Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Ormeshadow - Priya Sharma


"Ormeshadow" est une belle novella de Priya Sharma qui reprend et développe les thématiques fortes de son recueil All the Fabulous Beasts.

Passé pré-industriel de l'Angleterre. Gideon Belman est un paisible petit garçon de sept ans. En compagnie de ses parents, John et Clare, il s'installe dans la ferme familiale des Belman. Une ferme qu'il ne connaît pas, une ferme que son père avait quittée pour étudier à l'université puis s'installer dans la ville de Bath que la petite famille quitte aujourd'hui comme en fuite.
A Ormesleep Farm, dans la vallée d'Ormeshadow, John retrouve son frère Thomas, qui était resté sur l'élevage de moutons familial, sa belle-sœur Maud, et ses neveux et nièces Samuel, Peter, et Charity. Commence alors, pour Gideon le déraciné et ses parents, une vie nouvelle, loin de la ville et de son confort, dans une ruralité rude, fruste, et souvent cruelle.
Pour résister à l'exil, Gideon peut compter sur l'amour constant de son père ainsi que sur sa foi en la légende du dragon – Orme – qui dormirait sous la colline et cacherait en son sein un trésor de roi. Sera-ce suffisant ?

"Ormeshadow" est un beau roman d'apprentissage mâtiné de fantasy. Dans le huis-clos oppressant de la ferme familiale, Gideon apprendra à la dure ce qu'est la famille traditionnelle rurale.
Y prospèrent les névroses familiales que pointaient Mustapha Menier dans Brave New World ainsi que les mécanismes de domination qu'Engels avaient identifiés dans  la famille patriarcale monogame centrée autour de la propriété des terres. Aucun de ces traits ne sera épargné à Gideon ; s'y ajouteront l'anti-intellectualisme de la population locale, la pression constante d'une communauté fermée, la violence pas toujours contenue d'une ruralité pas encore entrée dans le processus de civilisation décrit par Norbert Elias.

Gideon, à qui on a généreusement attribué une chambre qui n'est qu'un cagibi, se trouve au milieu de relations méphitiques. Thomas est une brute, tout de violence contenue, qui méprise ouvertement  Maud et témoigne plus d'affection à sa chienne qu'à quiconque dans la maisonnée. Samuel et Peter sont odieux et méprisants. John et Clare ne s'aiment plus guère. De vieux contentieux opposent Thomas et John. L'argent et le travail sont plus sources de tension que d'apaisement.
Les années passent. Les événements, certains tragiques, adviennent. Gideon grandit comme une plante malingre dépourvue de nourriture spirituelle, vers un âge adulte dont nul ne sait encore ce que son entourage le laissera être.

Très joliment écrit, finement descriptif, "Ormeshadow" est un texte aussi dur que poignant. Mêlant Shepard à Hardy, Pryia Sharma livre ici une nouvelle itération de la tragédie familiale, exacerbée par l'impossibilité de fuir vers un ailleurs dont le souvenir même finit par s'estomper.
C'est un texte subtil, tout de tension contenue et de rage libérée, qui a la délicatesse de ne pas proposer d'explication définitive sur la véracité du mythe. A lire (et à traduire).

Ormeshadow, Priya Sharma

Commentaires

Baroona a dit…
Dis-moi qu'on n'a pas seulement envie de se tirer une balle à la fin et je prends tout de suite la route de Saint Mammès pour obliger qui de droit.
Gromovar a dit…
Non, à la fin on n'a pas envie de se tirer une balle, promis (et c'est même un petit poil trop rapide si je devais émettre une légère critique).