Haut les cœurs ! Les Utopiales 2026 arrivent !

Du 29 octobre au 1er novembre 2026, les Utopiales retrouvent la Cité des congrès de Nantes pour une 27e édition placée sous le signe des « Perspectives ». Observation, illusion, plan et vertige : quatre portes d’entrée pour interroger nos façons de voir, de représenter et d’imaginer le monde. La science-fiction devrait avoir quelques idées sur la question. Parmi les 97 auteurs annoncés, on retrouvera notamment Robert Jackson Bennett, Kim Bo-Young, Catherine Dufour, Ian McDonald, John Langan, Annalee Newitz et Dolki Min. Scientifiques, artistes, professionnels du jeu et du cinéma croiseront leurs regards avec les leurs au fil de 131 conférences et tables rondes. De quoi nourrir les discussions, avant de prolonger les rencontres dans la grande librairie du festival et ses séances de dédicaces. Les images auront aussi toute leur place : treize expositions, dont une grande traversée de l’univers graphique de Léa Murawiec, également signataire de l’affiche, et les architectures de Miel Van...

14-18 La tranchée perdue : Plus de limite

Après le tome 3, chroniqué ici, arrive très logiquement le 4, "La tranchée perdue", que je me fais un plaisir de chroniquer en ce 11 novembre.

22 Avril 1915, dans les environs d’Ypres. Normalement, ça devrait suffire comme chronique. Dans le doute, écrivons quelques lignes supplémentaires.

Ce quatrième tome débute alors que la guerre s’est clairement enterrée, et que des armes interdites par les conventions internationales s’apprêtent à être employées. Pris au piège de leurs tranchées, les belligérants sont prêts à toutes les atrocités pour tenter de briser l’équilibre qui est en train de s’établir entre deux lignes de front qui ne cessent d'avancer et reculer de quelques mètres au prix de milliers de vie à chaque fois. L’ennemi ne comptant pour rien, le gazer comme un rat semble une bonne solution. D’où le chlore, des tonnes de chlore qui affectèrent, lors de ce premier jour de guerre chimique, 15000 hommes et en tuèrent 5000. Ce n’est que plus tard, en 1917, que viendra le sulfure de 2,2' dichlorodiéthyle, plus dévastateur encore, utilisé pour la première fois de nouveau près d’Ypres, ce qui lui voudra son surnom d’ypérite (on l’appelle aussi gaz moutarde).

C’est toujours l’horreur de la guerre que racontent les huit amis de la série 14-18, une horreur qui se trouve comme concentrée dans les mots simples et glaçants qu’écrit à son amie le jeune et trop sensible Maurice. Je le cite : « La boue nous étouffe. La faim nous dévore. Les poux nous saignent. Les rats nous guettent. Le froid nous abrutit. L’ennui nous torture. La peur nous liquéfie ». Et puis, ce constat, terrible d’honnêteté pour le scénariste Corbeyran qui en est l’auteur : « Cette réalité, personne ne pourra jamais l’exprimer…Aucun talent artistique, même le plus développé, ne sera à même de traduire ce qui se passe ici…pas plus qu’aucune imagination humaine ne sera capable de le comprendre. Ceux qui ne l’ont pas vécu ne sauront jamais réellement ce qui s’est passé ici ».

Deux constats à l’issue de cette lecture. Un positif, un négatif.

D’une part, Corbeyran montre très bien que les poilus étaient d’abord des hommes. Sacrifiés, martyrs, victimes, évidemment, mais des hommes d’abord, avant l’uniforme et sous l’uniforme. C’est à dire que parmi eux il y avait des gars intelligents et des bourrins, des mecs biens et des ordures, des honnêtes et des filous. Le temps que laissent les dix tomes de la série à Corbeyran lui permet de montrer en détail les deux points qui font presque toujours défaut dans les BD sur la Grande Guerre : l’homme derrière le poilu, et les autres (souvent des femmes) qu’il a laissé à l’arrière. Cette humanisation est utile et nécessaire par ce qu’elle ajoute de réalisme et d’humanité à une situation que son exceptionnalité risque de rendre monochrome.

D’autre part, la liaison entre les histoires des huit amis et l’Histoire de la Grande Guerre est un peu moins réussie que dans les trois premiers tomes. En dépit de la qualité citée au-dessus (qui s’applique à l’ensemble de la série et pas uniquement à ce volume), ce tome 4 se lit bien plus comme un album historique que comme la chronique personnelle du groupe d’amis partis au front. Cette liaison qui fait la force de la série est moins présente ici (et c’est finalement la parole des femmes, à l’arrière, qui en tient imparfaitement lieu). Espérons qu’elle reviendra vite.

Néanmoins, c’est un très beau cycle historique qu’offrent Corbeyran et Le Roux, et il sera utile autant qu’agréable de continuer à lire les albums au fur et à mesure de leur parution.

14-18 t4, La tranchée perdue, Corbeyran, Le Roux

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