Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Invasion - Luke Rhinehart - Retour de Bifrost 93


Luke Rhinehart est l'auteur cultissime du très anarchiste et libertarien L'homme dé. Son dernier roman, "Invasion", est traduit et publié aujourd'hui aux Forges de Vulcain ; un événement éditorial, sans le moindre doute. On y retrouve l’essentiel de ce qui faisait la pensée de l'auteur, un peu calmé néanmoins par l'âge, sur le plan sexuel notamment. Quoique...les Protéens ont de la ressource dans ce domaine.

Ici et maintenant. La Terre est progressivement « envahie » par une horde de créatures extra-dimensionnelles qui ressemblent à des boules de poils grises, bondissantes, et polymorphes. Et singulièrement, dans le roman, la maison de Billy Morton, vieux pécheur anar marié à une avocate latino en rupture de ban. A priori peu agressifs et même plutôt sympathiques, les Protéens (c'est leur nom) ne souhaitent que jouer, sans responsabilité ni conséquence. Ils professent et mettent en œuvre une philosophie du jeu et du plaisir qu'ils appliquent à tous les aspects de l'existence, et ils tentent d'y convertir le plus d'humains possible. Ils montrent aussi à une humanité sans doute trop crédule en quoi le système institutionnel censé les libérer et les protéger a surtout pour fonction de leur dissimuler la vérité sur son fonctionnement et ses buts ultimes. Développant et encourageant le mouvement Pasquecérigolo, ils appellent donc implicitement les humains à remettre en cause ce système pour reprendre en main leur vie et leur destinée, en se débarrassant de facto d'une technostructure illégitime et de représentants en déficit de représentativité.

Bien sûr, suggérant une insurrection paisible, piratant banques et services secrets, remodelant le système productif, empêchant les bombardements vertueux d'imposition de la démocratie par la force (en Irak par exemple), les Protéens se font vite de puissants ennemis au cœur de l'Etat, et du complexe militaro-industriel en particulier.

Le roman raconte la traque des Protéens par les agences américaines, ainsi que les actes de résistance de la famille Morton pour protéger les facétieux aliens et faire connaître leur pensée. Le tout finira en insurrection populaire et proclamation d'un Manifeste citoyen visant à rendre le pouvoir au peuple, à promouvoir l'égalité réelle, et à soustraire les activités socialement utiles aux forces du marché.

Ouaip ! Tout ceci est bel et bon.
Et, au début, Rhinehart est drôle, tant dans le style que dans les situations qu'il imagine. Néanmoins, le roman pêche à mon avis sur au moins trois points qui finissent par rendre sa lecture pénible.

D'abord, Rhinehart est engagé dans la vie politique de son pays et le discours est donc très américano-centré ; sans être trop provincial, un Français pourra trouver que certains débats ou piques ne le concernent pas vraiment.
Ensuite, l'humour, sur 500 pages, c'est difficile. Rhinehart ne tient pas vraiment sur la durée et il fait rengaine ; un texte plus court n'aurait pas eu le temps de s’essouffler.
Enfin, le marxisme tendance Groucho de l'auteur tend à la longue, comme beaucoup des critiques radicales de cette hypothèse à démontrer qu'on nomme « le système », à tangenter une forme de poujadisme qui ne peut satisfaire l'intellect et met parfois mal à l'aise.

C'est donc, sur la durée, une déception qui me rappelle que Francis Kuntz disait que le travail d'un humoriste est d'abord de ne pas utiliser 99% des idées de blague qui lui viennent.

Invasion, Luke Rhinehart

Commentaires

Baroona a dit…
Ce retour de chronique tombe à pique, je me demandais justement si je devais le tenter. Je vais donc m'en passer, merci.