Catriona Ward - La dernière maison avant les bois

Si La dernière maison avant les bois n'est pas à proprement parler un roman d'Imaginaire, il n'en est pas moins un ouvrage aussi intrigant que passionnant à lire et dont la fin, point faible souvent de ce type de livre à mystère, ne décevra pas. Ca fait déjà beaucoup de points positifs. Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 110, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…). Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout : Dans l’impasse de Needless Street se dresse une maison isolée et solitaire, à l’image de son propriétaire, Ted Bannerman, un étrange personnage. Dee, qui vient d’emménager dans la maison voisine, est persuadée qu’un terrible secret pèse sur les lieux. Ted aurait-il un lien avec cette disparition d’enfant survenue onze ans plus tôt dans les environs ? Que se passe-t-il vraiment derrière la porte de la dernière maison avant les bois ? Voila.

14-18 Le champ d'honneur : Qu'on en finisse !

Troisième tome de la série 14-18 de Corbeyran et Le Roux.

Avec "Le champ d’honneur", on entre dans la phase d’enlisement. Après une trêve de Noël que des moments fugaces de fraternisation entre damnés du front ont rendu mémorable, les affaires militaires, hélas, reprennent. La Guerre de mouvement - celle qui devait ramener les soldats dans leurs foyers avant Noël – a pris fin sans vainqueur évident, il est maintenant clair que la guerre sera longue.

Sur un territoire français en partie envahi, les troupes belligérantes s’apprêtent à s’enterrer pour des années. Le conflit approche de ce qu’on nommera la Guerre d’usure, monstruosité cynique dont le seul objectif était de vaincre en provoquant plus de pertes chez l’ennemi qu’on n’en subissait soi-même. Le nombre absolu des morts n’était plus déterminant pour les états-majors, seul importait le différentiel entre ses propres pertes et celles de l’ennemi.

Pour les huit amis engagés dans le conflit, le début de l’année 1915 est le moment où, tout enthousiasme ou sens du devoir bus, apparaissent lassitude, frustration, énervement. Six mois qu’on n’est pas rentrés, famille et vie civile manquent cruellement, d’autant que les premiers permissionnaires partent et engendrent des suspicions, infondées, de favoritisme. Entre les huit appelés dont Corbeyran nous raconte l’histoire, les tensions montent, fruits de l’éloignement, de la peur, et de l’ennui, résultats aussi des secrets, anciens ou actuels, que met à jour la promiscuité de la vie de campement.

C’est alors qu’une mission très dangereuse est confiée à la compagnie. Armand, ami et ici surtout caporal des sept autres, découvrira à cette occasion les affres du commandement, mais aussi la folie furieuse qui saisit le corps quand le poids des responsabilités et celui de la peur sont si lourds qu’on saute, sans même le vouloir, sur le moindre exutoire, si contestable soit-il, tant est grand le besoin d’évacuer la tension pour ne pas défaillir.

Aussi convaincant que les deux précédents, cet album plonge le lecteur, au ras du sol, dans les réalités de la guerre. Il y voit la barbarie des combats, les craquements qui altèrent peu à peu le vernis de civilisation, le cynisme insensible d’une hiérarchie militaire qui considère ses hommes comme des pions sur un échiquier et parle de sacrifice comme on dit gambit. Mêlant très habilement une phase combattante, superbement mise en scène, et les petits moments de la vie au campement, mais liant aussi passé et présent ou front et arrière, Corbeyran offre encore un récit qui touche et informe. La mise en image est très belle, classique mais fine, et magnifiquement colorisée.

14-18 t3, Le champ d’honneur, Corbeyran, Le Roux

Commentaires