D'autres chants - Jacek Dukaj

D’autres chants est un roman écrit en 2003 par Jacek Dukaj (l’auteur du très original Old Axolotl ) . Le moins qu’on puisse dire de ce roman lauréat du Janusz A. Zajdel Award en 2003 est qu’il brille aussi par son originalité. Qu’on en juge ! Douze siècles après la chute de Rome, le monde est une sorte de mélange entre Renaissance en approche, Antiquité tardive, Royaumes des 1001 nuits et Terra incognita peuplée de monstres. Si ce n’était que ça, l’auteur livrerait déjà un background uchronique parfaitement dépaysant. Mais Dukaj ne s’arrête pas là. Son monde n’est pas gouverné par les lois de la physique telles que nous les connaissons, mais par les principes de la métaphysique aristotélicienne. Les corps y sont constitués des éléments classiques, tandis que toute chose sensible résulte de l’organisation de la Matière par la Forme. La Matière constitue le substrat potentiel d’un être ; la Forme organise cette Matière et fait qu’une chose est précisément ce qu’elle est. Ainsi, une stat...

Caruso - Kiernan - Harrow - Kloetzer - Jackson in Bifrost 99


Dans le Bifrost 99 il y a un dossier très complet sur la grande Shirley 'Haunting of Hill House' Jackson, coordonné de main de maître par Jean-Daniel Brèque.

Outre le dossier et les rubriques habituelles, on trouve aussi six nouvelles sous la couverture dessinée par Miles Hyman.

A tout seigneur tout honneur, on lira deux nouvelles de Shirley Jackson, La souris et Un jour comme les autres, avec des cacahuètes.
On y retrouve le goût de l'autrice pour l'horreur psychologique domestique presque casual, et les chutes surprenantes.

Noirs vaisseaux apparus au sud du Paradis est une nouvelle post-contact très noire de Caitlin R. Kiernan. Elle prend place dans le monde envahi par les Grands Anciens qu'on subodorait notamment dans Agents of Dreamland, que le Bélial publiera bientôt dans la collection Une Heure-Lumière et que votre serviteur avait chroniqué en VO, ou Black Helicopters.
Plus noir que Lovecraft, proche de Ligotti, le texte est annonciateur d'un avenir qui glace d'effroi. Il fallait bien qu'un jour les cultistes arrivent à leur fin et que l'humanité subissent tout le  poids d'une rencontre avec l'horreur cosmique.

Alix E. Harrow propose, avec Guide sorcier de l’évasion : atlas pratique des contrées réelles et imaginaires, une déclaration d'amour aux livres et à leur pouvoir quasi-magique de permettre l'évasion, de mettre le monde à portée, et  d'aider à se définir (le pouvoir des mots de Maïakovski). C'est aussi un cri d'amour lancé aux bibliothèques qui mettent les livres à la portée de tous et aux merveilleuses bibliothécaires qui, telles des marieuses juives, trouvent le livre qui donnera un sens à la vie de l'emprunteur. Merci aux bibliothécaires (de la part de quelqu'un qui a fait sa première bibliothèque de FNA en chourant à la biblio - stop ! il y a prescription).
Un texte qui parle du pouvoir des livres, de l'amitié qu'on peut éprouver pour eux, et qui rappellera sans doute le Morwenna de Jo Walton (Prix Hugo, comme l'est ce texte-ci, et pour les mêmes raisons).

L. L. Kloetzer offre, avec Ourobouros, une nouvelle trépidante dans le monde de Anamnèse de Lady Star. Il nous donne à voir Celephaïs, un habitat spatial. Géographie, technologie, organisation et dissension sociales, jeux de pouvoir et intrigues politiques. Tout y est, tout ceci sans avoir l'air d'y toucher, à travers une course contre ghost dont on sort ébouriffé tant on en ressent la vitesse. De la belle ouvrage.
Un monde, jusqu'ici seulement entr'aperçu, dans lequel se déploiera peut-être un jour un nouveau récit. Espérons-le.

Et enfin, le choc. Par les visages, d'Olivier Caruso, est une nouvelle science-fictive. On y voit une maladie inédite et dévastatrice se déployer dans Paris alors que la sœur jumelle de l'héroïne tourne dans l'ISS. Pendant qu'en bas tout s'effondre rapidement, en haut on fait une découverte stupéfiante.
D'une situation normale, et presque jacksonienne, Caruso fait basculer son monde dans un merdier rigolard et délirant qui rappelle les meilleures pages de Vian avant de montrer que la rigolade est finie et de lorgner vers Vandermeer ou Kiernan. Le texte, par sa progression maîtrisée, par l'inexorable montée aux extrêmes qui rencontre puis dépasse la phase de déni jusqu'à la laisser si loin derrière qu'elle pourrait n'avoir jamais existé, est véritablement bluffant.
Il est question d'une novella à suivre. YES !
PS : Un texte où on envoie chier le Spritz ne peut pas être foncièrement mauvais.

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