Zona Cero - Gilberto Villarroel

Le Chili est un grand pays d’Amérique du Sud. Grand par son impressionnante longueur, 4300 km tout le long du Pacifique, du Pérou au Cap Horn, grand par une histoire longue et tumultueuse faite de colonisation, de bruit, de fureur, d’indépendance et d’un nombre non négligeable de périodes autoritaires plus ou moins explicites. Le Chili est le pays d’origine de Gilberto Villarroel et, après l’avoir longé par la mer dans Lord Cochrane et le trésor de Selkirk , il lui rend un hommage appuyé et dirais-je amoureux dans Zona Cero , son dernier roman publié en français Aux Forges de Vulcain. Chili, aujourd’hui. Gabriel, un ex-journaliste de guerre un peu rangé des voitures couvre un championnat de surf à Valparaiso. C’est alors qu’un très violent tremblement de terre secoue le pays. Gabriel échappe au tsunami qui suit le séisme mais son inquiétude est grande, tant pour l’état de la capitale, Santiago, que pour la santé de Sabine, sa compagne, qui y est coincée à l’avant-dernier étage d’un de

14-18 Le champ d'honneur : Qu'on en finisse !

Troisième tome de la série 14-18 de Corbeyran et Le Roux.

Avec "Le champ d’honneur", on entre dans la phase d’enlisement. Après une trêve de Noël que des moments fugaces de fraternisation entre damnés du front ont rendu mémorable, les affaires militaires, hélas, reprennent. La Guerre de mouvement - celle qui devait ramener les soldats dans leurs foyers avant Noël – a pris fin sans vainqueur évident, il est maintenant clair que la guerre sera longue.

Sur un territoire français en partie envahi, les troupes belligérantes s’apprêtent à s’enterrer pour des années. Le conflit approche de ce qu’on nommera la Guerre d’usure, monstruosité cynique dont le seul objectif était de vaincre en provoquant plus de pertes chez l’ennemi qu’on n’en subissait soi-même. Le nombre absolu des morts n’était plus déterminant pour les états-majors, seul importait le différentiel entre ses propres pertes et celles de l’ennemi.

Pour les huit amis engagés dans le conflit, le début de l’année 1915 est le moment où, tout enthousiasme ou sens du devoir bus, apparaissent lassitude, frustration, énervement. Six mois qu’on n’est pas rentrés, famille et vie civile manquent cruellement, d’autant que les premiers permissionnaires partent et engendrent des suspicions, infondées, de favoritisme. Entre les huit appelés dont Corbeyran nous raconte l’histoire, les tensions montent, fruits de l’éloignement, de la peur, et de l’ennui, résultats aussi des secrets, anciens ou actuels, que met à jour la promiscuité de la vie de campement.

C’est alors qu’une mission très dangereuse est confiée à la compagnie. Armand, ami et ici surtout caporal des sept autres, découvrira à cette occasion les affres du commandement, mais aussi la folie furieuse qui saisit le corps quand le poids des responsabilités et celui de la peur sont si lourds qu’on saute, sans même le vouloir, sur le moindre exutoire, si contestable soit-il, tant est grand le besoin d’évacuer la tension pour ne pas défaillir.

Aussi convaincant que les deux précédents, cet album plonge le lecteur, au ras du sol, dans les réalités de la guerre. Il y voit la barbarie des combats, les craquements qui altèrent peu à peu le vernis de civilisation, le cynisme insensible d’une hiérarchie militaire qui considère ses hommes comme des pions sur un échiquier et parle de sacrifice comme on dit gambit. Mêlant très habilement une phase combattante, superbement mise en scène, et les petits moments de la vie au campement, mais liant aussi passé et présent ou front et arrière, Corbeyran offre encore un récit qui touche et informe. La mise en image est très belle, classique mais fine, et magnifiquement colorisée.

14-18 t3, Le champ d’honneur, Corbeyran, Le Roux

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