The Lion's Tusk - Robert Jackson Bennett

Sache, lecteur, que sortira le 2 septembre Une larme de poison , un excellent roman policier-fantasy de Robert Jackson Bennett  (tome 1 d’un cycle)   dont je disais le plus grand bien après avoir lu la VO . Sache aussi, lecteur, que, si tu lis en anglais, tu peux attendre Une larme de poison en lisant The Lion’s Tusk , une nouvelle qui t’offrira un premier contact avec les deux enquêteurs du cycle. Dans ce court texte qui se passe au cours d’un interminable et ennuyeux voyage vers le Sud, Ana Dolabra (l’enquêtrice) lit le compte-rendu d’une affaire irrésolue vieille de deux siècles (un cold case donc) et, forte de son intelligence hors norme, la résout pour sa distraction et le plaisir de son assistant Dinios Kol – et du lecteur aussi, ça va sans dire. Sache qu’à la lecture de cette nouvelle tu ne découvriras ni les particularités des deux enquêteurs ni le très riche background du Saint Empire de Khanum dans lequel ils vivent et travaillent, mais que tu y croiseras une prem...

Invasion - Luke Rhinehart - Retour de Bifrost 93


Luke Rhinehart est l'auteur cultissime du très anarchiste et libertarien L'homme dé. Son dernier roman, "Invasion", est traduit et publié aujourd'hui aux Forges de Vulcain ; un événement éditorial, sans le moindre doute. On y retrouve l’essentiel de ce qui faisait la pensée de l'auteur, un peu calmé néanmoins par l'âge, sur le plan sexuel notamment. Quoique...les Protéens ont de la ressource dans ce domaine.

Ici et maintenant. La Terre est progressivement « envahie » par une horde de créatures extra-dimensionnelles qui ressemblent à des boules de poils grises, bondissantes, et polymorphes. Et singulièrement, dans le roman, la maison de Billy Morton, vieux pécheur anar marié à une avocate latino en rupture de ban. A priori peu agressifs et même plutôt sympathiques, les Protéens (c'est leur nom) ne souhaitent que jouer, sans responsabilité ni conséquence. Ils professent et mettent en œuvre une philosophie du jeu et du plaisir qu'ils appliquent à tous les aspects de l'existence, et ils tentent d'y convertir le plus d'humains possible. Ils montrent aussi à une humanité sans doute trop crédule en quoi le système institutionnel censé les libérer et les protéger a surtout pour fonction de leur dissimuler la vérité sur son fonctionnement et ses buts ultimes. Développant et encourageant le mouvement Pasquecérigolo, ils appellent donc implicitement les humains à remettre en cause ce système pour reprendre en main leur vie et leur destinée, en se débarrassant de facto d'une technostructure illégitime et de représentants en déficit de représentativité.

Bien sûr, suggérant une insurrection paisible, piratant banques et services secrets, remodelant le système productif, empêchant les bombardements vertueux d'imposition de la démocratie par la force (en Irak par exemple), les Protéens se font vite de puissants ennemis au cœur de l'Etat, et du complexe militaro-industriel en particulier.

Le roman raconte la traque des Protéens par les agences américaines, ainsi que les actes de résistance de la famille Morton pour protéger les facétieux aliens et faire connaître leur pensée. Le tout finira en insurrection populaire et proclamation d'un Manifeste citoyen visant à rendre le pouvoir au peuple, à promouvoir l'égalité réelle, et à soustraire les activités socialement utiles aux forces du marché.

Ouaip ! Tout ceci est bel et bon.
Et, au début, Rhinehart est drôle, tant dans le style que dans les situations qu'il imagine. Néanmoins, le roman pêche à mon avis sur au moins trois points qui finissent par rendre sa lecture pénible.

D'abord, Rhinehart est engagé dans la vie politique de son pays et le discours est donc très américano-centré ; sans être trop provincial, un Français pourra trouver que certains débats ou piques ne le concernent pas vraiment.
Ensuite, l'humour, sur 500 pages, c'est difficile. Rhinehart ne tient pas vraiment sur la durée et il fait rengaine ; un texte plus court n'aurait pas eu le temps de s’essouffler.
Enfin, le marxisme tendance Groucho de l'auteur tend à la longue, comme beaucoup des critiques radicales de cette hypothèse à démontrer qu'on nomme « le système », à tangenter une forme de poujadisme qui ne peut satisfaire l'intellect et met parfois mal à l'aise.

C'est donc, sur la durée, une déception qui me rappelle que Francis Kuntz disait que le travail d'un humoriste est d'abord de ne pas utiliser 99% des idées de blague qui lui viennent.

Invasion, Luke Rhinehart

Commentaires

Baroona a dit…
Ce retour de chronique tombe à pique, je me demandais justement si je devais le tenter. Je vais donc m'en passer, merci.