Aurora Rising - Alastair Reynolds

Alastair Reynolds est un auteur britannique de SF de grand renom. Il a créé le célèbre cycle des Inhibiteurs dont la revue Bifrost disait en 2023 qu’il constituait la partie « la plus renommée, at assurément la plus volumineuse » de son œuvre. Aurora Rising (titre original : The Prefect) est un roman qui se passe au XXVe siècle, environ cent ans avant l’intrigue principale du cycle. Il peut se lire (comme ses deux suites) indépendamment du cycle principal, et montre aux lecteurs qui le connaîtraient un univers qui n’a pas encore sombré dans la déréliction liée au désastre de la Pourriture fondante. Yellowstone est le monde humain le plus avancé. Un cauchemar atmosphérique constellé de villes sous dôme. Autour de Yellowstone gravitent environ dix mille habitats orbitaux qui forment le Glitter Band . 100 millions de personnes vivent dans ces habitats qui sont tous strictement souverains. Seule condition pour faire partie de l’ensemble : accepter et respecter un système qui place le ...

Sous la Colline - David Calvo

4 jours d’Utopiales + 1 semaine de transcription d’interviews + 2 semaines de gros temps professionnel + 1 « contretemps » personnel + 1 weekend de sidération après les attentats de Paris = 4 livres lus et non chroniqués, une chose jamais arrivée sur ce blog. Pour qu’à la Pile à lire ne s’ajoute pas une Pile à chroniquer, viendront 4 chroniques un peu rapides. Je prie ces 4 livres, et leurs auteurs, d’excuser un développement moins développé qu’il n’aurait pu/dû l’être ; parfois on est juste du mauvais côté du hasard.
En voici une.
Février 2012. La Cité radieuse, vaisseau amiral du Corbusier et de sa vision communautaire et ultra-fonctionnaliste à Marseille, fut la proie d’un grave incendie qui contraignit une partie des occupants à quitter les lieux – certains pour plus d’un an – et rendit obligatoire  une réfection à grande échelle de l’Unité d’Habitation de Marseille, un très singulier immeuble sur pilotis construit le long du Boulevard Michelet.

Dans "Sous la colline", David Calvo se saisit de cet événement pour tisser une histoire fantastique dans lequel s’entrecroisent de multiples identités incertaines, celle de Colline, jeune archéologue en rupture qui s’intègre au lieu sans vraiment le vouloir, celle de l’Unité d’Habitation, entre passé utopique et présent qui l’est moins, celle du Corbusier et de Marseille elle-même, cité marquée par la prégnance de légendes fondatrices féminines dans le monde machiste du Sud, où les forces féminines primordiales de la ville rencontreront les absolument masculins Modulor.

Car l’incendie révèle un réduit absent des plans de l’immeuble. Un réduit que Colline explore et dans lequel elle fait une très étrange découverte qui résonne en elle au point de donner enfin à son existence un but clair à court terme, une quête de connaissance dans laquelle se lancer.

Comme Colline, Calvo a vécu au Corbusier pour écrire son livre. Pour qui connaît les lieux (c’est mon cas) ils sont parfaitement bien rendus. Pour les autres, c’est l’occasion de découvrir un lieu surprenant, l’espèce d’arcologie sociale que voulut créer le Corbusier, autant bâtiment que communauté humaine, digne de bien d’immeubles de SF utopique ou dystopique.

On retrouve donc pêle-mêle dans le roman :
  • les couloirs, appelés rues, bordés des portes d’entrée d’appartements tous déclinés selon un modèle unique
  • le restaurant, l’hôtel et la boulangerie du Corbu, derniers survivants viables d’une volonté de vie indépendante de l’extérieur
  • la salle de cinéma (que je fréquente pour des soirées de films d’horreur), siège du ciné club du Corbu
  • le toit avec son pédiluve, sa sculpture, son espace « réservé » aux riverains
  • le gymnase et la maternelle (active)
  • la galerie d’art fraichement installée dans l’immeuble et ses vernissages sous les étoiles face à la mer
  • « l’arbre à palabres »
  • les enfants qui vivent dans l’immeuble comme ils le feraient dans les rues d’un village, parcourant les « rues » d’appartement en appartement et utilisant le toit comme une place du village
  • les résidents historiques (de moins en moins nombreux) encore pleins de l’idéal communautaire du fondateur
  • et j’en oublie sûrement

Arpentant la Cité radieuse dans les pas de Colline, le lecteur découvre un monde idéal en voie de disparition.

Il y est le témoin de la chronique douce-amère d’un lieu qui se transforme et perd de vue son objet initial, ainsi que de sa lutte inégale avec l’extérieur pour préserver sa spécificité. La chronique aussi d’une transformation, celle de Colline que sa quête fera grandir et basculer vers le seul côté évident de son être. La chronique enfin de Marseille, ville fondée sur un mariage légendaire, ville qui connut le voisinage d’une importante sainte, ville enfin dont la bourgeoisie locale participa à l’exsurgence du mouvement occitan.

Il y croise des personnages hauts en couleur et, pour certains, attachants. Il y suit une intrigue qui avance de manière satisfaisante et entraine son lecteur avec elle.

Certes on est chez Calvo et il faut admettre – accepter – des situations parfois très étranges qui peuvent désorienter voire repousser certains lecteurs. Mais pour ceux qui connaitraient déjà son œuvre, Sous la Colline est un roman bien plus linéaire et accessible que Eliott du Néant par exemple. Ils peuvent donc y revenir en confiance ; pour les autres, c’est un bon moyen de faire connaissance avec l’auteur.

Sous la Colline, David Calvo

Commentaires

Lu comme toi "Sous la colline" de David Calvo et j'ai trouvé cela très très bon !! Vraiment très bon.
Gromovar a dit…
Très bonne lecture en effet.