Alex Landragin : l'homme des passages

Alex Landragin vient de recevoir le Prix Planète-SF 2026 à l'unanimité du jury pour son roman fantastique Le Livre des passages . Il a gentiment accepté de répondre à quelques questions pour ce blog et le site du Prix. •  Un écrivain né en France, vivant en Australie, d’origine arménienne, et maîtrisant aussi bien l’anglais que le français : voilà qui n’est pas banal. Qui êtes-vous, monsieur Landragin ? L’histoire de ma famille est passionnante, mais trop longue pour être racontée ici. Je suis né en France, à Épernay, fils d’un vigneron issu d’une longue lignée de vignerons. Du côté de ma mère, d’origine arménienne, l’histoire est jalonnée de fuites successives face à divers cataclysmes, menant finalement en France via la Turquie et l’Union soviétique. C’est donc un héritage complexe. Nous avons fini par nous installer en Australie. Plus tard, ma famille a migré vers un autre pays, mais je suis resté seul en Australie ; si, au début, ce fut à contrecœur, aujourd’hui, je ne voudrai...

Uncanny Valley - Greg Egan - Je est un autre


Futur proche. Adam s'éveille. D'où ? De quoi ? On ne le saura pas dès l'abord.
Ce qu'on comprend immédiatement, en revanche, c'est qu'Adam a eu une relation particulière avec un "vieil homme" dont les funérailles ouvrent la nouvelle. A cette cérémonie à laquelle il ne se rend qu'avec inquiétude, Adam ne semble pas vraiment le bienvenu. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler. Qu'on sache seulement qu'Adam se lancera ensuite dans une quête impérative du "vieil homme".

Avec "Uncanny Valley", Greg Egan livre au lecteur une réflexion intéressante sur l'identité. Que sommes-nous de plus que la collection – consciente et inconsciente – de nos souvenirs ? Changer la mémoire, est-ce changer l'individu ? Le "Moi", comme chez les Ents, peut-il être autre chose que la somme de l'expérience accumulée ?
Descendant le fil de pensée, on se demande alors si l'amputation mémorielle est une mutilation, une chance d'approcher le bonheur en effaçant le pire pour ne garder que le meilleur, ou une occasion de se redéfinir en se débarrassant des oripeaux des expériences accumulées ?
Un questionnement sur l'identité dont Adam ne peut faire l'économie, et auquel Ted Chiang s'était attaqué dans The Truth of Fact, the Truth of Feeling, d'une manière bien moins émouvante.

Mais ici, Egan, toujours foisonnant, fait bien plus en retournant le point de vue sur l'uncanny valley et en interrogeant sur l'existence entre deux statuts – c'est à dire hors de tout statut. Il pose ici des questions inédites qui se poseront dans un avenir proche – que posait par exemple Bacigalupi dans Mika Model – mais qui se posent déjà ici aussi pour tous ceux qui vivent dans l'insécurité statutaire, les sans-papiers non-expulsables/non-régularisables ou les enfants conçus à l'étranger par GPA, entre autres (de ce point de vue, la sécurité juridique et patrimoniale de Choupette, la chatte de Karl Lagerfeld, est plus assurée).

Comme toujours, l'auteur australien a plusieurs fers au feu. Comme toujours il stimule son lecteur. Comme tout vrai auteur de SF il interroge l'avenir sans négliger le présent (même s'il se défend de toute écriture à clefs).
Ici il parvient – ce n'est pas toujours le cas – à donner chair à ses personnages et à les rendre attachants, tant dans leur désarroi que dans l'amour intense qui les anime ou la noblesse d'âme dont ils font preuve.

Les anglos peuvent trouver la nouvelle ici. Les autres pourront la lire, traduite, dans le Bifrost 88 – personne ne le croira mais cette collision est accidentelle et non publicitaire.

Uncanny Valley, Greg Egan

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