Bifrost 121 : entre dossier Walton et nouvelle de Nayler

Dans le Bifrost numéro 121, on trouve un copieux dossier Jo Walton ( dont je rappelle qu'elle a eu le Prix Planète-SF en 2017 pour Mes Vrais Enfants )  sous une couverture de Florence Magnin. Le numéro s’ouvre sur l’édito du boss qui rappelle à tous quel est l’âge canonique (trente ans) du Bélial et, de facto, de la revue Bifrost. Un édito en forme de bilan (d’étape) et de mise en lumière des (pas si subtils) changements qui ont affecté le monde de l’édition entre alors et maintenant. Suivent quatre nouvelles puis toutes les rubriques habituelles, critiques des nouveautés, scientifiction, and so on. On y trouve même les lauréats du Prix des lecteurs Bifrost 2025 : en catégorie francophone Résonances , de Mina Jacobson, et en traduction Joe 33 % , de Suzanne Palmer. Bravo à eux deux et au traducteur Pierre-Paul Durastanti qui s’est chargé du Palmer. Quatre nouvelles donc. D’abord, Contraction d’Iris de Peter Watts, un texte très wattsien qui met en scène, dans un futur p...

Brève revue de BD

Suite et fin de la biographie de Félix Kersten, le médecin d'Himmler, avec cet album intitulé "Au nom de l'humanité".

En dépit de l'assassinat d'Heydrich, la Gestapo, incarnée maintenant par l'Obergruppenführer Kaltenbrunner, se méfie toujours de Kersten et tente toujours de l’éliminer. Ce n'est qu'à la chance et à la protection permanente d'Himmler que Kersten doit de continuer à vivre. Ca en dit long sur le courage dont il fait preuve. Toujours plus lié à la politique suédoise, Kersten réussit à sauver de très nombreux juifs et fait même signer à Himmler un "contrat" intitulé Contrat au nom de l'humanité dont la finalité est de protéger les déportés des camps de concentration alors que la guerre prend fin. Il organise pour cela, à son domicile, une rencontre entre Himmler et un représentant du Congrès juif mondial, Norbert Masur.

Après la guerre, la Suède fera de bien mauvaises manières à Kersten afin de protéger la légende du comte Bernadotte, libérateur "officiel" de prisonniers en camps pendant la guerre grâce à ses bus blancs. Une légende entachée par le coût réel des sauvetages : la libération de certains prisonniers se faisait au prix de la mort de prisonniers "autres", transférés dans des conditions inhumaines vers d'autres camps.
Ce n'est que quelques années plus tard que la Suède reconnaitra le rôle héroïque de Kersten et le naturalisera.

Une bonne conclusion à une histoire étonnante.

Tome 3 de l'adaptation BD des Fables de l'Humpur de Pierre Bordage.

L'épopée continue dans le royaume des Siffles. Les héros avancent toujours dans la difficulté, ils sont toujours poursuivis par leurs ennemis Hurles et Kroaz. Les rapprochements continuent entre Tia et Véhir ainsi qu'entre Ruogno et une nouvelle venue, la Siffle Ssasi.

La mise en image est ici peu réussie. Le rythme est lent, les scènes pas toujours explicites (d'autant que l'animalité des personnages n'aide pas toujours à les identifier facilement), la beauté stylistique du livre ne passe plus dans cet album où les enjeux ne se renouvellent pas vraiment et dont les personnages manquent d'épaisseur (même ceux qui en avaient la perdent). On s'ennuie un peu dans des décors trop monotones abritant des actions souvent mal liées entre elles et confuses dans leur enchainement ou leur déroulement.

Reste un dernier tome à venir. On verra bien s'il sauve l'ensemble.

Sortie d'une belle anthologie de Poe par Corben avec cet "Esprits des morts et autres récits d'Edgar Allan Poe".

On y trouve quatorze récits adaptés par Corben - interprétés devrait-on plutôt dire - certains déjà publiés (parfois retravaillés ici), d'autres inédits. Le style de Corben est à la fois personnel et très expressif. Loin d'illustrer comme un simple faiseur, c'est la folie des textes de Poe qu'exprime le dessinateur, tant dans le délire visuel que dans les ellipses scénaristiques. L'ambiance de la prose poétique de Poe est transformée par Corben, et pourtant elle est là, notamment dans les récits les plus longs qui se donnent le temps de tricoter des correspondances, par exemple "La chute de la Maison Usher", "Double meurtre dans la rue Morgue" (avec un fantomatique et pourtant très beau Vieux Paris), ou "La Barrique d'amontillado". Des extraits intégraux de texte utilisés aux moments opportuns complètent l'immersion dans le style lugubre de l'ensemble. Tradition des comics horrifiques, une sorcière introduit et conclut chaque histoire comme le faisaient Caïn et Abel dans beaucoup des House of Mystery.
Les textes courts sont moins immersifs, il faudrait un peu plus de temps pour se faire à leur étrangeté.
L'édition est joliment faite, avec une courte interview de Corben au départ, et un recueil de couvertures à la fin.

Kersten, médecin d'Himmler, t2, Perna, Bedouel
Les fables de l'Humpur, t3, Bordage, Roman, Richard
Esprits des morts et autres récits d'Edgar Allan Poe, Corben

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