All That We See or Seem - Ken Liu

Il y a un très grand nombre d’années, j’achetai le Neuromancien de Gibson à la FNAC sans vraiment savoir ce que c’était. Je commençai à le feuilleter dans le bus et ne pus plus le lâcher jusqu’à l’avoir fini. All That We See or Seem m’a fait à peu près le même effet. All That We See or Seem est le dernier roman de Ken Liu. All That We See or Seem est l’histoire d’Elli Krantz, une célèbre tisseuse-de-rêve – ou « oneirofex » –, qui fuit une nuit sa maison pour protéger son mari, Piers, sans savoir si sa disparition suffira à le sauver. All That We See or Seem est l’histoire de Piers Neri, un avocat un peu technophobe, un mari abandonné, fou d’amour et d’inquiétude, qui cherche l’aide d’une hackeuse asociale que son associé avait défendue dans un passé récent. All That We See or Seem est l’histoire de Julia Z, une brillante hackeuse au lourd passé, qui fait profil bas depuis de grandes déconvenues. Elle trouve Piers à sa porte et, touchée par son histoire, son impuissance e...

Pas de retour en Ostalgie - Wanda Hagedorn - Good Bye Poland


"Pas de retour en Ostalgie" est un album oneshot autobiographique de Wanda Hagedorn. Le titre fait référence à l’ostalgie, cette nostalgie des Pays de l’Est disparus et des aspects « positifs » des sociétés communistes, plus solidaires et moins dures sans doute au prix d’une organisation dictatoriale et d’un endoctrinement constant. Illustré dans le film Good Bye Lenin !, l’ostalgie est un sentiment ambivalent, réactionnaire et sélectif dans son approche des mémoires individuelles et collectives.

Wanda Hagedorn, née et élevée en Pologne, vit aujourd’hui en Australie, et elle annonce la couleur dès le titre : "Pas de retour en Ostalgie" pour elle ; son enfance en Pologne ne fut pas « globalement positive ».

Années 60. Wanda vit à Szczecin - une ville dans les territoires d’Allemagne attribués à la Pologne à la fin de la guerre en échange de ceux que s’appropria l’URSS à l’Est - avec sa famille. Avec elle, trois sœurs plus jeunes, sa mère, son père. Le foyer est sinistre. Sinistre car en Pologne communiste, sinistre car siège d’une névrose familiale.

Côté Pologne, un pays où le niveau de vie a trente ans de retard sur celui de l’Ouest, Wanda vit dans un appartement réquisitionné. Sa famille partage l’appartement avec la victime de la réquisition, la « Boche », ils se livrent une guerre d'usure. Dans l'immeuble, l’eau chaude est rare, les toilettes partagées, le chauffage parcimonieux. La propagande est permanente, qu’elle vienne du Parti ou de l’Eglise catholique, opposés idéologiquement mais identiques dans le contrôle social. Dans les deux cas, il faut se conformer, obéir, accepter, apprendre par cœur le crédo, et le dire sous peine d’ennui.
Wanda va dans l’une de ces écoles numérotées et sans nom, typiques de l’Est. Elle doit porter ses badges, participer aux organisations de jeunesse ainsi qu’aux diverses parades à thématiques militaires et nationalistes.
Même les doryphores ont été « largués par l’aviation américaine », et quand un tank soviétique écrase par accident des enfants, il ne fait pas en parler ; les Soviétiques, c'est des amis.


Côté famille, la mère de Wanda, d’origine aisée, est stricte et froide. Elle n'enseigne à ses filles que pudeur, modestie, discrétion - à la dure. De formation catholique, elle en a les excès d’autodiscipline et d’acceptation, même si elle est elle-même outrée par la bigoterie stupéfiante d’une vieille tante qui garde parfois les petites. Le père de Wanda est un communiste fervent, fils de paysans pauvres, carriériste et revanchard. Pervers narcissique, violent, il fait marcher son petit monde au son de la musique de son humeur. Il appelle ses filles par des noms masculins (« mes marmots ») pour compenser sa frustration de ne pas avoir de garçon, et régente tous les aspects de leur vie, jusqu’à envoyer Wanda vivre chez un cousin pour pouvoir l’inscrire dans un lycée prestigieux.
Entre père et mère, pas d’amour. La mariage de la carpe et du lapin doublé d’une vraie domination patriarcale.
Wanda a aussi ses quatre grands-parents. Côté paternel, peu d’affinités entre cette petite urbaine et ses ancêtres ruraux. Côté maternel, une vraie affection entre elle et sa grand-mère qui lui ouvre l’esprit, la sort, lui fait lire des livres « licencieux » comme les Claudine, lui fait découvrir une sensualité que sa mère et son pays mettent sous l’éteignoir.

L’enfance de Wanda, entre désagréments quotidiens, prise d’autonomie, et découverte progressive de la sexualité, est globalement déplaisante. Un père qu’elle hait, une mère distante, et la pression d’une société patriarcale, autoritaire, grise : « une enfance catholique patriarcale et polonocommuniste, donc dépressive, oppressive et répressive ». Sans oublier les agressions sexuelles à bas bruit qui s’exercent sur les filles et sur lesquelles il importe de garder le silence ; de ces choses, on ne parle pas. Heureusement il y a ses sœurs avec qui elle forme une petite tribu solidaire face à l’adversité, sa grand-mère Héléna – à la bisexualité probable – qui lui aère la tête, et les livres, qu’elle dévore avidement et qui l’extraient de la noirceur de son monde, un monde si ennuyeux que le spectacle de la petite fille du premier souffrant de la polio était « la première attraction de l’immeuble ».

Wanda devra partir très loin pour être libre, vivre enfin, réaliser le rôle de sa grand-mère Héléna dans sa construction personnelle, et découvrir le féminisme dont elle devient une militante active.

Qu’on ne s’y trompe pas, en dépit de son cadre, le livre n’est pas une livre d’analyse politique, c’est d’abord la chronique d’une famille dysfonctionnelle - comme Good Bye Lenin ! était moins un film politique qu'un film sur l'amour filial. Certes, la Pologne communiste colore et oriente les évènements, mais elle n’est qu’un élément parmi d’autres de la vie bien morose de Wanda. De ce point de vue, l’album peut laisser le lecteur sur sa faim.

 Pas de retour en Ostalgie, Hagedorn, Fras

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