Le Dernier fils des dieux - Jean Baret

De Jean Baret on avait lu l'impressionnante trilogie Trademark et le surprenant Monde de Julia (avec Ugo Bellagamba) . Il était difficile de faire mieux ; ce n'est hélas pas le cas avec ce court roman un peu décevant dans sa forme. Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 123, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…). Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout : À l’aube de l’effondrement des sociétés humaines mondialisées, un journaliste reçoit un étrange carnet, journal intime d’un jeune homme, héritier d’une fortune sans commune mesure et retenu contre son gré par un colosse silencieux dans une prison de béton. Au fil des pages, il découvre la vie de débauche et l’arrogance de cette frange de la population qui agit comme les nouveaux dieux ; quelques-uns organisent par ennui, au sein d’un mystérieux club, des actions absurdes provoquant des désordres interna...

Playground - Lars Kepler - Retour de Bifrost 88


Disons que je viens de mourir. Mon corps s'arrête, mes bactéries intestinales s'apprêtent à en entamer la décomposition. Mais que devient mon âme ? Elle part, invisible, pour le grand centre de tri de l'après-vie. Là, deux possibilités : soit je suis vraiment mort et mon âme entame son dernier voyage (en bateau) vers un au-delà inconnu, soit je suis promis  au réveil (après un massage cardiaque réussi par exemple) et elle doit alors attendre le moment de réintégrer mon corps physique.

La deuxième option, c'est ce qui arrive à Jasmine. Gravement blessée en opération au Kosovo, la jeune lieutenant « arrive » dans une ville crépusculaire qui évoque fortement un port chinois. Elle y est pesée, on lui donne un visa, puis Ting, un local, l'escorte jusqu'au Terminal de Cabotage. De là, un dazibao l'appelle à revenir vers notre monde, son corps, et sa vie. D'autres ont moins de chance et attendent longtemps, assez pour qu'une vraie société des morts en stand-by se soit constituée, fondant une ville purgatoire. A son réveil, nul ne croit Jasmine. Choc post-traumatique dit-on. Hôpital psychiatrique, traitements lourds, Jasmine finit par se reconstruire jusqu'à devenir la mère d'un petit garçon, Dante.
Puis voici qu'un jour la jeune femme est prise dans un terrible accident de voiture. Sa mère, qui conduisait, meurt ; elle et son fils sont gravement blessés. Après un nouvel aller-retour express dans la ville des morts, et alors qu'elle croit s'en être tirée, Jasmine doit y retourner volontairement – en provoquant un coma – pour escorter son fils durant son chemin de retour vers la vie. Car, dans la ville des morts, des gangs volent les visas qui permettent de revenir parmi les vivants et les revendent à ceux qui veulent s'assurer une forme d'immortalité. Pour sauver Dante, Jasmine devra lutter contre l'administration corrompue de la ville au péril de sa vie et de celle de ses alliés.

Le pitch était attirant. Bien des choses pouvaient être faites avec. D'autant que les descriptions de la ville, port franc et lieu de perdition entre la Los Angeles de Blade Runner et une Macao priapique, installent une véritable ambiance, et que de nombreux éléments laissent penser qu'on va entrer dans les secrets du lieu et de sa mythologie. Hélas, après un début alléchant, la qualité du roman ne cesse de se dégrader.
Coïncidence incroyable dans les relations entre ville des morts et monde réel. Transferts peu crédibles de matériel d'un côté à l'autre. Décalages temporels à géométrie variable entre temps des morts et temps des vivants. Coma induit réalisé grâce à l'aide de la sœur de Jasmine qui n'y croit pas mais réalise néanmoins la délirante opération. Ce sont quelques-unes des facilités de l'histoire. Ajoutons-y les deux problèmes principaux : pauvreté du récit et style. Pour le récit, dès l'affaire principale enclenchée, plus rien ne dépasse le niveau de la course poursuite même pas palpitante tant elle est linéaire. Plus de politique, plus de mythe (un peu de folklore et de Hell Money), plus rien qui nécessite deux neurones fonctionnels. Juste des personnages fantomatiques, de la violence quelconque, un « voyeurisme » cosmétique, un peu de sexe pour émoustiller la ménagère. Le style, lui, oscille entre plat et involontairement drôle, à coup de phrases creuses qui se veulent définitive ou profondes.

Playground, Lars Kepler

Commentaires

Anudar a dit…
Ce livre s'apparente à un "Battle Royale" post-mortem. On aime ou pas. Pour moi, c'était popcorn mais sans plus : un livre à lire par un après-midi pluvieux :)
Gromovar a dit…
Ben ici, il ne pleuvait pas ;)