Falstaff - Boisserie - Goho - Merlet - Rouger

Henri IV, dit Henri de Bolingbroke , fut roi d’Angleterre de 1399 à 1413. Il monta sur le trône après l’éviction de Richard II, consécutive à une rébellion dont le jeune Henri avait pris la tête et qui comptait dans ses rangs une partie des plus grands seigneurs d’Angleterre. Capture du roi, interprétation créative de l’ordre de succession, Henri est couronné à Westminster en 1399. Mal arrivé sur le trône, Henri devra lutter durant tout son règne contre des rébellions successives qui rallieront même ses alliés originels. Il mourra le 20 mars 1413 après plusieurs années de troubles de santé. Son fils aîné lui succédera sous le nom d’Henri V. Ce dernier relancera la guerre de Cent Ans. De cette histoire pleine de bruit et de fureur, Shakespeare tira une pièce en deux parties, Henri IV , puis Henri V , deux pièces historiques. Il y inséra, du moins dans la première, le personnage de Falstaff (pardon, sir John Falstaff) , un protagoniste fictif d’une irrésistible truculence, un bouffon gr...

The Dream-Quest of Vellitt Boe - Kij Johnson - Superbe


"The Dream-Quest of Vellitt Boe" est une novella de Kij ‘Pont sur la brume’ Johnson. Les amateurs de Lovecraft auront dressé l’oreille à ce titre et ils auront eu raison. Le texte de Johnson est une évocation, un hommage, un tribut au Dream-Quest of Unknown Kadath de HPL. C’est aussi une recréation, plus satisfaisante dans l’esprit de la Johnson adulte de 2016, de l’original lu dans son enfance, une recréation qui pointe l’absence de femme dans le texte original et, tout à la fin, lance une pique au racisme bien connu du rêveur de Providence.

Vellitt Boe est une cinquantenaire, enseignante de mathématiques à la faculté féminine d’Ulthar. Une nuit, sa meilleure étudiante, Clarie, s’enfuit avec un galant, un rêveur venu du monde de l’éveil. Dans la chambre abandonnée, juste un message écrit : « Il dit qu’il y a des millions d’étoiles ». Aucun doute n’est possible, Clarie est partie pour le monde de l’éveil (le nôtre), voir ces millions d’étoiles qui la changeront si fort des seulement 97 que comptent les Contrées du Rêve.
Problème : le père de Clarie est l’un des gros donateurs d’une faculté dont l’existence, du fait de sa spécificité sexuée, est toujours précaire ; l’égalité des sexes n’existe pas vraiment dans les Contrées (« When were women aver anything but foootnotes to men's tales », Vellitt Boe - et Kij Johnson). Vellitt Boe doit donc se lancer sans délai à la poursuite des amoureux, pour rejoindre Clarie et la ramener avant que son père ou l’université n’aient vent de l’affaire et sanctionnent la faculté. D’autant plus que, et Vellitt ne le comprend qu’en chemin, les enjeux sont infiniment plus élevés qu’il n’y parait au début.
Le voyage de Vellitt, prévu pour durer seulement quelques jours, prendra en fait plusieurs mois et sera, pour la femme qui attaque la deuxième partie de sa vie, l’occasion d’un retour sur les choix qui ont fait de la baroudeuse intrépide qu’elle était une enseignante installée, peut-être domestiquée, sûrement apaisée.

"The Dream-Quest of Vellitt Boe" est un texte magnifique. Traversant les Contrées, Vellitt entraine le lecteur dans l'un de ces lieux merveilleux rares que la littérature sait, parfois, créer, où tout impressionne, intrigue, ou effraie. Un lieu si étranger que même les endroits qui ne sont que cités résonnent aux oreilles du lecteur comme d’envoutantes promesses. Un monde au ciel tourmenté, à la Lune facétieuse, aux 97 étoiles seulement, chacune liée à un dieu. Un monde peuplé d’êtres étranges, de monstres terrifiants, de dieux endormis ou stupides, où l’atroce côtoie le superbe sans solution de continuité ; forêts phosphorescentes et zoogs agressifs, trône d’opale pur et ruines de cités rasées, gug reconnaissant et goules traitresses, chats intelligents et dieux fous, violents, capricieux qui anéantissent les humains par jeu ou indifférence. Un monde aussi beau qu’il est cruel et injuste. Un monde qui, finalement, peut conduire certains de ses habitants à lui préférer la liberté et les certitudes du nôtre.

Usant d’une écriture aussi classique qu’élégante, Johnson livre un très beau texte qui emmène le lecteur dans un des plus beaux lieux de la littérature et lui offre un touchant portrait de femme. C’est aussi une réflexion sur l’inévitable fin de l’insouciance (cf. Un pont sur la brume) et donc du rêve comme absolu, l’installation passée de Vellitt préfigurant la prise de responsabilité de Clarie. Revenir au réel fut aussi l’objet de la quête de Randolph Carter dans le texte de Lovecraft, un Carter qu’on croise bien sûr ici alors qu’il ne l’a pas encore compris.

Faut-il avoir lu l’original pour apprécier la version de Johnson ? Clairement non, je veux le marteler, même si les lecteurs de Lovecraft se replongeront avec délice dans ces Contrées qui sont sans doute la plus belle création du maitre de Providence.

The Dream-Quest of Vellitt Boe, Kij Johnson

Commentaires

Cedric Jeanneret a dit…
Je l'ai terminé hier, et je confirme : n'ayant pas lu la version de Lovecraft (mais ayant quand même une vague idée de ce dont il s'agit), j'ai adoré "The dream-quest of Vellitt Boe" !