeune fille troublée qui vient de surcroît d'entrer dans la puberté.


"Daphne Byrne" est un récit gothique victorien au plus pur sens du terme. Par ses thèmes, deuil, esprits, déchéance sociale, mésalliance, par ses moments, complot, trahison, rituels surnaturels, par ses personnages, la veuve perdue et la jeune fille perturbée environnées de forces qui ne leur veulent aucun bien, le comic raconte une histoire qui aurait pu être écrite il y a plus d'un siècle.

A un détail près : au fil des pages Daphne cessera d'être une victime facile et deviendra une personne dont il vaut mieux ne pas croiser le chemin. The times they are a-changin'. For the poor little girls.

Et si une culpabilité toute victorienne habite Daphne eu égard à son pouvoir naissant – qu'il soit réel ou métaphorique, qu'il soit le fruit d'un intromission surnaturelle ou celui tout simple de son évolution biologique –, la jeune fille saura passer outre, « s'empowerer », et endosser le manteau de la responsabilité.


Cette histoire simple mais souvent émouvante est brillamment mise en images dans le style EC horror par Kelley Jones qui accomplit ici un travail tout de références, entre les vieux comics d'horreur et des traits qui rappellent certains de ses travaux pour Sandman, voire parfois Corben pour certaines rotondités. Graphiquement très riche, l'univers donné à voir par Jones est foisonnant, rempli de détails et d'horreurs visibles dans un monde fait d'ombres et de brumes éthérées.


Daphne Byrne, Marks, Jones

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