Ce qui réveille les morts - T. Kingfisher

Ce qui réveille les morts est un roman court de T. Kingfisher, l'autrice remarquable de Nettle and Bone . Il est aussi brillant que son devancier, peut-être même plus. A toi de voir, lecteur. Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 124, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…). Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout : Lorsqu’Alex Easton, arme lige à la retraite, apprend que son amie d’enfance Madeline Usher est mourante, ka se précipite vers la demeure ancestrale des Usher, perdue dans la campagne reculée de Ruravia. Sur place, Alex découvre un véritable cauchemar : des excroissances fongiques envahissent les environs, la faune est possédée et un sombre étang pulse d’une vie inquiétante. La nuit, Madeline erre dans son sommeil et parle d’une voix qui n’est pas la sienne, tandis que son frère Roderick dépérit, rongé par un mystérieux mal. Avec l’aide d’une brill...

14-18 La tranchée perdue : Plus de limite

Après le tome 3, chroniqué ici, arrive très logiquement le 4, "La tranchée perdue", que je me fais un plaisir de chroniquer en ce 11 novembre.

22 Avril 1915, dans les environs d’Ypres. Normalement, ça devrait suffire comme chronique. Dans le doute, écrivons quelques lignes supplémentaires.

Ce quatrième tome débute alors que la guerre s’est clairement enterrée, et que des armes interdites par les conventions internationales s’apprêtent à être employées. Pris au piège de leurs tranchées, les belligérants sont prêts à toutes les atrocités pour tenter de briser l’équilibre qui est en train de s’établir entre deux lignes de front qui ne cessent d'avancer et reculer de quelques mètres au prix de milliers de vie à chaque fois. L’ennemi ne comptant pour rien, le gazer comme un rat semble une bonne solution. D’où le chlore, des tonnes de chlore qui affectèrent, lors de ce premier jour de guerre chimique, 15000 hommes et en tuèrent 5000. Ce n’est que plus tard, en 1917, que viendra le sulfure de 2,2' dichlorodiéthyle, plus dévastateur encore, utilisé pour la première fois de nouveau près d’Ypres, ce qui lui voudra son surnom d’ypérite (on l’appelle aussi gaz moutarde).

C’est toujours l’horreur de la guerre que racontent les huit amis de la série 14-18, une horreur qui se trouve comme concentrée dans les mots simples et glaçants qu’écrit à son amie le jeune et trop sensible Maurice. Je le cite : « La boue nous étouffe. La faim nous dévore. Les poux nous saignent. Les rats nous guettent. Le froid nous abrutit. L’ennui nous torture. La peur nous liquéfie ». Et puis, ce constat, terrible d’honnêteté pour le scénariste Corbeyran qui en est l’auteur : « Cette réalité, personne ne pourra jamais l’exprimer…Aucun talent artistique, même le plus développé, ne sera à même de traduire ce qui se passe ici…pas plus qu’aucune imagination humaine ne sera capable de le comprendre. Ceux qui ne l’ont pas vécu ne sauront jamais réellement ce qui s’est passé ici ».

Deux constats à l’issue de cette lecture. Un positif, un négatif.

D’une part, Corbeyran montre très bien que les poilus étaient d’abord des hommes. Sacrifiés, martyrs, victimes, évidemment, mais des hommes d’abord, avant l’uniforme et sous l’uniforme. C’est à dire que parmi eux il y avait des gars intelligents et des bourrins, des mecs biens et des ordures, des honnêtes et des filous. Le temps que laissent les dix tomes de la série à Corbeyran lui permet de montrer en détail les deux points qui font presque toujours défaut dans les BD sur la Grande Guerre : l’homme derrière le poilu, et les autres (souvent des femmes) qu’il a laissé à l’arrière. Cette humanisation est utile et nécessaire par ce qu’elle ajoute de réalisme et d’humanité à une situation que son exceptionnalité risque de rendre monochrome.

D’autre part, la liaison entre les histoires des huit amis et l’Histoire de la Grande Guerre est un peu moins réussie que dans les trois premiers tomes. En dépit de la qualité citée au-dessus (qui s’applique à l’ensemble de la série et pas uniquement à ce volume), ce tome 4 se lit bien plus comme un album historique que comme la chronique personnelle du groupe d’amis partis au front. Cette liaison qui fait la force de la série est moins présente ici (et c’est finalement la parole des femmes, à l’arrière, qui en tient imparfaitement lieu). Espérons qu’elle reviendra vite.

Néanmoins, c’est un très beau cycle historique qu’offrent Corbeyran et Le Roux, et il sera utile autant qu’agréable de continuer à lire les albums au fur et à mesure de leur parution.

14-18 t4, La tranchée perdue, Corbeyran, Le Roux

Commentaires