Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Black Hammer Age of Doom - Lemire - Ormston


Avec ce tome 3, sobrement intitulé "Age of Doom", les événements se précipitent dans la petite ville de Rockwood où sont exilés depuis des années les héros de Black Hammer.

Lucy, la fille du Black Hammer historique, a récupéré les pouvoirs de son père, et, au début du TPB, sa propre mémoire. Elle s'apprête à révéler la vérité sur leur situation aux exilés. Hélas, à l'espoir d'un retour à la maison succède le plus profond des désespoirs quand la jeune femme disparaît avant même d'avoir pu parler.
Commence alors pour elle un voyage intertextuel éprouvant, et pour les autres une période étrange entre rage, révolte, et résignation – étonnamment suivie par la réalisation inopinée de leurs désirs inassouvis. Tous se retrouveront pour un final qui répondra à toutes les questions, montrera une échappatoire, mais lancera un mouvement dont l'enjeu est rien moins que la survie de  la réalité (dans le style superlatif de ces sagas cosmiques dont les comics sont régulièrement gros).

Lemire offre ici encore une histoire de très bonne qualité.
Il offre un répit, si fictif soit-il, à ses héros en leur donnant enfin un peu de ce bonheur qu'ils n'osaient plus espérer. Tentative de calmer leur ardeur à rentrer chez eux, sans doute. Mais que ce baume est doux, et qu'il sera peut-être difficile d'y renoncer. Un crève-cœur.
Il suit la déterminée et brillante Lucy dans la fin de sa quête mémorielle en la projetant contre son gré dans un remake de L'auberge de la fin des mondes de Sandman. De là, accompagnée par un Jack Sabbath hilarant, elle visite l'enfer du Lucifer de Gaiman (et surtout de Carey), participe à un dîner avec un pseudo Dream et sa pseudo famille au complet (où on lui conseille de retourner dans sa propre histoire), traverse même un bout du Sweet Tooth de Lemire lui-même. Puis, at last, finit par retrouver les héros exilés pour une explication finale qui n'est en fait que la première partie d'une conclusion qu'on pressent cataclysmique.

Dans une ambiance paranoïaque où il devient raisonnable de se méfier de tout et de tous, car le mensonge a fondé la situation de Rockwood, le récit fonctionne sur quatre niveaux d'informations : ce que sait le lecteur, ce que savent les héros, ce que savent Captain Weird et Dragonfly (qui intriguent), ce que sait Captain Weird seul (qui, lui, voit le futur). Les quatre niveaux de connaissance convergent au fil des pages jusqu'à se retrouver à la fin pour une vérité profondément dickienne (ne pas trop en dire ici).
Lemire est ici toujours aussi subtil, attentif à joindre hommage aux comics et attention fine aux personnages - pour ce qui est de l'hommage, le sens du détail est poussé jusqu'à l'utilisation de phylactères différenciés par membre de la famille de Dream, comme dans le comic original de Gaiman.
C'est passionnant, émouvant, construit, écrit, franchement bluffant. Vivement que ça sorte en VF pour les lecteurs francophones.

Black Hammer 3, Age of Doom part 1, Lemire, Ormston, Stewart

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