GPI 2026 : première sélection

Tu l'as sûrement remarqué, sagace lecteur, le blog est un peu mort depuis quelques jours. Plus de boulot, moins de blogo. All work and no play makes Jack a dull boy. Alors, pour passer le temps en attendant un retour aux affaires, demain si tout va bien, voici la première sélection (une seconde, écrémée, suivra) du GPI 2026. Enjoy ! Roman francophone La Dernière Tentation de Judas de Philippe BATTAGLIA (L’Atalante) Festin de larmes de Morgane CAUSSARIEU & Vincent TASSY (ActuSF) Demain, les origines de Christian CHAVASSIEUX (Mnémos) La Nuit ravagée de Jean-Baptiste DEL AMO (Gallimard) Aatea d’Anouck FAURE (Argyll) Nout de luvan (La Volte) Tovaangar de Céline MINARD (Rivages) Le Livre des comptes de Martin MONGIN (Tusitala) Sintonia d’Audrey PLEYNET (Le Bélial’) Les Mains vides d’Elio POSSOZ (La Volte) Une vie de saint de Christophe SIÉBERT (Au diable Vauvert) !!!!! Roman étranger Poisson poison de Ned BEAUMAN (Albin Michel) Le Chant des noms de Jedediah BERRY (Hache...

Esquisses


J’avais très envie d’aimer "Tétraméron" de José Carlos Somoza car c’est un auteur dont j’ai déjà beaucoup lu et apprécié. Il m’est hélas difficile d’être enthousiaste sur ce dernier opus.

Soledad, jeune collégienne de douze ans en visite dans un ermitage, s’éloigne de ses condisciples, descend un escalier, arrive enfin, passée une porte acajou, dans une petite pièce où quatre étranges personnages l’obligent à écouter des contes fantastiques et un peu terrifiants qui vont progressivement la mettre à nu et la transformer.

"Tétraméron" est un livre à sketches, comme il y a des films à sketches. Comme ce Décameron d’Antonioni qui s’inspirait de celui, littéraire, de Boccace. "Tétraméron" est aussi une allégorie, guère métaphorique, sur le passage à l’âge adulte d’une jeune fille. Elle devra se débarrasser des oripeaux duveteux de l’enfance et faire face à la cruauté du monde pour espérer s’y faire une place.

Somoza a placé toute la dureté du monde dans ce court récit. On y croise le péril nucléaire, l’obscénité consumériste sécularisée de l’Occident, la superficialité de la distinction, la fascination pour le spectacle, l’horreur économique (comme l’appelait Viviane Forrester dans un livre guère convaincant), le pouvoir de l'argent, la cupidité et l’immédiateté qui dévorent l’avenir, le poids de croyances religieuses toujours anthropophages. Il affirme aussi l’impossibilité d’isoler le principe du Mal et l’obligation de faire des choix pour avancer.

Somoza écrit plutôt bien, ses thèmes font sens, et son habituelle culture transpire dans le texte. Il se permet même de faire des clins d’œil appuyés à ses autres ouvrages, notamment à La dame n°13 et à Clara et la pénombre, ce qui pour un amateur de l’auteur est agréable. Mais on sort de cette lecture avec un sentiment de trop peu.

Bizarres mais jamais assez pour être qualifiés de weird, les récits sont désespérément trop sages pour étreindre. La perversion, la luxure, ou la violence, qui en constituent le fond sont modestes, jamais choquants, de fait décevants. Des orgies à la Eyes wide shut. On est loin, bien loin, de Bocacce. Il en faut beaucoup pour choquer aujourd’hui. Même la pédophilie, très platonique, suggérée à moultes reprises par l’apparition de jeunes corps nus a été rendue triviale depuis longtemps par les mangakas et leurs écolières en culotte de coton et yeux ronds hébétés.

Pour ce qui est de l’intrication du Bien et du Mal, explicite dans le récit Particules (par ailleurs le seul vraiment surprenant), on les trouvait déjà, sous une forme proche, chez Khalil Gibran. Et le problème est le même pour chacun des thèmes abordés. Tout a déjà été fait ailleurs, mieux, plus à fond, ou plus finement. On a l’impression de lire des ébauches, le programme d’écriture de Somoza pour les vingt prochaines années. Si c’était le cas, ça aurait du sens. Sinon…

Tétraméron, José Carlos Somoza

L'avis d'Anudar

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