Fables 10 - Willingham - Buckingham

Dernière chronique courte (a priori) de la période, cette fois pour dire un mot du dernier tome de la série Fables chez Urban Nomad. C’est la conclusion – attendue et redoutée – d’une série fleuve d’une qualité rarement atteinte. Ultime confrontation entre Cendrillon et Frau Totenkinder. Deuil et destruction. Fableville finie, les Communs découvre les Fables. Les deux espèces cohabiteront. Le monde des Communs, qui jusqu’ici ne l’était pas, deviendra progressivement un monde magique. Quant à l’épopée épique, elle se termine sur le climax de la montée aux extrêmes entre Rose Rouge et Blanche Neige. Tu ne connaîtras l’issue de cette confrontation sororicide, lecteur, qu’après avoir lu cet ultime opus. Ceci fait, tout ayant été écrit et accompli, les auteurs – singulièrement Willingham et Buckingham – disent au revoir à une bonne partie de leurs personnages avec une succession de « Dernière histoire de... » qui permet de voir une dernière fois les nombreux êtres, si riches et ...

Gene mapper : Un livre à cytolyser

"Gene Mapper", de Taiyo Fujii, c’est l’éternelle histoire du gars autoédité sur Internet qui vend pas mal ou donne beaucoup gratis, est du coup contacté par un éditeur papier, et vend alors au plus grand nombre – souvent avec une presse dithyrambique que ce genre de conte de fées numérique excite – un livre médiocre ou trop mainstream que le buzz rend incontournable. De Glukhovsky à E. L. James en passant par Hugh Howey, les exemples commencent à abonder ; Taiyo Fujii fait maintenant partie du club.

Milieu du 21ème siècle. Mamoru Hayashida est un gene mapper. Il programme de l’ADN comme un informaticien crée du code, assemblant des gènes qui remplissent des fonctions afin d’obtenir les effets désirés dans les organismes créés. Sur le coup là, il a été responsable de la couleur de la nouvelle variété de riz « distillé » (comme des OGM mais avec un génotype totalement synthétisé sans utiliser comme base une plante naturelle), le SR06. Plus précisément, Mamoru a programmé les gènes qui, activés par les signaux chimiques adéquats, donneront aux plants de riz les différentes couleurs permettant d’afficher, à l’échelle monumentale du champ, les logos des compagnies propriétaires, L&B et Mother Mékong. Le roman commence alors que les logos disparaissent dans un des coins du champ expérimental. Erreur, contamination, ou sabotage, le gene mapper Mamoru et son ami et directeur de projet Takashi vont se lancer dans une enquête qui les conduira au Vietnam et au Cambodge à la recherche d’une explication au mystère scientifique posé par l’évolution inattendue des plants de riz, mystère épaissi par de premiers échantillonnages aberrants des plants. Ils y collaboreront avec Isamu, un hacker informatique capable de récupérer les vieilles données de l’Internet, normalement inaccessibles maintenant que celui-ci a été remplacé, après un crash systémique, par True Net, une version sécurisée mais pauvre du réseau mondial.

Bon. Disons-le clairement : Gene Mapper est un mauvais roman.

D’abord, Fujii semble s’être trompé de sujet. Alors qu’il est question d’ingénierie génétique et de biohacking, le roman consacre un nombre de pages absolument hallucinant à montrer les innombrables aspects et possibilités de la réalité augmentée. On dirait presque un prospectus publicitaire pour des outils d’AR tant c’est omniprésent et développé dans chaque scène du roman.

Ensuite, les personnages ne sont guère plus que des silhouettes au background fantomatique. Mamoru n’a aucune vie, et un trait de caractère, il est un peu horny. Sans excès. Les autres ne valent guère mieux, et ce même en dépit d’un « rebondissement » aussi moliéresque qu’inutile à la fin du roman sur l’air de « Je suis ton père », et d'une ou deux autres inepties de la même eau.

De plus, l’intrigue est si brève, simple, linéaire, que je ne crois pas qu’elle puisse saisir quiconque à plus de douze ans, et tous les efforts – explicites – pour installer une ambiance paranoïaque de faux-semblants et de trahison n’y changent rien. N’est pas Gibson qui veut. Muetdhiver est loin.

Et je ne parle pas de l’irruption ridicule d’une star de la presse tabloïd qui se retrouve aux manettes d’une bonne partie de la manipulation.
Passons aussi sur le fait que l’énorme menace que l’échec possible de la souche SR06 fait peser, tant sur la survie de la compagnie L&B que sur l’alimentation d’un monde surpeuplé, soit confiée, pour son traitement, à trois gars opérant en freelance qui se chargent aussi bien de la question technique que du traitement médiatique de l’affaire. Le tout, bien sûr, en autonomie complète, sans backup ni sécurité. N’importe quoi !

Et puis, l’écriture est faible, les descriptions sont phagocytées par les délires constants sur l’AR, les dialogues ne sont guère convaincants, le tout culminant dans une bordée d’explications finales dialoguées si explicites et répétitives qu’on les diraient copiées d’un tract.

A la fin, on referme un manifeste pour l’open source en ingénierie génétique déguisé en roman, en se disant que Fujii aurait mieux fait d’écrire un petit essai que ce salmigondis.
Il n’y a guère que le mélange foutraque de système D et de modernité entrevu à Ho Chi Minh City qui fasse un peu vrai.

Gene Mapper, Taiyo Fujii

Commentaires

chéradénine a dit…
J'en avais lu - en diagonale - une critique assez positive sur SF Signal: ça fait du bien d'avoir un autre avis, plus critique.
Gromovar a dit…
Si je permets d'avoir un point de vue plus nuancé, alors tant mieux.