Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Plop - Rafael Pinedo


"Plop" est un court roman de l'Argentin Rafael Pinedo. On y assiste à toute la vie de Plop, né et mort dans la boue, au cœur d'un terrifiant monde post-apocalyptique.

« – Ici, on survit. »
« – Ici, on survit. »
C'est le premier dialogue qu'on entend dans le livre. Il le résume parfaitement.

De la boue, de la boue, partout. Quelques ruines, aucune production de nourriture organisée. Des outils rouillés, des bricolages sommaires, des chiffons.
Une pluie récurrente est le seule eau qu'on puisse boire sans risque ; dès qu'elle touche le sol elle devient polluée. Et comme nourriture, chats et chiens sauvages (et dangereux), rats, cochons parfois (ces éternels compagnons d’infortune de l'homme), humains aussi.
On est mis bas. On est « utilisé » – comme objet sexuel. On remplit ses tâches assignés. On fournit – plus ou moins librement – à la communauté sa chair, sa peau, ou ses os.
Et on a faim, si souvent faim.

Dans le monde de Plop, issu d'une apocalypse, survivre est si difficile que c'est à la fois la seule action possible et la justification de toutes les actions concrètes.

Dans le Groupe de Plop (une centaine d'âmes), tout est tourné vers la survie.
L'organisation d'abord, avec sa hiérarchie fruste et ses Brigades spécialisées (dont Volontaires 2 qui rassemblent les faibles et inutiles, voués aux missions suicides).
La migration, les chasses, les échanges dans les Lieux dédiés, ensuite. Tout s'échange, tout s'utilise, tout se recycle. La rareté est telle que rien ne peut se perdre.

Dans le Groupe (comme dans tous les Groupes du monde), l'individu ne vaut rien en soi. Il n'est qu'une force de travail ou une ressource. Quand il ne peut plus être la première, il devient la seconde. Il peut aussi n'être qu'une ressource utilisable dans le cadre d'un échange.

Le Groupe de Plop, isolé au milieu d'une nature si hostile qu'elle n'en mérite plus le nom et d'autres Groupes aussi acculés et prédateurs, n'a plus comme but que la survie, au point d'en devenir une parfaite communauté conséquentialiste qui n'accorde aucun droit à ses membres. Chacun doit servir la communauté ou mourir pour elle, les ressources sont trop rares pour être gaspillées et même le plus inutiles des inutiles peut au moins être recyclé (clin d’œil au Meilleur des Mondes) pour la servir enfin.

Il n'y a donc aucune morale dans le monde de Plop, aucune impératif surpassant celui de la survie du Groupe. Il n'y a qu'un tabou – passible de mort –, dont on ignore l'origine : nul ne doit montrer l'intérieur de sa bouche ni sa langue à autrui, nul ne doit toucher autrui avec sa langue. Cet unique interdit – dans un monde où l'inceste n'en est pas un car la notion même de parentalité en est absente et que, de plus, « faire le sexe » est une des rares distractions – signe néanmoins le fragile caractère humain de cette bande si peu morale qu'elle se résume presque à sa bestialité fondamentale ; les animaux non plus ne sont pas moraux mais ils ne sacralisent ni ne s'interdisent aucun acte.

Après une longue description – tout en micro chapitres – de la vie quotidienne et du coming of age de Plop, on comprend progressivement que le jeune homme est un Rastignac en puissance qui use de la ruse comme d'un outil vers la fonction suprême de Commissaire Général. Manigances et trahisons le porteront au sommet – du tas de merde dans lequel il vit.
Mais il n'y restera pas. Tabou et coutume sont plus forts même que Plop, et ce Groupe qui va sans sourciller jusqu'au bout de l'inhumain n'acceptera pas qu'on viole impunément son seul tabou.

Description non euphémisée d'un mode de vie ignoble, "Plop" est écrit dans un style aussi clinique que minimal. C'est pourquoi j'ai eu du mal à y entrer vraiment. J'avais eu le même problème avec l'écriture de La Route de McCarthy. Alors si toi, lecteur, tu as aimé La Route, viens lire "Plop", tu aimeras aussi.

Plop, Rafael Pinedo

Commentaires

Efelle a dit…
Je l'ai lu celui-là, j'en garde un bon souvenir.
Gromovar a dit…
Bien aimé mais pas captivé.
TmbM a dit…
Beaucoup de bonnes idées mal exploitées, trop de violence gratuite et une sexualité exacerbée qui, à mon goût, ne se justifie pas. J’ai vu en « Plop » un pétard mouillé...
Gromovar a dit…
Ouais, moi jamais gêné mais jamais captivé non plus. Pur spectateur. Inoffensif donc.
Lune a dit…
Effectivement, j'ai aimé à la fois La Route et Plop !
Gromovar a dit…
Ca se tient :)
Tigger Lilly a dit…
J'ai adoré La route, je suppose qu'il me faut Plop :p
Gromovar a dit…
Sans aucun doute :)