vendredi 26 juillet 2019

The Vanishing Kind - Lavie Tidhar


"The Vanishing Kind" est une novella noir alternate history de Lavie Tidhar.

Londres, années 50. Gunther Sloam est un scénariste berlinois de films de série B. Il a fait la guerre à l'Est ; c'est cela qui l'a séparé de son bel amour Ulla Blau. Quant Sloam est rentré, après la victoire nazie (une histoire de bombe A sur Washington DC), Ulla était partie pour Londres. Quelques années plus tard, alors que les amants n'ont plus de contact, Sloam reçoit un message d'Ulla qui lui demande de la rejoindre à Londres où elle craint pour sa vie. N'écoutant que son courage, cédant à son romantisme, poussé par ses souvenirs, le vétéran embarque pour une aventure à laquelle il ne s'attendait pas, à la recherche d'une femme à multiples facettes dont on l'accuse rapidement du meurtre. Pour se disculper, il devra plonger dans les arcanes de la vie de Ulla au milieu des secrets sordides de la ville occupée.

Le Reich, l'Empire, existe. Les pays d’Europe sont sous administration plus ou moins directe de Berlin et partout la Gestapo s'assure que la pax nazica règne. La résistance est faible d'ailleurs. Abasourdis par l'anéantissement de Washington et les destructions infligées aux villes européennes, les populations ont sombré dans une résignation morne et rancunière. C'est une chose de ne pas aimer les occupants allemands, c'en est une autre de risquer torture et exécution pour avoir laisser « sortir la vapeur ». Restent les USA. Mais ils tomberont. PK Dick n'avait pas de doute à ce sujet, Tidhar – qui admire son devancier – non plus.

Londres comme ville ne s'est pas vraiment relevée du Blitz et des bombardements de V2. Encore en partie détruite, elle n'abrite plus la famille royale (disparue) mais héberge la demi-vie interlope qui caractérise les temps de misère et de privation sous autorité répressive. Des trafics en tous genres pallient autant que faire se peut aux diverses pénuries, des milliers de prostituées occupent des Allemands bien seuls et loin de chez eux, des réseaux se créent et organisent une économie parallèle qui repose sur l'exploitation des plus nécessiteux par les moins scrupuleux. Des fortunes illégales se font sous le contrôle de ces individus au sens moral inexistant qui apparaissent toujours en temps de malheur comme par génération spontanée.

C'est dans ce marigot que se débat Sloam. Ici, Tidhar utilise un dispositif narratif qui rappelle celui de Unholy Land : une narration à la troisième personne qui passe à la première et signifie ainsi que le vrai narrateur est un observateur du personnage principal, quelques trous narratifs car l'observateur ne sait pas tout, un récit chronologique ponctué parfois de précisions apportées par la narrateur et qui viennent de sa connaissance ex-post de l'histoire. Cela donne une impression de double point de vue, très appropriée à l'histoire d'underworld criminel dans laquelle Sloam s'engage avec la complicité intéressée de Tom Everly, le Kriminal-Inspektor de la Gestapo qui, après l'avoir incriminé, lui laisse la bride sur le cou dans l'espoir qu'il donnera un coup de pied dans la fourmilière.

De rencontres en rencontres, de Luxembourgeois en Irlandais sans oublier des filles de joie et même un nain, de clubs huppés en taudis sordides, Sloam déroule l'écheveau de la vie bien moins que respectable de Ulla et progresse vers une vérité doublement choquante.

Ne pas chercher la plausibilité ici, c'est un de ces textes pulp où le héros ne meurt pas en dépit de l'adversité ; et comme dans l'une de ces séries B qu'il écrit – ou dans un Indiana Jones –, Sloam y déjoue miraculeusement tous les pièges, surmonte tous les obstacles, et remonte pas à pas la piste de son aimée perdue. Ex-chien de guerre, innocent et discipliné, il ne réalise jamais qu'il n'est que le limier du chasseur Everly. Ce n'est qu'à la toute fin qu'il comprend, en découvrant aussi qui était vraiment Ulla et ce qu'est vraiment le Reich dans lequel il vit. Mieux vaut tard que jamais, dit-on.

Texte rapide à lire, dont on sent venir la (première) fin néanmoins, "The Vanishing Kind" est un noir pulp alternate qui éveille des souvenirs de Unholy Land pour la narration, de Casablanca pour les réseaux interlopes, de Témoin à charge pour la moitié du twist final. Et, natürlich, du magistral Fatherland, pour l'autre moitié. On peut rêver pire comme références.

The Vanishing Kind, Lavie Tidhar

4 commentaires:

Space opera a dit…

On a tout plein de romans dénonçant le nazisme mais très peu dénonçant le communisme qui a fait bien plus de mort à l'échelle planétaire. Silence complice ?

Gromovar a dit…

Space Opera ici tu tombes mal.

Les crimes du communisme me répugnent autant que ceux su nazisme et le silence complice de la gauche occidentale ahurie me débecte depuis que j'ai quinze ans.

Je te renvoie à ce récent post : https://www.quoideneufsurmapile.com/2019/07/lile-aux-cannibales-nicolas-werth.html

Ensuite, pour ce qui est du nazisme, on peut imaginer sans se forcer beaucoup que Lavie Tidhar a de quoi dire.

Lhisbei a dit…

A ton avis, une chance que ce soit traduit ?
(quoi ? uchronie, c'est le mot magique chez moi avec voyage dans le temps ;) )

Gromovar a dit…

Ca pourrait intéresser ActuSF. Parle-leur-en.