Sept Vues sur les gorges d'Olduvaï - Mike Resnick

Les gorges d’Olduvaï en Tanzanie sont l’un des plus importants complexes préhistoriques du monde. Elles sont situées dans la vallée du Grand Rift , un lieu longtemps présenté comme le berceau de l’espèce humaine, celui où une petite bande de primates primitifs aurait mutée sous la pression des changements climatiques et environnementaux induits par la formation de la faille. A l’ouest du Rift, dans un environnement resté humide et arboricole, les primates primitifs auraient évolués en gorilles, chimpanzés et bonobos, alors qu’à l’est, sur une terre transformée en savane sèche, les premiers hominidés, mieux adaptés du fait de leur bipédie, auraient prospéré. Ils seraient donc nos très lointain ancêtres, premiers chaînons d’un modèle monocentrique qui résonne fort avec le darwinisme. Sept vues sur les gorges d'Olduvaï est une novella de Mike Resnick. Multiprimée (Hugo 95, Nebula 95, SF Chronicle 95, Premio Ignitus 96, Ozone 99) , la nouvelle est originale en ceci qu’elle présente u...

Hit the road Jack !

USA, 1916. Alors que la guerre fait rage en Europe, les USA vivent une période trompeuse de tranquillité. Jack Garron, un jeune garçon sans histoire rêve d’en avoir une. Il part donc nuitamment à la recherche de son père naturel, ce violoniste dont il a découvert il y a peu l’existence. A la veille de la rentrée des classes, et à l’insu de sa mère adoptive. Alors qu’au même instant un autre garçon croise un mal très ancien et subit une horreur sans nom. Aucun lien entre les deux. Voire...

A la poursuite d’un père idéalisé, de Jamestown à Chicago et retour, Jack va découvrir le monde des routards, des hobos comme on disait. Loin de son confort domestique, il rencontrera la violence des hommes et la dureté d’une société très libérale. Il vivra la peur, mais aussi la solidarité, l’amitié, l’amour. Il vibrera d’espoir, mais connaitra la tristesse et la douleur de la trahison. Une vie de hobos. Une vie d’adolescent que la route fait passer à l’âge adulte au fil d’un apprentissage parfois douloureux.
Quand si ajoute l’horreur, sous la forme d’un terrifiant croquemitaine, la barque devient trop chargée pour le malheureux Jack qui ne s’en sortira pas sans y laisser de grosses plumes.
La très belle couverture résume bien le point. C'est de la ville des hommes et de l'horreur qui se cache derrière en dépit de la modernité qu'il est question ici.

Un album qui commence par un nommé Jack Garron regardant Elvis à la télé, ça sent bon. Je ne veux pas croire que ce soit une coïncidence.
Un album dans lequel la question de la nourriture est centrale et qui fait traverser à son lecteur ces Union Stock Yards qui ont inauguré l’ère du gavage des humains à la viande, avant de l’emmener sur une poutre qui n’est pas sans rappeler celle du Déjeuner au sommet d’un gratte-ciel, ça prouve que Snyder est futé et roublard.

Et cette intelligence narrative, Snyder en fait bon usage. L’histoire est riche, variée, inquiétante, peut-être seulement un peu courte mais c'est hélas dû au médium. Elle soumet le jeune Jack, au fil de ses expériences, à tous les sentiments que peut connaître un adolescent en maturation accélérée, des meilleurs aux pires. Elle crée un couple traqueur/proie dont le mensonge est le cœur. Elle fait monter la tension et accroche les lecteurs aux personnages principaux. Elle les fait espérer pour eux puis désespérer d’une issue positive.

C’est donc une très bonne histoire que Snyder et son coscénariste Scott Tuft livrent. Et le graphisme est à la hauteur. Plus que ça même. Dessins magnifiques, colorisation parfaite, intelligence de la construction graphique, des cadrages, des zooms, de la découpe narrative, de la place des cases sur les planches ou des planches dans les pages, c’est un très bel objet visuel que ce Severed, et c’est aussi un album où l’image soutient activement le récit dans une symbiose réussie.

"Severed" est une BD d’horreur de Snyder, Tuft et Futaki. C’est surtout un très bel album à lire si on aime le neuvième art.

Severed, destins mutilés, Snyder, Tuft, Futaki

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