Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Black Friday - Alex Irvine


"Black Friday" est, aux USA, le nom d'un jour de soldes qu'Amazon, entre autres, essaie de nous vendre en France depuis peu – et y parviendra sans doute.
C'est aussi le titre d'une nouvelle glaçante, d'Alex Irvine, téléchargeable sur le site Tor.

USA, futur proche (assez proche pour que l'arrière grand-père du personnage principal – Caleb Anderson, un bon père de famille américain – ait fait le Vietnam).
C'est Black Friday. Caleb et ses enfants s'apprêtent à pénétrer par une entrée discrète dans la Greenleaf Crossing Galleria pour participe à la Célébration, un événement annuel qui surpasse le Superbowl en terme de popularité. Une fois par an, des familles surarmées s'y combattent (parfois à mort) dans des malls, pour capturer et ramener à la maison des biens de consommation gratuits ou des bonus monétaires, le tout sous les yeux de millions d’Américains qui suivent le déroulement du match à la télévision, jusqu'à la victoire ou la mort.
Les Anderson en sortiront-ils gagnants ? Vivants ? On le saura à la fin de la nouvelle.

Avec ce texte aussi grotesque et pertinent que les parodies de MAD Magazine, Irvine pousse au bout les tares et dérives de la société américaine contemporaine.
Glorification de la famille, certitudes morales inébranlables, culte des armes à feu et du open carry, omniprésence de média qui orientent plus qu'ils ne racontent, primat de l'émotion sur la raison, consumérisme délirant, etc. Tout ceci est visible dans la nouvelle.
Mais surtout, la nouvelle – qui commence par rappeler à la mémoire les scènes hallucinantes de gens se battant pour des objets à l'ouverture du jour des soldes – pointe explicitement la dérive schizophrénique d'une société US qui, pour se défendre du terrorisme et protéger ses « valeurs », s'arme et se tue elle-même sans plus avoir besoin de terroriste. On retrouve ici les éructations de Trump sur le Bataclan, ou le « Craignez la colère du consommateur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ! » de Philippe Muray.

Institutionnalisant et rationalisant les mass shooting par la grâce de la résistance américaine au terrorisme, Irvine s'en sert pour montrer à quel point le société US a perdu toute boussole idéologique. Dans La nuit des morts-vivants de Romero, les humains se protégeaient des zombies dans le mall (c'était déjà une critique du consumérisme), ici plus besoin d'intrusion étrangère. L'ennemi est intérieur, l'ennemi est le semblable, et c'est pour protéger le mall et ce qu'il représente que les Américains combattent, tuent, et meurent. Black Friday, Bloody Friday.

Black Friday, Alex Irvine

Commentaires

Baroona a dit…
De la littérature blanche dans quelques années - déjà ? ...
Gromovar a dit…
Presque. Pour le second mandat de Trump.