Cauchon - Dorison - Delahaye - Parnotte

Le 23 mai 1430, après un an de campagne militaire victorieuse, Jeanne d’Arc est capturée par les Bourguignons, alliés des Anglais, lors d’une sortie hasardeuse au siège de Compiègne. Vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg pour la somme de 10000 livres tournois, elle est conduite à Rouen afin d’y être jugée pour hérésie, entre autres chefs d’accusation dont le très scandaleux « port d’habits d’homme ». C’est l’évêque Pierre Cauchon qui a négocié cet achat pour le compte des Anglais, contre l’Inquisition qui voulait la juger elle-même. C’est Pierre Cauchon aussi qui présidera son procès, à Rouen, entre février et mai 1431 ; il s’agira, lors de ces audiences, de démontrer que l’inspiration de celle qu’on nommait « La pucelle » ne venait pas de Dieu et des saints mais bien plutôt du diable. C’est cette histoire que racontent Xavier Dorison, Louis-David Delahaye et Joël Parnotte dans l’imposant album Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc . A la lecture du mag...

Journal de nuit - Jack Womack - Retour de Bifrost 81


Futur très proche, demain matin peut-être. Et peut-être même maintenant aux USA.

Lola Hart est une jeune fille de 12 ans qui vit confortablement à NY avec ses parents (upper middle class) et sa jeune sœur, Cheryl. "Journal de nuit" est son journal intime.
Il dira au lecteur la descente aux enfers de Lola et de sa famille dans une Amérique en effondrement économique et donc en désintégration sociale. Il dira aussi la transformation de Lola, obligée de grandir à vitesse grand V pour s’adapter, et peut-être survivre, à un environnement bien plus dur et compétitif que celui dans lequel elle avait grandi.

Après quelques pages d’ouverture coloriées à l’espoir, la réalité d’un pays déchiré par le chômage, la misère, la ségrégation, la violence endémique et les émeutes armées auxquelles répond la brutalité d’une armée et d’une police au bord de la crise de nerf, rattrape la famille Hart. Ejectés, faute d’argent, du confort qu’apportaient des revenus conséquents, Lola et sa famille quittent le monde protégé des écoles privées, des emplois agréables, et de la 86ème, pour celui, déliquescent, de la 125ème – près de Columbia U si on veut oublier que c’est au cœur d’Harlem.

Lola, forte et courageuse, doit s’intégrer à sa nouvelle vie, et pour cela accepter qu’il n’y aura pas de retour, s’arracher tant à son ancienne vie qu’à ses anciennes amies qui lui paraissaient aller de soi. Entre un père qui travaille comme un acharné pour nourrir, mal, sa  famille, une mère qui s’abrutit de médicaments, une sœur qui se ferme pour ne plus rien voir, Lola, réaliste, se reconstruit une vie de pauvre, entre plans risqués, peur des flics et des gangs, solidarité de filles, premiers émois, et survie au jour le jour, loin, si loin, d’une vie politique américaine qui ne signifie plus rien.

"Journal de nuit" est un excellent roman, dur, cohérent, et réaliste. Dur car il décrit la disparition rapide de tout ce qui faisait l’ordinaire, agréable, d’une vie de famille qui pourrait être la tienne, lecteur. Perte d’emploi, déménagement forcé dans un « mauvais » quartier, tout ce qu’on croyait acquis disparu en moins de deux ans. Cohérent car tout se tient. No bullshit dans ce récit, que du vrai et du nécessaire. Womack gère d’ailleurs très bien les changements de langue de Lola, de même qu’il mixe finement les affres de la sexualité naissante avec les nécessités de la survie en groupe. Réaliste car ce monde est déjà là, ou presque, pour beaucoup ; le sociologue Robert Castel parle de déstabilisation des stables : c’est ce dont il s’agit ici. Réaliste aussi car le roman est écrit après les émeutes de Los Angeles auquel il renvoie évidemment. Les lecteurs de fantasy urbaine en manque de dépaysement feraient bien de le lire. Ils découvriraient l’inframonde inconnu d’eux qui attend chacun au détour d’une perte d’emploi.

"Journal de nuit" eut une carrière bien décevante. En VO d’abord (Jo Walton le regretta dans une interview) lors de sa parution en 93, en VF ensuite en 95. Nouvelle chance aujourd’hui grâce à Folio-SF. Espérons qu’il trouve enfin le large lectorat qu’il mérite.

Journal de nuit, Jack Womack

Commentaires

Xapur a dit…
Je le note, merci.
Gromovar a dit…
Et puis les USA risque de finir par ressembler à ça. Ca devient presque documentaire.
shaya a dit…
J'ai tellement adoré ce bouquin ! J'espère que sa deuxième vie marche bien en Folio !
Lorhkan a dit…
Je le note aussi.
Gromovar a dit…
Ah ouais, vraiment faut lire.