Gagner la guerre t4 - Genet - Jaworski

Voici qu'arrive le tome 4 de l'adaptation BD du Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski par Genet et Jaworski lui-même. On avait laissé Benvenuto Gesufal en grand danger à la fin du tome 3.  Les mensonges et les machinations dont il a été partie commencent à émerger au grand jour alors que les dépités de la guerre de Ressine cherchent à se venger et à reprendre l'initiative politique. D'atout secret, Benvenuto devient une gène possible pour la maison Ducatore, au point que, alors que Ducatore semble retourner sa veste à son endroit, il ne voit plus que la fuite comme solution aux deux périls qui le menacent : l'emprisonnement à court terme et l'assassinat à moyen terme. Fuir dans la ville est utile pour échapper quelques temps à des lames trop aiguisées mais, clairement, quitter la ville est le seul moyen d'échapper à la mort. Recherché par spadassins et magiciens, le bretteur à gages doit mettre le plus de distance possible entre lui et la République de

Latium II - Romain Lucazeau


Voici qu’enfin on peut lire le second tome de Latium.

Pour ne pas spoiler (en particulier ceux qui n’auraient pas encore lu le premier volume) je vais devoir rester très succinct sur l’intrigue et ses rebondissements. Qu’on sache seulement que si la scène était prête à la fin du tome 1, l’action a pris place dans le 2, vers une conclusion aussi ouverte que satisfaisante.

Après la bataille homérique du tome 1, Othon et Plautine atteignent enfin l’Urbs. Hellénisée, alexandrisée, byzantinisée, la « Ville » n’a plus grand chose en commun avec l’austère République antique dont elle se réclame. C’est là, dans la ville des complots et des trahisons,  dans le lieu d’un schisme irréductible entre plébéiens et patriciens (un schisme dont Plautine, l’ancienne comme la nouvelle, est partie prenante), qu’Othon et Plautine, les héros de la tragédie, commencent à saisir quels sont les tenants et aboutissants de l’affaire enclenchée au début du tome 1 et les bouleversements qu’elle engendrera. C’est là, près du cacochyme empereur Galba, près des triumvirs aussi – dont Vinius, le « père » de Plautine – qui détiennent l’effectivité du pouvoir, que les deux héros retrouvent leurs anciens amis, leurs anciens amants, leurs anciens ennemis, souvent les mêmes, et qu’ils devront lutter tant pour comprendre que, de plus en plus littéralement, pour survivre. C’est à partir de là aussi que Plautine, de rêve en exploration mémorielle, plongera de plus en plus loin dans la platonicienne réminiscence jusqu’à comprendre l’Holocauste et le plan millénaire dont il fut le moyen principal. C’est de là qu’il faudra partir vers la vérité et les barbares, au cœur de la Dark Forest.

Stoppons là. Disons simplement au lecteur qu’il trouvera dans ce tome 2 amplement matière à frisson, réflexion, divertissement.

Aussi référencé qu’érudit, le roman réussit le tour de force d’être toujours accessible. On pourrait s’amuser à chercher les références ou les clins d’œil.
La pyramide monadiale qui va des minuscules entéléchies aux Intelligences les plus massives (et jusqu’à l’Homme, qui sait ? Amusante réflexion de Plautine disant que, contrairement aux Intelligences, les hommes n’ont pas d’âme) et rappelle autant le stupéfiant Diaspora d’Egan que les processus de conscience humains – pour autant qu’on comprenne quelque chose à ces derniers.
La volonté de fuite platonicienne vers le monde des Idées, et de dépassement des contradictions politiques inhérentes à l’Homme par la réalisation d’une « cité idéale » qui serait l’Homme au prix des hommes – projet et rêve de tous les totalitarismes.
Asimov bien sûr, pour les Lois mais aussi pour la planification millénaire.
Simmons, tant pour ses romans SF-grecs (dit comme ça, on dirait un truc dégueulasse) que pour l’immense et profond Hyperion.
Corneille, dont je n’ai jamais lu Othon mais dont j’ai retrouvé des formes de personnages.
Ce Dieu qui ne crée pas de dieu mais qui voudrait bien quand même, jusqu'au bout de la folie meurtrière.
Il y a même un minuscule clin d’œil à RC Wilson.

Arrêtons ici pour ne pas lasser, et puis j’en ai sûrement manqué. Mais si on manque ces références, ça n’est pas grave. La lecture est aussi agréable qu’on les voit ou pas.

Car il y a une histoire, un complot, une abomination, un destin. Car il y a des questions, et que le roman y apporte, une après l’autre, leurs réponses. Car il y a des personnages, qui gagnent en chair au fur de leurs souffrances. Le roman peut se lire au niveau de son choix, et à chaque niveau it delivers.

Car "Latium" est un space opéra de très bonne facture, avec ce qu’il faut d’action, d’immensité, de vitesse, et de dangers. Mais aussi un space opéra écrit (je l’ai dit pour le 1 déjà) avec grande fluidité. Ecrit avec élégance aussi : quand on aime la langue française on ne peut que ressentir du plaisir au choix – précis comme un laser – des mots, ainsi qu’aux imparfaits du subjonctif qui reposent avec bonheur de l’omniprésent style Djian. On en vient même à excuser l’ubiquité d’un « derechef » qui s’invite toutes les deux pages comme si c’était un pari.

Car on y croise le succulent Anaximandre - le modulateur monadique qui rend possible le voyage spatial instantané - dont la pensée se déploie comme une ouverture de poupées gigognes, et qui tient autant d’un Navigateur de la Guilde que d’une mitochondrie lovée au sein des arches stellaires.

Car "Latium" est un hommage, l’expression émouvante d’une nostalgie aussi, à la Rome Antique, celle que nous connaissons et dont on sait ce qu’il advint, comme celle qui aurait pu exister sur Olympus Mons et que Plautine parcourt down the memory lane.

Car "Latium" est un roman sur la liberté. La liberté qu’obtiennent les créations (toutes) face à leurs créateurs (tous) et sur le prix qu’il leur faut payer pour ça. Un roman sur la possibilité de se forger un avenir au lieu de subir un fatum. Un roman – et c’est évidemment lié – sur le déterminisme, le libre-arbitre, l’inclination, et la contingence. Nous, humains, quel est notre libre-arbitre ? Et que dire alors de celui des IA ? D’où viendrait une volonté qui serait autre chose que le traitement par des processus inconscients d’un bombardement chaotique de stimuli ou que l’illusion de liberté que se donne à elle-même l’exécution d’un script écrit ailleurs, avant, et impossible à modifier ?
C’est la question douloureuse que posent les philosophes depuis deux millénaires, c’est celle que posait Œdipe, c’est celle à laquelle Plautine – moins qu’humaine certes – est confrontée, Othon aussi, sans oublier Photis et son peuple, chacun selon sa nature.

Car "Latium" est un roman d’interrogations métaphysiques et un roman à grand spectacle à la fois, sans qu’aucun des deux aspects ne cannibalise l’autre. Un roman imposant à tous les sens du terme. Un roman à lire et à savourer.

Latium II, Roman Lucazeau

Commentaires

Lorhkan a dit…
La messe est dite alors ! Il va falloir le lire ! :D