A Violent Masterpiece - Jordan Harper

Los Angeles, aujourd’hui. Jake est un ancien chroniqueur de la nuit people reconverti en streamer trash. Nuit après nuit, il parcourt les rues de LA dans sa voiture pour filmer les braquages, meurtres et fusillades que détecte son scanner de police. Il vit de dons en commentaires et d’abonnements pour ses produits les plus trash. Quand son ancienne boss du site Truth or Dare lui propose ce qui ressemble fortement à du stalking de personnalités en vue de chantage, il accepte. Le salaire est convaincant. Doug est un avocat public. Il défend surtout des déshérités qu’un système bien plus fort qu’eux et une justice américaine qui est plus un match entre accusation et défense qu’une recherche de la vérité met en péril dès l’incrimination. Pour ses clients, Doug est « le couteau qu’ils amènent à la fusillade » . Il se trouve, presque par hasard, à défendre, pour une audience de libération sous caution, Eric Algar, un riche producteur accusé de pédophilie qui, étonnamment, a catégor...

Objectif : Marcher sur la Lune avec Tintin - Hergé


Que faire un dimanche après-midi venteux pour passer une petite heure et demi ? La mer étant le lupanar des poissons et les collines d'Aubagne rongées par les flammes, on les évitera absolument. Reste alors la relecture des deux albums les plus SF de Tintin (avec Vol 714 pour Sidney, pour être honnête), "Objectif Lune" et "On a marché sur la Lune". C'est chose faite.

Je ne vais pas ici chroniquer ces deux albums (aventure scientifique, exploration spatiale, et thriller guerrefroidiste) tant ça a déjà été fait, ni les passer au crible du juste et du faux comme Roland Lehoucq himself l'a très bien fait ailleurs. Juste partager les quelques remarques que m'inspire une œuvre dans laquelle je ne m'étais pas replongé depuis des décennies.

En vrac :

Ecrit de 1950 à 1954, soit presque 20 ans avant le vrai alunissage d'Armstrong – avant même que le projet soit officiellement lancé ou que le Spoutnik soviétique ait décollé pour la première fois –, le diptyque fut un vrai travail d'anticipation, qu'on dirait aujourd’hui SFFF, fondé sur des recherches plutôt sérieuses d'Hergé.
  • L'auteur fait montre, dans les albums, d'une vraie volonté pédagogique. Ses personnages expliquent donc largement et plutôt clairement les aspects scientifiques et techniques du voyage. Ceci vaut aussi bien pour l'enrichissement de l'uranium ou la fabrication du plutonium (pour le moteur atomique de la fusée) que pour les questions de pesanteurs différenciées Terre/Lune ou les effets concrets de l'apesanteur. Il y a donc dans deux pages quelconques de ces albums autant de textes que dans un numéro complet des Légendaires par exemple (autre temps, autres mœurs).
  • Il prévoit l'utilisation d'un moteur chimique d’atterrissage et de décollage, moteur atmo suppléant à un moteur atomique inutilisable lors des manœuvres atmosphériques de la fusée.
  • Il évoque, sans développer, la vitesse de libération du puits de gravité terrestre.
  • Il décrit l'écrasement de l’accélération (jusqu'à l'évanouissement des passagers), la pesanteur artificielle créée par l’accélération du moteur allumé, et le retournement du vaisseau à peu près à mi-distance d'un voyage organisé sur un cycle accélération/décélération intégral (comme les arches de la SF contemporaine).
  • Il fait enfin atterrir ses héros sur une Lune désolée dans le ciel de laquelle les étoiles – faute d'atmosphère – ne scintillent pas, sur laquelle on gambade en bondissant, et où il importe de réaliser des mesures de radiations pour profiter de l'absence d'atmosphère.

Beaucoup de choses collent donc plutôt bien à la réalité – avec quelques réserves mineures. C'est surtout la fusée rouge et blanche (une peinture en damier vraiment utilisée sur les V2 pour des raisons pratiques) qui pêche. Peu après la guerre et Hiroshima, Hergé invente une fusée qui évoque la V2 hitlérienne en version habitable et atomique. Un seul étage, aucune considération explicite de masse transportable, un moteur atomique, la versatilité de la fusée est sûrement le point le plus faible de l'invention « réaliste » d'Hergé (à moins qu'on considère que le moteur atomique emporte un « carburant » si énergétique qu'il permet de dépasser le problème).
Le pilotage quasi-manuel aussi rappelle plus Jules Verne que la NASA.
Quant à la question du confinement du cœur, Hergé n'imagine pas à l'époque d'autre solution qu'un isolant siliconé baptisé tournesolite, loin des tores magnétiques qui sont la norme aujourd'hui dans la SFFF ou les véritables réacteurs de fusion ; la fusion contrôlée n'était pas, en 50, à l'ordre du jour.
Les grottes à concrétions et la glace lunaire, enfin, sont, elles aussi, peu crédibles.

Mais qu'importe – et en dépit des running gag un peu pénibles d'Haddock et des Dupont-d, il y a un vrai sense of wonder appuyé sur des connaissances scientifiques loin d'être ridicules. Et, même si j'ai lu ces albums pour la première fois au moins dix ans après le premier vrai alunissage humain, je peux imaginer le frisson, l'excitation, l'émerveillement qui ont dû saisir les lecteurs des premières éditions, emportés par Hergé – comme le dit Tournesol – là où personne n'était jamais allé avant.

Tintin : Objectif Lune, On a marché sur la Lune, Hergé

Commentaires

Tigger Lilly a dit…
C'est chouette de chroniquer ces bd avec une regard de lecteur de sf. La dernière fois que je les ai relues doit remonter à avant ma connaissance du mot sense of wonder mais à y bien réfléchir il y a en effet de ça ^^
Gromovar a dit…
Ouais, ça a été marrant.

A la fois plus riche en sens et nostalgique car il y a certaines vignettes dont je me rappelais comme si je les avais lues hier.
Lhisbei a dit…
Il y a pire façon d'employer une heure et demi d'un dimanche après-midi venteux :)
Gromovar a dit…
C'est ce que je me suis dit aussi.
Anonyme a dit…
Sympathique relecture et billet. ;)
Cornwall a dit…
Pendant mes vacances, j'ai visité Les salines Royales d'Arc & Senans, qui offre également des expositions temporaires. Coup de chance, c'était une expo sur Hergé, il y a avait un pan entier sur Objectif Lune, où il était expliqué qu'Hergé s'était entouré de spécialiste pour ne pas écrire de connerie et que l'organisation de l'habitacle de la fusée soit le plus réaliste possible. Bref une exposition passionnante.
Gromovar a dit…
Cool. J'aurais bien aimé voir ça. Peut-être un truc si je vais à Bruxelles même.
Vert a dit…
Ca me donne envie de les relire maintenant !
Gromovar a dit…
Fais-toi plaisir.