L'Enfant du Deptford - Nat Cassidy

L'Enfant du Deptford , de Nat Cassidy, un roman trop mou, trop fade, trop quelconque pour séduire. Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 125, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…). Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout : Et si votre enfant n'était plus vraiment… le vôtre ? Après la naissance très compliquée de leur fille Charlie, Ana et Reid ont désespérément besoin d'un nouveau départ. Tout semble enfin leur sourire lorsqu'ils ont l'occasion, pour un loyer modique, de vivre dans un appartement au Deptford, l'un des immeubles les plus prestigieux de Manhattan, avec vue sur Central Park. Mais très vite, une présence insidieuse se fait sentir. Bruits inexpliqués, couloirs secrets, voisins inquiétants… Puis le doute s'installe. Quelque chose cloche. Dans l'immeuble. Et avec le bébé. Un roman troublant, intense et profondément dérang...

Christine - Stephen King - Retour de Bifrost 80


Publié en 1983, "Christine" est parfois considéré comme un roman secondaire de King, et ce en dépit d’une nomination au Locus en 84. Derrière un aspect pop-corn ado simpliste (« Happy Days gone mad », King), il dissimule quelques pépites.

1978, une petite ville près de NY. Arnie Cunningham est un adolescent au visage caviardé d’acné. Martyrisé sa vie durant par tous les abrutis scolaires, étouffé par des parents (sa mère surtout) de cette étoffe CSP+/progressiste dans laquelle la domination sur les enfants est d’autant plus intense qu’elle se dissimule sous le masque de la discussion, Arnie n’est guère à envier. Solitaire, aussi puceau qu’on peut l’être, il n’a qu’un seul ami, Dennis, qui l’aime et le protège comme un frère. Sa vie, morne et peu engageante, bascule le jour où il tombe amoureux de Christine, une Plymouth Fury 58 en ruine. Car c’est d’amour qu’il s’agit. En dépit du bon sens, comme hypnotisé, Arnie achète l’épave au déplaisant Roland LeBay et se lance dans le projet fou de la remettre à neuf. Il ignore alors que Christine est bien plus qu’une voiture et qu’il vient de tomber entre les griffes d’une créature meurtrière et exclusive qui, le flattant, le conduit vers sa destruction.

Ecrit dans un langage casual, étrangement construit (Dennis en narrateur fiable au début et à la fin mais pas au milieu), Christine peut déconcerter. Mais si on voit ce que King a mis dedans, involontairement peut-être, alors c’est un roman riche. On peut d’abord lire l’histoire d’Arnie comme « celle du gars qui rencontre la fille qu’il lui faut pas ». Christine l’éloigne de ses parents, de son ami, s’interpose entre Arnie et sa première petite amie. Possible. Un peu court.

Car la trajectoire d’Arnie, c’est celle d’un cocaïnomane. Un drogué comme King l’était à la même époque. Sentiment de puissance, élation, c’est ce qu’apporte Christine au garçon mal dans sa peau - au point que son acné disparaît et qu’il trouve une copine. Mais dans le même temps, elle le rend agressif, lui fait mener les bons combats de la mauvaise manière, anéantit lentement sa famille, et éloigne un à un de lui tous ceux qui l’aimaient, lassés de ses mensonges, de ses faux-fuyants, de son incapacité à se détacher de ce que tous sauf lui perçoivent comme une dangereuse compagne. Cet entourage qu’Arnie ressent comme hostile tentera vainement de le sauver et assistera, navré, au spectacle de sa propre impuissance ; possédé, Arnie n’est plus aux commandes.

Quatre ans avant Misery, c’est un rusé roman sur l’addiction que livre King avec Christine. Tout proche d’un cocaïnomane le reconnaitra en Arnie Cunnigham.

Christine, Stephen King

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