Exquisite Corpses t3 - Tynion - Walsh - Bellaire

Suite et fin de la série Exquisite Corpses (avant une saison 2 déjà annoncée) . La fin du jeu approche. Les morts se multiplient, tant parmi les civils piégés d'Oak Valley que parmi les tueurs en compétition. Ils ne sont plus que cinq au début du TPB et, tu le sais, lecteur, il ne peut en rester qu'un. Tu te prépares donc à une conclusion attendu dans laquelle se vérifiera le caractère inhumain du jeu et de ses organisateurs (l'élimination du garde-chasse est significative) . Mais Tynion, aussi brillant que d'habitude, nous réserve deux nouveaux rebondissements (si ce n'est plus, tout dépend comment on compte) , après celui qui concluait déjà le volume précédent et surprenait par l'identité du concurrent éliminé. C'est donc à un roller-coaster épique, tant émotionnel que polémologique, que l'auteur et ses dessinateurs (!) convient ses lecteurs pour un final en feu d'artifice. Viens, lecteur ! Ne rate pas ce grand spectacle. Exquisite Corpses TPB3, Ty...

Charognards : Corvus et Mallarmé sont dans un bateau

Un petit village en France, sans doute. Maintenant, on le suppose. Alors qu’il rentre chez lui en voiture, un homme anonyme remarque, sur la route, un petit groupe de corbeaux affairés à déchirer une charogne. Il ne peut imaginer qu’ils forment l’avant-garde de l’invasion qui va s’abattre sur son village et le vider de ses habitants, entre extermination et exode. Une invasion que le monde semble ignorer mais qui apparemment - est-ce certain ? - a fini par s’étendre au monde entier.

Ce qui pourrait être un roman apocalyptique parmi d’autres est en fait un objet bien peu commun.

De l’extérieur d’abord, on remarque deux bandes de pages noires au début et à la fin du livre. Dotées d’une signification propre, elles encadrent ce qui est l’histoire de l’invasion, à savoir le journal de l’anonyme.

A l’intérieur ensuite, le texte interpelle. Pour passer de ces « Ouvertissemens » qui expliquent, dans un langage déformé, la genèse de ce qui suit aux pages ultimes, de plus en plus sombres et de moins en moins bien imprimées jusqu’au fondu au noir définitif de la fin du récit, on traverse le journal d’un homme qui voit son monde s’effondrer sous l’assaut de corbeaux de plus en plus nombreux.
Et non, ce n’est pas Les Oiseaux. Le monde clos de l’anonyme, son incapacité à le quitter, la quasi disparition des autres, évoquent tragiquement un retrait en soi, loin du réel, loin d’un événement traumatisant jamais explicite qui l’isole des siens et le laisse s’emmurer seul dans la déliquescence et la folie. D’ailleurs tout ceci a-t-il vraiment lieu ? On en doute parfois, même si les « Ouvertissemens » le suggèrent. C’est en tout cas un cauchemar, au propre ou au figuré peu importe.

Ce qui fait de "Charognards", le premier roman de Stéphane Vanderhaeghe, une expérience unique, c’est l’inventivité formelle du texte qui s’apparente plus à un long poème en prose qu’à un roman à proprement parler.

De clins d’œil rimbaldiens en néologismes, l’auteur joue des assonances et défait le langage alors même que le monde disparaît dans le lointain. Usant de phrases tronquées, de phrases sans verbe, de nuages – au sens propre - de mots qui marquent les points saillants d’une conversation entendue, l’auteur livre un récit toujours clair en dépit de ses trous et ellipses, de plus en plus nombreux au fil des pages. Les temps sont remplacés par un présent statique d’où la chronologie finit par s’effacer. D’incantatoires anaphores rythment le récit. Incises et hypothèses se succèdent au rythme syncopé de la narration. Et puis les phrases, les mots, les lettres elles-mêmes s’agencent à leur guise sur la page, échappent à leur auteur, et créent des structures de sens - dans lesquelles signifiant et signifié se rejoignent - qui ne sont pas sans évoquer l’impressionnant Un coup de dés jamais n’abolira le hasard, de Mallarmé.

Dans le texte lui-même, on retrouve un peu de l’inventivité lexicale de Vian, sans l’humour associé eu égard au contexte (et le grand Boris fit même aussi le coup de l’incroyable circonscrit dans sa nouvelle L’amour est aveugle), un peu de l'inexpliqué weird de Ionesco, Kafka ou Vian encore, un peu de l’écœurement paranoïaque de Céline.

Texte poétique et contemporain, "Charognards" invite le lecteur à suivre un narrateur non fiable dans les méandres d’une pensée de plus en plus rabougrie par la perte du monde et de la langue. C’est une expérience inhabituelle et vivement dépaysante. Plongeons dans l'inconnu, on pourrait y trouver du nouveau.

Charognards, Stéphane Vanderhaeghe

Commentaires

Yueyin a dit…
La dernière phrase emporte le morceau, si j'ose ainsi dire, il me faut ce roman... ce poème, ce truc :-)
Gromovar a dit…
Et bien !

Il ne sort que dans quelques jours, dans la première semaine de septembre si je ne m'abuse.
Violette a dit…
très original et atypique, apparemment ! Pourquoi pas?
Gromovar a dit…
Ca se tente :)