mardi 26 juin 2018

14-18 tome 9 et Invisible Republic 2 et 3 / Brève revue de BD


Août 1918. L’agressif Général Foch est généralissime depuis cinq mois. Profitant des revers de l'armée allemande en juillet, il lance en Picardie l'attaque décisive qui conduira à la défaite teutonne. Au cœur de l'assaut, on retrouve, dans ce tome 9 intitulé "Sur la terre comme au ciel", les rares survivants toujours mobilisés de la petite bande d'amis dont Corbeyran raconte au long cours l'histoire.

Des huit camarades du début, il n'en reste guère et le moral n'est pas au beau fixe. Le malheur est toujours susceptible de les frapper ; quant à leur quotidien, fatigant, dangereux, humiliant, déshumanisant, c'est business as usual. Quelques petits moments de joie tout de même, comme lorsqu’on sauve une petite fille perdue non loin de la ligne de front.

La guerre a changé, et pas seulement parce que la phase de mouvement a repris et que les Allemands reculent.
Les tanks Renault sont de plus en plus présents au cœur des combats.
Les avions jouent un rôle bien plus important qu'au début des hostilités (superbes scènes de dogfight qui rappelleront des souvenirs aux joueurs de Ace of Aces).
Les Américains (et pas qu'eux) sont là en nombre au côté des Français (depuis 1917). Sur la terre comme au ciel, les Yankees sont volontaires, nombreux, frais, bien équipés. Ils participent aux combats menant à la victoire, amènent avec eux un exotisme rafraîchissant, font découvrir aux Français de nouveaux goûts et de nouveaux rythmes. Corbeyran montre bien qu'au sein de l'armée US les unités noires et blanches sont strictement séparées. J'ai un gros doute en revanche sur les scènes de camaraderie Noirs/Blancs US le soir au bistrot ; ce n'était pas l'ambiance de l'époque si j'ai bien compris. En revanche la camaraderie Français/Noirs US a bel et bien existé.

Sur le front, on tente de survivre (et, nonobstant, on meurt parfois très bêtement). A l'arrière, on attend toujours le retour des soldats, ou alors on pleure ses morts ou ses invalides. Plus que trois mois à tenir, mais ça, personne ne le sait encore.


Suite (en VO) de la série "Invisible Republic". L'histoire est toujours aussi passionnante, trépidante, riche.

Continuent de se dérouler les deux fils du tome 1 – l'histoire racontée par Maia et les événements consécutifs à la chute du régime Malaury. S'y ajoute maintenant l'histoire officielle racontée par Arthur McBride lui-même dans ses « mémoires ».

Dense et passionnant, le récit est d'une grande richesse.

On y voit la création de la légende révolutionnaire. Comment une révolution renomme une planète Avalon pour la faire entrer dans une  allégorie de la légende arthurienne (celle d'Arthur McBride bien sûr). Comment on emprisonne et fait disparaître les dépositaires de l'histoire authentique des acteurs et des faits. Comment on réécrit l'histoire après coup, quand nul ne peut plus contredire la version officielle. Comment le petit dictateur chanceux explique n'avoir toujours agi que par et pour le peuple. Comment l'homme fort avec ses zones d'ombre disparaît derrière la statue lumineuse du commandeur (cf. la couverture du tome 3).

On y est parti aux ambiguïtés des mouvements révolutionnaires. Souvent conduits par des brutes opportunistes, agrégeant des personnalités diverses que ne lient que leur mécontentement, rarement totalement détachés de contacts malsains avec les anciennes sphères du pouvoir légitime, ces mouvements évoluent toujours progressivement vers de plus en plus de violence, de plus en plus de manipulation narrative, de plus en plus de pression « totalitaire » sur les membres du mouvement (jusqu'à l'autocritique forcée, les prisons politiques, l'élimination physique des membres dissidents), en attendant de pouvoir le faire sur la société entière.

On y remarque les effets délétères d'une transparence sans contrôle. La publication du journal Reveron par la presse conduit à un durcissement de la reprise en main d'Avalon par des pouvoirs qui n'hésitent pas à violer toutes les règles juridiques et à la mise en danger de nombreux parmi ceux qui tentaient de conduire le monde à une transition pacifique du chaos post-Malaury vers un régime plus décent que ses deux prédécesseurs.

Cerises sur les gâteaux :

Les auteurs développent de belle manière la vie de la jeune Maia après l'exil et avant la prison, ainsi que les troubles violents qui agitent le monde de l'après Malaury, devenu champ de bataille entre les oligarques traditionnels locaux et les pouvoirs de Sol-central – le gouvernement humain centralisé et clairement impérialiste installé sur Mars.

Ils promènent le lecteur sur une Terre écologiquement détruite et inhabitée depuis 400 ans à l'exception de quelques « reterraformeurs ». Glaçant.

Ils montrent enfin en détail la planète Asan, celle par qui les problèmes arrivèrent.

Ils décrivent (même si ça a déjà été fait ailleurs, chez Egan notamment) les inévitables changements culturels lourds qui se produisent sur les vaisseaux-arches quand arrive au pouvoir une génération qui n'a pas choisi de partir et qui ne verra pas l'arrivée.

Intéressant, captivant, sombre, character-driven autant que story-driven tant les deux sont liés, "Invisible Republic" est un très bon comic dont j’attends maintenant la suite (car il prend son temps pour avancer, le prix de la précision).


14-18 t9, Sur la terre comme au ciel, Corbeyran, Le Roux
Invisible Republic, t2 et 3, Bechko, Hardman, Boyd

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