Membre fantôme - Brian Evenson - Retour de Bifrost 119

En 2003, Brian Evenson frappait un grand coup littéraire avec sa novella The Brotherhood of Mutilation . Six ans plus tard, il donnait de ce texte une version longue avec le roman Last Days (sorti en français sous le titre La Confrérie des mutilés) . On y suivait les traces de Kline, un détective amputé du bras à la suite d'une affaire qui avait mal tourné, engagé pour trouver le coupable du meurtre du fondateur d'une secte inconnue jusqu'alors : La Confrérie des mutilés. D'investigations en interrogatoires (soumis à des contraintes aussi absurdes qu'invincibles) , Kline finissait par découvrir l'identité du meurtrier. Surtout, il se trouvait contraint de plonger dans un univers délirant et fanatique, un monde dans lequel les croyants amputent volontairement des parties de leur corps – le plus de parties étant le mieux, signe de foi et donc d'influence supérieures. Le monde clos des mutilés est religieux, paranoïaque, violent, organisé suivant une logique a...

Petit traité de hasardologie - Krivine contre la bétise


Un court post pour parler du très excellent "Petit traité de hasardologie" de Hubert Krivine. En des temps où le complotisme se nourrit autant de la malveillance de certains que de la méconnaissance mathématique des autres, ce type d'ouvrage de vulgarisation me parait extrêmement utile, de ceux qu'il faudrait mettre entre toutes les mains, ce qui serait bien plus efficace que tous les cours d'EMC infligés à corps perdu à des élèves confits dans l'huile des réseaux sociaux, de leurs approximations, et de leurs contre-vérités.

En 160 pages accessibles (pour peu qu'on fasse un tout petit effort de concentration), Krivine explique ce qu'on peut faire dire et surtout ce qu'on ne doit pas faire dire - car c'est tout simplement faux - aux probabilités. Très illustré d'exemples concrets, renvoyant en annexe pour les calculs mathématiques, Krivine éclaire sans aveugler. On en sort plus sage.

Pourquoi certaines choses sont-elles inconnaissables à part sous la forme - inévitablement insatisfaisante - de probabilités ?
Pourquoi ne faut-il pas confondre causalité et corrélation ?
Pourquoi est-il raisonnable d'aller à l’hôpital même si, objectivement, on y meurt beaucoup plus souvent que dans son lit ?
Pourquoi n'est-on pas sûr d'avoir 50 piles en tirant 100 fois à pile ou face ?
Pourquoi le manque d’informations suffisantes empêche-t-il de "prédire" ce qui va survenir ?
Que ne peut-on pas faire dire à une moyenne ?
Qu'est ce que la loi des grands nombres, ou une loi gaussienne, et que permettent-elles de "prédire" ? Pourquoi la régression à la moyenne explique-t-elle certaines réussites miraculeuses ?
Pourquoi la loi des séries est-elle une vue de l'esprit ?
Pourquoi est-il indispensable (en Bourse on aurait dû s'en souvenir) de savoir si des évènements distincts sont indépendants ou pas ?
Pourquoi, dans le cas d'évènements rares, faut-il se méfier comme de la peste des faux positifs ?
Pourquoi, enfin, certains évènements sont-ils chaotiques par nature et défient donc toute tentative de prévision ?

Utile, très utile, à lire, faire lire, et travailler. Parallèlement à La démocratie des crédules.

Petit traité de hasardologie, Hubert Krivine

Commentaires