An Eye for Property - Tanya Fordwalker

« Le jeu n’en vaut pas la chandelle… mais empêcher qu’elle s’éteigne » R. E. Howard Dans un futur proche, la société Splice of Life offre à tout client proche de la mort et décidé à payer une forte somme (le Passenger) du temps de vie supplémentaire dans le corps d’un jeune bien vivant (le Driver) , qui lui servira de corps d’emprunt un certain temps par semaine ou par jour ; une version hi-tech des cavales de Damballa. Une puce insérée dans le cerveau du Driver contient la personnalité scannée du Passenger. A des jours et heures contractuellement décidés, la personnalité du Passenger est activée puis prend le contrôle du corps de son Driver dont la conscience s’éteint dans l’intervalle. A la fin de la période contractuellement convenue, la conscience du Passenger se remet en sommeil et c’est le Driver qui revient aux commandes. Mais que se passerait-il si quelque chose buguait dans la puce ? An Eye For Property est une nouvelle de Tanya Fordwalker lisible sur le site React...

Uncanny Valley - Greg Egan - Je est un autre


Futur proche. Adam s'éveille. D'où ? De quoi ? On ne le saura pas dès l'abord.
Ce qu'on comprend immédiatement, en revanche, c'est qu'Adam a eu une relation particulière avec un "vieil homme" dont les funérailles ouvrent la nouvelle. A cette cérémonie à laquelle il ne se rend qu'avec inquiétude, Adam ne semble pas vraiment le bienvenu. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler. Qu'on sache seulement qu'Adam se lancera ensuite dans une quête impérative du "vieil homme".

Avec "Uncanny Valley", Greg Egan livre au lecteur une réflexion intéressante sur l'identité. Que sommes-nous de plus que la collection – consciente et inconsciente – de nos souvenirs ? Changer la mémoire, est-ce changer l'individu ? Le "Moi", comme chez les Ents, peut-il être autre chose que la somme de l'expérience accumulée ?
Descendant le fil de pensée, on se demande alors si l'amputation mémorielle est une mutilation, une chance d'approcher le bonheur en effaçant le pire pour ne garder que le meilleur, ou une occasion de se redéfinir en se débarrassant des oripeaux des expériences accumulées ?
Un questionnement sur l'identité dont Adam ne peut faire l'économie, et auquel Ted Chiang s'était attaqué dans The Truth of Fact, the Truth of Feeling, d'une manière bien moins émouvante.

Mais ici, Egan, toujours foisonnant, fait bien plus en retournant le point de vue sur l'uncanny valley et en interrogeant sur l'existence entre deux statuts – c'est à dire hors de tout statut. Il pose ici des questions inédites qui se poseront dans un avenir proche – que posait par exemple Bacigalupi dans Mika Model – mais qui se posent déjà ici aussi pour tous ceux qui vivent dans l'insécurité statutaire, les sans-papiers non-expulsables/non-régularisables ou les enfants conçus à l'étranger par GPA, entre autres (de ce point de vue, la sécurité juridique et patrimoniale de Choupette, la chatte de Karl Lagerfeld, est plus assurée).

Comme toujours, l'auteur australien a plusieurs fers au feu. Comme toujours il stimule son lecteur. Comme tout vrai auteur de SF il interroge l'avenir sans négliger le présent (même s'il se défend de toute écriture à clefs).
Ici il parvient – ce n'est pas toujours le cas – à donner chair à ses personnages et à les rendre attachants, tant dans leur désarroi que dans l'amour intense qui les anime ou la noblesse d'âme dont ils font preuve.

Les anglos peuvent trouver la nouvelle ici. Les autres pourront la lire, traduite, dans le Bifrost 88 – personne ne le croira mais cette collision est accidentelle et non publicitaire.

Uncanny Valley, Greg Egan

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