Machine Vendetta - Alastair Reynolds

Tu connais mon blog, lecteur, tu sais qu’à chaque nouveau volume d’un même cycle mon envie de chroniquer décroît. Je vais donc traiter brièvement le tome conclusif de la saga Prefect Dreyfus Emergencies ; il s’intitule Machine Vendetta . Bref ne signifie pas insignifiant. Je vais donc t’apprendre, lecteur, que ce troisième ouvrage est à la hauteur des précédents, qu’il les surpasse même en ceci qu’il fait encore évoluer ses personnages tout en dénouant tous les fils de l’intrigue tissés depuis le début du cycle. Sans trop spoiler, sache que, au fil d’enquêtes sur une série de meurtres et d’attentats, on ira dans cet ouvrage jusqu’à la conclusion de la guerre d’usure entre IA surpuissantes entamée dans le tome 1 . Sache que l’ouvrage, comme son prédécesseur, peut être lu avec un œil politique. La division à l’intérieur du Glitter Band , les actions violentes qui opposent les radicaux de « communautés » présentées comme adverses, le poids des vieilles rancœurs et des péchés pas...

Underground Airlines - Ben H. Winters - Retour de Bifrost 93


USA, aujourd'hui. Un autre aujourd'hui. Un aujourd'hui uchronique dans lequel Abraham Lincoln a été assassiné avant ce qui deviendra la Guerre de Sécession dans « notre » réalité, dans lequel un arrangement institutionnel a été trouvé pour éviter la guerre civile.
Cet arrangement, c'est le « Compromis Crittenden », qui autorise l’esclavage dans les Etats du Sud et empêche toute remise en cause ultérieure de ce droit par l'Union, son gouvernement, ou sa Cour Suprême. Aujourd'hui donc, après quelques défections au fil de l'eau, restent quatre Etats esclavagistes, les « Durs », qui font partie de l'Union mais bénéficient de la grande liberté dont jouissent les Etats fédérés américains au sein d'une fédération qui tira de John Locke ses idées sur la tyrannie.

Des Etats esclavagistes à coté d'autres qui ne le sont pas, et donc frontières, contrôles, fuyards, retours forcés. Dans le monde de Winters, le service des US Marshals (qui, chez nous, poursuit les prisonniers en fuite) traque, dans le Nord, les esclaves évadés pour les ramener à leur point de départ, dans le Sud. L'espoir pour ces malheureux ne réside qu'au Canada, comme à l'époque du Vietnam.
Victor (ou Brother, son nom serve) a fui l'abattoir industriel dans lequel il était esclave. Retrouvé par les Marshals, il est devenu leur agent en échange d'une vie (solitaire et hypocrite) dans le Nord.

Depuis, il traque les esclaves en fuite afin de permettre leur renvoi vers le Sud. Sur sa dernière mission, Victor comprend peu à peu que le « fugitif » qu'il pourchasse n'est pas qui il paraît être, que le rôle des Marshals dans l'affaire est trouble, et que l'Underground Airlines (l'organisation clandestine qui aide des esclaves à fuir le Sud, bâtie sur le modèle de l'Underground Railroad qui exista vraiment dans notre réalité) est au cœur de toute l'histoire. Contrairement à l'habitude, il va devoir, cette fois, risquer gros et retourner dans le Sud pour en ramener des documents importants qui prouvent un scandale.

Uchronie passionnante, "Underground Airlines" se révèle, au fil des pages, un thriller décevant. La faute à des personnages un peu trop cookie-cutter et à une narration qui se précipite de plus en  plus vite vers une fin à la fois trop simple et trop rapide.

Par delà les banalités sur Black Lives Matter et autres, le livre (écrit par un Blanc qui impressionne par sa capacité à faire ressentir la « rage noire ») est très intéressant par ce qu'il dit sur la misère réfugiée comme repoussoir et rassurance pour la misère autochtone, et encore plus par ce qu'il montre du capitalisme consumériste mondialisé, des sujets connexes donc.

Dans "Underground Airlines", les Etats du Sud font l'objet de boycotts sélectifs, mais ils produisent à bon marché des biens que toute l'économie utilise et que les consommateurs demandent. Et qu'importe si les prix bas résultent d'un travail sous-payé et de conditions de vie et d'emploi qui tiennent de l'univers concentrationnaire. Côté Demande, on se donne bonne conscience à coup de labels RSE, côté Offre, on contourne les règles en multipliant les étapes internationales pour obscurcir le lien entre le produit et sa production.

Il est facile de transposer toute ce qui précède à notre réalité et à l'immense majorité des produits qui viennent de pays à bas salaires et que nous consommons sans vergogne. Si au moins (mais j'en doute), l'arbre d'un esclavage uchronique servait à dessiller les yeux des lecteurs sur la forêt des produits bon marché, "Underground Airlines" n'aurait pas été inutile. Sinon, il restera une idée sympa mais imparfaitement mise en scène.

Underground Airlines, Ben H. Winters

Commentaires

Anudar a dit…
Celui-là je le garde en PàL depuis une éternité. L'histoire des chemins de fer clandestins m'avait beaucoup impressionné quand j'étais gosse et sa transposition à l'époque actuelle m'intéresse beaucoup. Je pense que je finirai par le lire... toute la question est de savoir quand ;)
Gromovar a dit…
Tu peux y aller. Il est un peu décevant mais pas déplaisant.