lundi 22 juin 2020

Final Cuts - Anthologie par Ellen Datlow


"Final Cuts" est une anthologie mêlant cinéma et horreur, dirigée par Ellen Datlow. Une suite officieuse à son précédent ouvrage sur le même thème : The Cutting Room.
Y sont rassemblé 18 textes, tous écrits spécialement pour l'occasion par de grands noms de la littérature d'horreur.
18 textes donc, tous liés au cinéma mais incluant pour certains des moyens de captation ou de diffusion d'images plus contemporains tel que Youtube. Au fil des pages, le lecteur plongera dans des histoires de films perdus, de scènes perdues, de rumeurs délétères, de créatures monstrueuses, ou d'accessoires maudits. Il baignera aussi dans la noirceur humaine pure, avec snuff movies ou meurtres dissimulés. Il côtoiera des acteurs, des actrices, des producteurs, des fixers (comme chaque studio hollywoodien en avait et dont la fonction était de mettre la poussière sous le tapis), des journalistes, des fans, tous des passionnés de cinéma et de tout l'univers qui gravite autour.

Comme toujours dans ce genre d'anthologie, tous les textes ne sont pas d'égal niveau et, de plus, chaque lecteur appréciera plus ou moins l'un ou l'autre en fonction de ses affinités (obsessions ?) personnelles. Comme toujours aussi quelques textes sortent vraiment du lot par leur maîtrise, ainsi que par leur impact – capital pour un texte d'horreur.

Commençons par les meilleurs :

Scream Queen, de Nathan Ballingrud, est, à l'occasion de l'interview d'une scream queen éloignée des écrans depuis des décennies, le prétexte à explorer la passion aveugle des fans de cinéma et la façon dont le cinéma utilise jusqu'à l'outrage les actrices. De cette utilisation aucune ne sort indemne, ici la transformation est radicale.

The One We Tell Bad Children, de Laird Barron, est une sorte de conte de fée horrifique à la Petit Poucet situé dans une Amérique intemporelle. Un monde gothique et distordu qu'on ne peut tenter de dater qu'en remarquant que les grands acteurs de l'Hollywood classique y sont présents mais en notant aussi qu'ils portent des titres de noblesse et vivent dans l'empire du cruel roi Dick (Nixon?). Un monde qu'on ne parvient jamais à situer vraiment. Un monde dans lequel une grosse poignée d'enfants attendent leur parents dans une sorte de chaumière moyenâgeuse tapie dans une clairière. Un monde organique et dangereux dans lequel des parents épuisés peuvent vouloir offrir leurs trop nombreux enfants à des «  goules  », et dans lequel pour survivre il faut savoir fuir à temps. Aussi étrange que stressante. La plus mémorable par son cadre.

Insanity Among Penguins, de Brian Hodge, met en scène deux vieux amis passionnés de cinéma, un peu à la ramasse, des losers à la Hodge. Acmé d'une vie entière passée en quête de la rareté ou de l'objet unique, les deux «  héros » satisfont un jour un fantasme complétiste en assistant à une projection très privée qui les entraîne bien plus loin qu'ils n'auraient jamais cru aller. Jusqu'où mène la folie du fandomat  ?

A Ben Evans Film est une déclinaison du Psychose d'Hitchock par Josh Malerman. Inquiétante, troublant, dérangeante, elle montre jusqu'où peut conduire l'obsession du cinéma quand elle possède un vieux garçon dont le sens des réalités est déformé au point qu'il ne distingue plus le réel du fantasme.

Altered Beast, Altered Me, de John Langan, est la plus longue nouvelle et certainement la plus réussie. Centrée autour du mythique Anneau de Dracula de Bela Lugosi, elle raconte une histoire de possession, narrée sous forme épistolaire (ici par mail) et dont la substance consiste en l'échange, entre deux écrivains passionnés d'horreur, de début de romans et de résultats de recherche Wikipedia. Des échanges qui, sous couvert de fiction, racontent l’irréparable en train de se produire. Un très brillant hommage tant à Stoker qu'à Murnau.

Moins parfaites – en raison du sentiment d'incomplétude induit à la lecture – mais très agréables à lire :

Snuff in Six Scenes, de Richard Kadrey, est un amusant retournement de situation lors du tournage d'un snuff movie. Sympathique sans être exceptionnelle.

Lords of the Matinee,de Stephen Graham Jones, montre quelles conséquences inattendues adviennent quand un beau-fils serviable amène son beau-père au cinéma. Ou, quand un funeste secret est révélé par un casque de sonorisation.

Cut Frame, de Gemma Files, est le long témoignage d'un passionné qui explore la relation ambiguë entre certaines actrices et leur fandom. On y voit comment certaines stars suscitent l'adoration de leur fans jusqu'à l'obsession, et comment cette adoration les nourrit, comme de l'ambroisie et avec les mêmes effets.

Many Mouths to Make a Meal, de Garth Nix, met en scène un fixer hollywoodien de l'âge d'or qui doit faire taire une actrice et tombe sur un adversaire qui n'est pas de ce monde. Plaisante par son humour et son côté désinvolte.

Les autres, sans être déplaisantes, sont imho plus dispensables. Après, les goûts et les couleurs...
Disons simplement pour finir que l'anthologie est globalement de bon niveau, que les thèmes abordés sont variés, que les traitements le sont aussi, et que donc chacun devrait pouvoir trouver sa propre satisfaction à la lecture de "Final Cuts".

Final Cuts, anthologie par Ellen Datlow

Aucun commentaire: