Falstaff - Boisserie - Goho - Merlet - Rouger

Henri IV, dit Henri de Bolingbroke , fut roi d’Angleterre de 1399 à 1413. Il monta sur le trône après l’éviction de Richard II, consécutive à une rébellion dont le jeune Henri avait pris la tête et qui comptait dans ses rangs une partie des plus grands seigneurs d’Angleterre. Capture du roi, interprétation créative de l’ordre de succession, Henri est couronné à Westminster en 1399. Mal arrivé sur le trône, Henri devra lutter durant tout son règne contre des rébellions successives qui rallieront même ses alliés originels. Il mourra le 20 mars 1413 après plusieurs années de troubles de santé. Son fils aîné lui succédera sous le nom d’Henri V. Ce dernier relancera la guerre de Cent Ans. De cette histoire pleine de bruit et de fureur, Shakespeare tira une pièce en deux parties, Henri IV , puis Henri V , deux pièces historiques. Il y inséra, du moins dans la première, le personnage de Falstaff (pardon, sir John Falstaff) , un protagoniste fictif d’une irrésistible truculence, un bouffon gr...

Dans la forêt - Jean Hegland - Joli mais...


"Dans la forêt" est le premier roman de l'Américaine Jean Hegland. Il a été nominé James Tiptree Jr. en 1996 et adapté au cinéma en 2015.

Ici et maintenant, ou presque. Nell et Eva sont deux adolescentes presque jumelles – elles ont moins d'un an d'écart, pas loin d'un seul corps dans deux personnes. Elles vivent avec leurs parents dans une maison construite au cœur de la forêt californienne, loin des premiers voisins et à presque cinquante kilomètres de la ville le plus proche. Si leur père est le principal du collège local, leur mère, une ex-danseuse blessée, crée des objets artisanaux à domicile. Quant aux filles, elles sont élevées en homeschooling par des parents convaincus que la vie s'apprend par la pratique. Nonobstant cette éducation singulière, Eva est une danseuse acharnée qui veut intégrer un prestigieux ballet, et Nell a décidé de passer les tests d'admission à Harvard. Retourner dans le monde donc. Mais ça, c'était avant que tout commence...ou s'arrête.

"Dans la forêt" est le journal de Nell. Il raconte la fin de notre civilisation, et la manière dont les deux sœurs vont y faire face. Roman post-apo bien plus proche du nature writing que des canons du genre, "Dans la forêt" n'est pas un roman violent ou catastrophiste. Isolées du monde moderne, les filles ne sauront jamais vraiment ce qui s'y passe (guerres ? épidémies ? un peu de tout). Ce qu'elles sauront de la fin est comme les ombres de la caverne de Platon. Indirect.
Des coupures de courant de plus en plus fréquentes, de téléphone aussi, d'Internet. Gênant certes mais, dans la forêt, ça arrive. Puis les parents qui laissent à voir qu'il serait bon de mettre à jour les imposantes provisions de la maison, d'économiser un peu aussi. Les filles sont sûres que les choses vont s'arranger. Elles attendent sans vraie inquiétude la retour à la normale. Elles se trompent. Les choses empireront. Les parents mourront. Energie et nourriture deviendront rares. Et même la lointaine ville cessera d'être un havre possible. Il y aura une dernière lumière, un dernier thé, un dernier chewing-gum, dans un baisser de rideau qui rappelle l'émouvante dernière partie de The Bone Clocks. Puis, passé l'extinction progressive de tout ce qui faisait la normalité, l'abandon définitif de tout ce qu'on aimait avoir ou faire, la sidération aussi, il faudra trouver les moyens de survivre.

"Dans la forêt" est un roman sensible et délicat. Loin des post-apo violents, très écrit dans un style fort bien imagé, il restitue les tourments et les émois qui agitent l’esprit d'une jeune fille confrontée à des bouleversements inédits. Il nous livre un journal plein de flashbacks, sautant du coq à l'âne, exprimant tant du factuel que de l'émotionnel pur, un émotionnel chaotique où se bousculent en succession rapide tous les sentiments possibles. Il exprime l'insouciance de la jeunesse qui est aussi celle d'une humanité convaincue que le système technique sera toujours là comme échafaudage et béquille de vie. Il montre la difficulté qu'il y a, après un très long déni, à passer le cap, à cesser de compter sur les adultes ou sur le monde des artefacts, à retourner vers la frugalité et l'autarcie, tant est forte la tentation de croire que tout s’arrangera et que le monde artificiel et technique qui est le nôtre finira bien par revenir (Eli, le would-be lover de Nell l'illustre). Ce monde ne reviendra pas plus que des parents morts ne pourraient le faire.

"Dans la forêt" est une histoire de coming of age. Passer de l'enfance à l'âge adulte n'est jamais facile, des millions de pages ont été écrites sur le sujet. Mais quand on perd en peu de temps ses parents, son insouciance, ses rêves, et le monde dans lequel on vit, seul un amour d'une intensité extrême peut permettre de tenir. Cet amour c'est celui des deux sœurs, qui surmonte toutes les tempêtes, qui donne à chacune la force de soutenir l'autre quand elle va s'écrouler. Il faut aussi une redécouverte, celle d'une Nature qui peut porter la vie humaine si on sait la connaître et vivre en communion avec elle, c'est à dire non en médiévaux – comme on pourrait le penser – mais comme des « natives ».

Bien écrit, bien pensé, est-ce alors un roman sans défaut ? Je ne le crois pas. La faute au dernier tiers. Là, Hegland devient si explicitement militante que c'en est gênant. Dans un féminisme wiccan-style bien trop explicite, elle livre une fable militante sur les merveilles – certes parfois difficiles – de la maternité, de l'enfantement, de l'allaitement, du retour à la Terre-mère. La subtilité disparaît du récit. Hegland veut faire passer son message et ça se voit trop. Au point que même le viol totalement incongru (par un passant inconnu, au cœur de la forêt, jamais vu et jamais revu) d'Eva, émouvant sur le moment, semble rétrospectivement un pur artifice narratif destiné à engendrer la possibilité d'une grossesse. C'est dommage ; une fois encore la littérature en est moins quand elle meurt d'envie d'asséner un message.

A lire au moins pour les deux premiers tiers et pour quelque très belles scènes dans le dernier, notamment le choix des trois seuls livres à emporter dans la forêt qui est un hommage à ce qui est laissé en arrière.

Dans la forêt, Jean Hegland

Commentaires

Vert a dit…
Il m'intrigue ce roman (je l'ai vu passé dans les journaux l'autre jour). J'y jetterais un oeil dès que j'aurais oublié tout ce que tu as raconté de l'intrigue ;)
Gromovar a dit…
C'est l'écriture qui compte plus que l'histoire ici (même s'il y a quand même une histoire).
Je devais le recevoir en service de presse. Il a du se perdre, dommage. Je l'achèterai peut-être car le livre est bien tentant.
Gromovar a dit…
Je ne l'ai qu'en numérique et en VO donc je ne peux pas te venir en aide. Désolé.