De boue et de bois - Olivier Caruso in Bifrost 122

Dans le Bifrost 122, il y a aussi  une nouvelle absolument stupéfiante d'Olivier Caruso. « La chercheuse, surprise, observe le spécimen dans la cave : il mange un porte-bouteille » . C'est sur cet incipit digne des premières phrases du Vieil homme et la guerre , de John Scalzi, que s'ouvre  De boue et de bois , un texte de 24 pages d'une richesse insigne. Epoque victorienne. Angleterre. La chercheuse vit seule avec une domestique dans sa grande maison de famille. Près d'elle, dissimulé, le « spécimen » . Il se nourrit de bois et dit bientôt ses premiers mots !!! Qu'est-il ? D'où vient-il ? Qui sont ces gens ? Quelle est l'histoire de cette femme et de cette famille ? Comment tout cela s'insère-t-il dans l'histoire britannique ? Et en quoi la transforme-t-il ? Ce sont quelques questions, il y en a d'autres dans cette riche nouvelle. On y croise, dans ce qui semblait être une histoire intime – et l'est assurément –, la théorie de l'évol...

Léviathan - Brunschwig - Plus gros qu'une sardine !


Marseille. Aujourd’hui. Un violent tremblement de terre détruit une partie de la ville, autour du Vieux Port et de la Mairie, la Marseille des cartes postales.
Un tremblement de terre, ou pas.
On parle aussi d’une météorite, et il est clair qu’un énorme objet à l’air planté dans la ville, sur le site du Lacydon. Mais difficile de savoir. A l’épicentre tout n’est que mort et destruction et, autour, un périmètre de sécurité installé par l’armée empêche toute entrée au cœur de la zone dévastée.
Dans la ville meurtrie, les destins bouleversés s’entrecroisent et les mystères s’accumulent, entre la cause mal définie de la catastrophe, le positionnement de l’armée qui vise la mer de ses canons, et la découverte, au milieu des victimes, du corps d’une femme récemment abattue d’une balle dans la tête.

Avec "Après la fin du monde," tome 1 de la série Léviathan, le scénariste Luc Brunschwig, sur une idée de départ d'Aurélien Ducoudray, imagine une histoire complexe et très intrigante. Comme à son habitude, il tisse son récit de mystère, et développe des personnages riches aux relations réalistes.

Au fil du récit, on est avec les sinistrés, au cœur du désastre. Dans les morgues improvisées, dans le Stade Vélodrome devenu centre de rassemblement des sans abris – en particuliers les enfants isolés qu’il faut prendre en charge, dans les lieux officiels de recherche des disparus qui sont en fait des lieux d’identification des victimes, etc.
Comme dans ses autres œuvres, Brunschwig crée une réalité aussi diverse que dans le vrai monde, et pointe sa caméra sur des gens « normaux » que l’extraordinaire saisit. On y voit le désarroi de ceux qui réalisent que leur vie a changé pour toujours en quelques secondes terribles. On y voit des gens biens et des connards, des citoyens heureux et d’autres en plein marasme, des marchands de sommeil, du racisme ordinaire, de la récupération politique, dans une ville qui est absolument multiethnique. On y croise des hommes et des femmes - policier, pédopsychiatre, infirmière - qui essaient, chacun à leur niveau, d’aider leurs prochains à survivre et la ville à passer le cap. On y est témoin des petits trafics et arrangements typiquement marseillais qui permettent de lubrifier les rouages d’une ville pauvre et se révèlent très utiles en temps de catastrophe. On y constate l’omniprésence des médias qui traitent l’info par le petit bout de la lorgnette.

Brunschwig connait la ville, ça se voit, les mécanismes y sont. Et surtout il manie à merveille le parler marseillais, ce français mâtiné de patois, aux accents souvent ironiques et narquois, ici parfaitement juste et sans cliché aucun.

Tout est juste, les personnages comme le décor ; tout est finement ciselé, les situations comme la progression d’un récit dont on comprend qu’il lui reste encore beaucoup à révéler. C’est un bien beau travail scénaristique, une fois de plus, que Brunschwig – peut-être le meilleur scénariste actuel - offre ici au lecteur. Les dessins, eux, ne sont guère à mon goût, trop imprécis imho pour une histoire réaliste.

"Après la fin du monde" capture l’intérêt du lecteur et ne le lâche plus. C’est un travail d’orfèvre. Vivement la suite !

Après la fin du monde, Léviathan 1, Brunschwig, Ducoudray, Bossard

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