Brombal - Phillips - Tout ce qui meurt et agonise

L’apocalypse zombie a eu lieu, elle a emporté presque toute l’humanité. Mais dans la petite ville américaine de Caverton, Jack Chandler, un fermier, s’est découvert immunisé ; seul de sa petite communauté, il a survécu au fléau. Seul survivant certes, mais pas solitaire. En effet, autour de Jack et avec lui, « vivent » son mari Luke, leur fille Daisy, qu’il adore, et aussi tous les habitants de la petite ville. Ces morts-vivants, par pure mémoire musculaire, rejouent chaque jour sa dernière journée, sans agressivité car, nourris par Jack, ils n’éprouvent plus le besoin de mordre ni d’attaquer. Jack, le seul qui n’est pas trépassé, est leur fermier – un religieux dirait leur berger. Il prend soin d’eux, les nourrit, veille à entretenir les cultures et le bétail grâce auxquels lui-même survit. Mais voilà qu’arrive dans la ville un groupe d’humains, pleins de violence et d’idées définitives sur les places respectives des hommes et des zombies. Tout part alors en vrille. Tout ce q...

Retour de chronique : Baudelaire le diable et moi - Claire Barré

Retour de chronique publiée dans Bifrost 79

Barré, "Baudelaire, le diable et moi", second roman de la Claire du même nom, l’est assurément. Qu’on en juge.

B. est une jeune femme dépressive, inactuelle, un peu gothique, qui se rêve poète. Très seule dans ce Paris vernien qui n’aime plus la poésie, elle vivote de petits boulots qui l’indiffèrent. Ses seuls émois sont pour les poètes, Baudelaire surtout. Alors, quand un diable nommé Melmoth lui propose de vendre son âme contre la possibilité d’aller dans le passé rencontrer ses poètes favoris (Baudelaire, Rimbaud, d’autres encore), elle n’hésite pas. De brèves rencontres en fugues érotiques elle réalise son rêve, jusqu’à ramener chez elle un Baudelaire, involontaire muse qui se révèle vite inadaptée à l’époque.

Le roman commence bien. Sur un ton très ironique, B. décrit à la première personne un monde de la superficialité et de la marchandise – le nôtre – qui ne fait plus de place à la beauté poétique. Truffé de références tant explicites que cachées, le texte est un cri d’amour, justifié, à la poésie du tournant XIXème/XXème. De plus, l’idée du voyage dans le temps est intéressante. Elle offre à B. l’occasion de quelques réflexions pertinentes sur la difficulté à parler vraiment à un auteur qu’on admire quand on vient à le rencontrer. Comment parler à l’auteur quand c’est l’homme qu’on a en face ? Les chasseurs de dédicaces comprendront. Elle lui donne aussi l’occasion de dire deux ou trois choses, rapides, sur le pouvoir qu’a l’art de modeler le monde.

Hélas, assez rapidement, l’ironie cède la place à une sorte de farce souvent lourde. Le texte y perd en force et devient progressivement une de ces blagues ratées qu’on écoute avec un peu de gêne. D’autant qu’on n’accroche jamais à B., trop peu construite pour être émouvante, et que les personnages secondaires, juste esquissés, n’aident pas. Sans parler d’un Baudelaire dont on se demande ce qu’il vient faire dans cette galère, entre slam et écriture de série TV.

Enfin, le roman se conclut par une épiphanie à la Trainspotting, atrocement décevante. La B. en quête d’absolu s’adapte, choisit la vie, dit son amour aux petites joies simples de l’existence dans une succession de phrases qu’on croiraient tirées d’un recueil de pensées positives. Tout ça pour ça ! Sed non satiatus.

Baudelaire, le diable et moi, Claire Barré

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