samedi 28 septembre 2019

Le temps de la haine - Rosa Montero


Tome 3, et ultime, des aventures de la réplicante Bruna Husky, dans une Madrid future et sur une Terre qui ne donnent pas envie d'y vivre.

Pour le background du monde créé par Rosa Montero, on lira les chroniques des tomes précédents.
On retrouve ici le mélange déprimant de désastre environnemental et d’inégalités criantes, dans un monde qui, après plusieurs guerres dévastatrices, s'est uni sous l'égide d'un gouvernement global guère aidé dans son action politique par des firmes géantes qui tournent les réglementations pour préserver leurs profits.
On achète l'eau, on achète l'air pur, et on les paient de plus en plus cher. D'où mécontentements et tensions – parfois violentes.

Bruna, à qui son horloge biologique ne donne plus qu'un peu plus de trois ans d’existence, vit une passion difficile – comme hantée par le compte à rebours interne de la jeune femme – avec l'inspecteur Lizard. Celui-ci enquête sur des actes terroristes d'une très grande violence perpétrés par un groupe qui, jusqu'alors, n'était pas considéré comme très dangereux. Après la réception d'un étrange paquet et un embryon de dispute, Lizard part travailler et ne reparaît pas. On comprend vite qu'il a été enlevé par les terroristes qu'il traque et que ceux-ci menacent d'exécuter – un par jour et en public – les otages qu'ils détiennent, parmi lesquels Lizard bien sûr.

Pour Bruna, comme pour la police et l'ensemble des forces politiques légitimes, il faut maintenant retrouver d'urgence les terroristes qui font – outre leur attentats – une victime télévisée par jour. D'autant que des agitateurs – militaires ou milliardaires – attisent les peurs des foules dans un but qu'on ne peut qu'imaginer...

Le temps de la haine est le troisième d'une trilogie mais il peut être lu indépendamment. C'était déjà le cas du tome 2, et bien sûr du 1 qui avait une vraie fin.
Je suppose que si je l'avais lu indépendamment, je l'aurais sans doute plus apprécié.
Mais là, c'est, comme pour le 2 et à contrario du 1, une déception.

Pourquoi ?

Sur le monde, Montero décrit une société qui pourrait hélas être celle qui nous attend. Des inégalités à la marchandisation du vivant en passant par la privatisation des biens de première nécessité ou les cicatrices environnementales, la Terre de 2110 ressemble à ce que sera peut-être la nôtre. C'est bien vu ; rappelons que Montero est journaliste et que sa connaissance du terrain nourrit son imaginaire, rappelons aussi que cette Espagnole cultivée est bien placée pour savoir comment se fomentent les guerres civiles.

Mais il y a le style, un style de « roman de cycle pouvant être lu indépendamment ».

J'explique. Je lis, pour m'aérer, de petits policiers médiévaux que je ne chronique pas car ils sont purement distractifs. Ils ont tous les mêmes défauts.
Listing :
Des pages et des pages dans chaque tome à présenter de nouveau physiquement et psychologiquement les personnages principaux pour les nouveaux lecteurs. Des gimmicks, tics de langage ou d'action, censés donner une profondeur biographique aux personnages et une continuité pour les lecteurs au long cours. Des facilités ou des rebondissements scénaristiques visant à faire monter enjeux, complexité, et pression.

Et bien, ce sont tous ces trucs que j'avais remarqués dans le tome 2 et – effet d'accumulation – encore plus dans le 3. On revisite donc Husky et sa bande de potes. Lizard aussi. Madrid aussi, etc. On égrène dix fois par chapitre le compte à rebours vital de Husky qui devient, du coup, un genre de mantra plus qu'un élément tragique. On rappelle à intervalles réguliers qu'elle peut accomplir tel ou tel prodige en raison de ses « pouvoirs... ». On ne laisse jamais oublier à quel point le monde d'Husky est cruel du fait des humains.
Vint un moment où, plus de magie, je ne voyais plus que les trucs.

Qui plus est, et comme dans le 2, les parties sentimentales – qu'on s'aime, se dispute, ou soit jaloux – fleurent bon la mièvrerie.

Sur l'enquête et l'aspect thriller, pas grand chose à dire, Montero fait le boulot – et Husky aussi. Les indices arrivent, l'enquête progresse.
On regrettera néanmoins une de ces coïncidences que j’abhorre et qui offre à Husky une alliée de choix dans sa quête.
Une autre aussi, qui s'explique peut-être plus, qui permet un twist final un peu vain.
On regrettera surtout un scénario si atrocement convenu que j'avais compris le fin mot de l'histoire autour de la page 50.
On se demandera, pour finir, si la rapidité avec laquelle les effets de l’attentat majeur du roman sont effacés est crédible.

Enfin, cerise sur le gâteau, un happy end – permis, rien ne m'est épargné, par une coïncidence – qui gomme toute la dimension tragique du personnage mais fera sûrement plaisir dans les chaumières.
A cette occasion, quelques passages qu'on s'attend plus à trouver dans le Club des Cinq que dans une œuvre d’anticipation dystopique (Exemple : « La petite Russe semblait être devenue adulte au cours des derniers jours ; elle affichait une gravité et une triste sérénité qu'elle n'avait pas auparavant. Comme si sa fureur démesurée habituelle avait cédé le pas à la détermination. - Je veux étudier le droit. Je veux être juge. Et changer le monde, proclama-t-elle très sérieusement. Une déclaration qui avait enthousiasmé l'archiviste presque jusqu'au délire : - Très bien parlé ! Regarde la nouvelle présidente des EUT, Marina Gonçalves. C'est une juriste progressiste très prestigieuse, et elle a déjà dit que la priorité de son gouvernement allait être la lutte contre les inégalités sociales et le développement des Zones Zéro... »)

Voilà, j'ai lu, ça n'a pas été désagréable, mais heureusement qu'il n'y a pas de 4 à venir car je crois que j'ai eu ma dose. Je vais retourner à mes moinesses enquêtrices médiévales.

Le temps de la haine, Rosa Montero

Luna a bien aimé

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Tout à fait d'accord...Un "one shot" aurait été préférable...
« J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire... De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion... J’ai vu des rayons fabuleux... Des rayons C briller dans l’ombre de la Porte de Tannhäuser... Tous ces moments se perdront dans l’oubli... comme... les larmes dans la pluie... Il est temps de mourir. »

Quelques titres à proposer sur les moinesses ????

Jeannot de Plan de Cuques

Gromovar a dit…

Quelles moinesses ?

Anonyme a dit…

"Je vais retourner à mes moinesses enquêtrices médiévales." Pouvez-vous donner un titre ou deux ???

Merci

Gromovar a dit…

Ah,

Pour les moinesses enquêtrices : la série de Soeur Fidelma de Peter Tremayne https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C5%93ur_Fidelma

Ou, autre sexe, autre époque, les Hugh Corbett (ou les autres séries) de Paul Doherty que j'aime vraiment bien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Charles_Doherty#S%C3%A9rie_Hugh_Corbett

Après ce sont des petits bouquins sans prétention mais ce sont des périodes que j'aime et ça se lit vite.

Anonyme a dit…

Merci, je ne connaissais pas et j'aime bien aussi cette période et en ce moment du sans prétention...


Jeannot de Plan d'Euf

Gromovar a dit…

Question : On se connait ?