Fables 10 - Willingham - Buckingham

Dernière chronique courte (a priori) de la période, cette fois pour dire un mot du dernier tome de la série Fables chez Urban Nomad. C’est la conclusion – attendue et redoutée – d’une série fleuve d’une qualité rarement atteinte. Ultime confrontation entre Cendrillon et Frau Totenkinder. Deuil et destruction. Fableville finie, les Communs découvre les Fables. Les deux espèces cohabiteront. Le monde des Communs, qui jusqu’ici ne l’était pas, deviendra progressivement un monde magique. Quant à l’épopée épique, elle se termine sur le climax de la montée aux extrêmes entre Rose Rouge et Blanche Neige. Tu ne connaîtras l’issue de cette confrontation sororicide, lecteur, qu’après avoir lu cet ultime opus. Ceci fait, tout ayant été écrit et accompli, les auteurs – singulièrement Willingham et Buckingham – disent au revoir à une bonne partie de leurs personnages avec une succession de « Dernière histoire de... » qui permet de voir une dernière fois les nombreux êtres, si riches et ...

La Maison du Cygne - Yves et Ada Rémy


Partie I :
El Golem, un lieu loin de tout, au milieu du désert mauritanien. S'y niche le Castel, forteresse, lieu d'étude, « monastère ».
Dans le Castel vivent, coupés du monde, le Maître, des nounous, des gardes, et vingt-cinq enfants, seize garçons et neuf filles, de toutes origines.
Des années durant, le Maître éduque et instruit les enfants. Secondé par un système d'hypnopédie qui rappelle Le Meilleur des Mondes, il enseigne aux enfants les lettres et les mots, les sciences et les arts, les agilités de l'esprit et les souplesses du corps. Aimant, bienveillant, il guide et instruit, par la pratique, la réflexion, l'aphorisme conclusif.
Les enfants rêvent, aussi. Chacun d'un Autre qui, lui, vit dans le monde. Les enfants d'El Golem sont-ils des échos de ces enfants du monde réel ? Ou est-ce l'inverse ? Qu'importe. Les vies des enfants du dehors apprennent la société aux enfants cloîtrés du Castel. Et les deux faces de la pièce devront un jour être réunies pour que les enfants du Cygne aillent dans le monde porter un message de paix et tenter de la construire en actes.

El Golem, lieu de bonheur, certes, mais où toujours le danger rode. Car le Maître est un agent du Cygne. Il forme les enfants pour en faire ses combattants terrestres dans la grande lutte cosmique que le Cygne mène depuis des éons contre la maison maléfique de l'Aigle. Et parfois, l'Aigle frappe. Il séduit, manipule, illusionne. Au fil des années, plusieurs des pupilles du Maître céderont, certains disparaîtront, d'autres mourront. Et puis, avec l’adolescence arrivent aussi les questions et les rébellions. Les enfants prennent connaissance de la signification de leurs rêves. Ils « rejoignent » alors un par un le monde.

Commence alors la partie II. Passy doit « fusionner » avec François, son Autre. Mais c'est si difficile. Lutter contre son démon intérieur, le « voir » suffisamment pour le vaincre, c'était le sens original du mot jihad. Les enfants du Cygne doivent tirer leur force de la communauté contre l'égoïsme valorisé par l'Aigle. C'est à ce prix seulement que la Terre aura une chance de « tomber » du bon côté de la vie. Et, pour Passy/François, c'est autour d'un Queribus transformé en vulgaire parc d'attractions par un libéralisme triomphant que se jouera la bataille.

"La Maison du Cygne" est un beau texte (Grand Prix de l'Imaginaire 1979) dans lequel on retrouve le style élégant et l'humanisme des Rémy.
Il pose de manière simple des questions complexes et y apporte quelques réponses avec lesquelles on ne peut guère être en désaccord.
Il développe une approche pédagogique Main à la pâte plus de vingt ans avant son apparition dans le réel.

Si, comme Gromovar, vous êtes une bête sauvage au mufle toujours rouge de sang, vous trouverez peut-être le texte un peu trop irénique, un peu trop seventies. Vous lui trouverez quelquefois trop de ressemblances dans le ton avec Le Prophète de Khalil Gibran. Vous lui reprocherez d'être parfois un texte pour HéritiersEt sur ces dernières paroles, il envoya un enregistrement magistral du Philharmonique de Berlin, interprétant sous la baguette de Furtwangler, l'ouverture de Coriolan.

Mais vous pouvez aussi vous laisser bercer par la musique des mots des Rémy, savourer ce conte humaniste, onirique, et, au minimum, théiste, sympathiser avec Passy et ses tourments, compatir aux troubles de François, souhaiter l'accomplissement de leurs destins, et aimer la douce Giska comme l'aime Passy. Vous n'y perdrez pas au change.

Une question finale : je me demande dans quelle mesure ce roman a influencé Rohel, Les guerriers du silence ou La fraternité du Panca, les trois grands cycles de Pierre Bordage. Tant de thèmes et d'approches communes (les forces cosmiques opposées, la lutte millénaire entre le bien et le mal, les agents dans l'ombre surnaturelle, les pions humains qui obéissent et questionnent, la force de la communauté contre l'individualisme, les révélations progressives du grand plan cosmique, les pouvoirs psy, etc.). Il faudra que je puisse un jour lui poser la question.

La Maison du Cygne, Yves et Ada Rémy

Commentaires