De boue et de bois - Olivier Caruso in Bifrost 122

Dans le Bifrost 122, il y a aussi  une nouvelle absolument stupéfiante d'Olivier Caruso. « La chercheuse, surprise, observe le spécimen dans la cave : il mange un porte-bouteille » . C'est sur cet incipit digne des premières phrases du Vieil homme et la guerre , de John Scalzi, que s'ouvre  De boue et de bois , un texte de 24 pages d'une richesse insigne. Epoque victorienne. Angleterre. La chercheuse vit seule avec une domestique dans sa grande maison de famille. Près d'elle, dissimulé, le « spécimen » . Il se nourrit de bois et dit bientôt ses premiers mots !!! Qu'est-il ? D'où vient-il ? Qui sont ces gens ? Quelle est l'histoire de cette femme et de cette famille ? Comment tout cela s'insère-t-il dans l'histoire britannique ? Et en quoi la transforme-t-il ? Ce sont quelques questions, il y en a d'autres dans cette riche nouvelle. On y croise, dans ce qui semblait être une histoire intime – et l'est assurément –, la théorie de l'évol...

Frankenstein, le monstre est vivant - Wrightson - Niles - Jones


Quel superbe livre que ce "Frankenstein, le monstre est vivant" ! Et quelle histoire que celle de ce comic ! Voulu et initié par le maître de l’horreur Bernie Wrightson, scénarisé par son compère Steve Niles, le récit en quatre tomes fut conclu par Kelley Jones après la mort de Wrightson.

"Frankenstein, le monstre est vivant" raconte à ses lecteurs la suite du roman de Mary Shelley telle que l'imaginent Wrightson et Niles ; après que la créature ait annoncé vouloir s'immoler, après qu'elle se soit enfoncée dans le brouillard vers un destin qu'on imagina funeste.

Hélas (car rien ne sera épargné au pauvre « monstre »), impossible de fabriquer le moindre bûcher sur la banquise. Se laisser engloutir par la lave d'un volcan en éruption (sous les sarcasmes d'un Victor imaginaire tourmentant sans répit sa création) est la solution que trouve ici la créature pour mettre fin à une « vie » qui n'a servi qu'à détruire et quitter ainsi un monde qui ne veut décidément pas d'elle.

Fin de l'histoire, fin des tourments. Le monstre y crut. C'était sans compter sur l'intervention d'une expédition polaire – dirigée par le docteur Ingles – qui le trouva enfermé dans sa gangue de lave et le ramena vers la civilisation.
Dans le manoir gothique du docteur, pour la première fois de son existence, la créature n'effraie pas, elle est considérée comme une personne, découvre un mentor, et, peu à peu, se fait un ami. Hélas, ironiquement, l'histoire semble se répéter. Et, confronté à de nouveaux choix moraux, le monstre se (et nous) prouve qu'il vaut mieux que son apparence.

Le scénario de "Frankenstein, le monstre est vivant", sans être renversant, n'est pas inintéressant. Il rappelle tous ces délicieux petits récits d'horreur pleins de sentiments et de rebondissements qu'illustrèrent des artistes comme Corben, ou Wrightson justement. Passer du Charybde de Victor F. au Scylla d'un Ingles qui, d'une certaine manière, travaille en précurseur amoral sur les cellules-souches, est typique de l'ironie de ce genre d'histoire. Mais ici, contrairement à l'habitude, pas de retournement sadique à la toute fin. Le destin du monstre est annoncé dès le début du récit, et il lui est favorable – dans un hommage explicite au Freaks de Tod Browning.

Mais par-delà le scénario, le dessin est la raison pour laquelle il faut acheter et lire cet album. C'EST UN ORDRE.

Wrightson offre au lecteur des images à couper le souffle. Les décors gothiques de l'histoire agrippent le regard et ne le lâchent plus. Le style de Wrightson – encre, lavis, NB, sépia, jeux d'ombre et de lumières – est parfaitement adapté au récit, et le niveau de finesse et de précision de chaque image est impressionnant. Qu'il s'agisse de montrer un visage pour lui donner sentiment et sens, de donner à voir des décors polaires grandioses, ou de présenter au lecteur le capharnaüm de la maison d'un savant (presque) fou, Wrightson produit un niveau de détails qu'on pourrait dire photographique. On adorerait voir les planches en grand format pour en profiter encore plus ; ici, ça se justifierait pleinement.

Quoi que je puisse écrire, je serai en dessous de la beauté du dessin, j'arrête donc ici le dithyrambe. Tu dois, lecteur, aller voir par toi-même. Sache seulement que la quatrième (et dernière) partie de l'album, dessinée par Kelley Jones montre bien en creux ce qu'était l'art de Wrightson (et ceci en dépit du travail très honorable réalisé par Jones).

Concluons en signalant que l'album s'ouvre sur un avant-propos très émouvant de Niles, et que sont reproduites à la fin de l'album les esquisses réalisées – et jamais finalisées – par Wrightson.

Frankenstein, le monstre est vivant, Niles, Wrightson, Jones

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