Bifrost 121 : entre dossier Walton et nouvelle de Nayler

Dans le Bifrost numéro 121, on trouve un copieux dossier Jo Walton ( dont je rappelle qu'elle a eu le Prix Planète-SF en 2017 pour Mes Vrais Enfants )  sous une couverture de Florence Magnin. Le numéro s’ouvre sur l’édito du boss qui rappelle à tous quel est l’âge canonique (trente ans) du Bélial et, de facto, de la revue Bifrost. Un édito en forme de bilan (d’étape) et de mise en lumière des (pas si subtils) changements qui ont affecté le monde de l’édition entre alors et maintenant. Suivent quatre nouvelles puis toutes les rubriques habituelles, critiques des nouveautés, scientifiction, and so on. On y trouve même les lauréats du Prix des lecteurs Bifrost 2025 : en catégorie francophone Résonances , de Mina Jacobson, et en traduction Joe 33 % , de Suzanne Palmer. Bravo à eux deux et au traducteur Pierre-Paul Durastanti qui s’est chargé du Palmer. Quatre nouvelles donc. D’abord, Contraction d’Iris de Peter Watts, un texte très wattsien qui met en scène, dans un futur p...

La guerre des Lulus - Hautière - Hardoc - Touchant


Lucas, Lucien, Luigi et Ludwig sont quatre orphelins hébergés à l’orphelinat de l’abbaye de Valencourt en Picardie. Inséparables car ils partagent une chambre à quatre, ils forment les Lulus, un groupe soudé comme les quatre doigts de la main d'un Mickey franco-belge.
Chacun connaît des autres ses espoirs, ses peurs, ses doutes, ses faiblesses. Chacun compte pour les autres et sait qu'il peut compter sur eux. Au sein de la micro-société de l'orphelinat, ils forment une communauté.

Coupés du monde par leur lieu de vie (un orphelinat clos près d'un petit village), la date de l'histoire (1914, donc sans TV, smartphones, etc.), et l'organisation de l'institution (qui fait tout pour épargner aux enfants le fracas du monde jusqu'à leur cacher la raison du départ précipité de l'instituteur, et les remplir en parallèle de l'amour et de la crainte de Dieu), les Lulus ignorent que la guerre arrive à leurs portes.

Alors, un jour qu'ils jouent dans le bois proche, un ordre d'évacuation d'urgence arrive. Orphelins et adultes doivent, sous la conduite de soldats français, quitter leur ville évacuée en raison de l'avancée allemande. On cherche les Lulus. En vain. Ils restent donc involontairement en arrière.
Passé la surprise du retour dans un orphelinat vide, les quatre garçons comprennent vite qu'ils sont maintenant seuls, et assez vite que c'est à cause de cette guerre dont ils avaient peu ou prou entendu parler. Ils comprennent aussi qu'ils vont devoir se débrouiller pour survivre en attendant le retour des Français. Un jour. Qui sait ?

Naïf au bon sens du terme, "La guerre des Lulus" est une jolie BD. Les Lulus sont seuls et apeurés, mais débrouillards aussi, enfantins mais pas puérils, plein d'interrogations et de métaphysique de bazar. Ils parviendront à survivre même si c'est difficile (on peut lire la BD comme un album post-apo, ça fonctionne très bien, les problématiques : nourriture, médicaments, environnement hostile, sont les mêmes).
Et, dans cette épreuve inédite, les Lulus ne sont pas les plus aptes. Ils sont jeunes, des enfants dans un monde où l'autorité des adultes est absolue. Vivant dans leur univers d'enfants, ils ignorent presque tout du monde, même proche, sont plein des bondieuseries de l'abbé, sont confondants de naïveté sur les questions les plus simples.
Mais les Lulus ont une force invincible, c'est leur solidarité, leur certitude de petits orphelins d'être dans le même bateau et de devoir se soutenir les uns les autres. Elle leur permettra, dans cet album, de survivre à l'hiver dans un village vidé tant de ses habitants que de ses provisions, et même d'intégrer – à titre exceptionnel – une petite fille belge perdue par ses parents lors de leur exil. Certes, elle n'est pas vraiment orpheline mais, à cet instant, elle l'est de facto. Alors...

Jolie histoire joliment racontée, "La guerre des Lulus" est une BD sur la Grande Guerre vue comme une aventure à la Robinson suisse. Rafraîchissante par rapport à tout ce qu'on en lit d'habitude. Un petit plaisir de vacances.

La guerre des Lulus t1, La maison des enfants trouvés, Hautière, Hardoc

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