Aurora Rising - Alastair Reynolds

Alastair Reynolds est un auteur britannique de SF de grand renom. Il a créé le célèbre cycle des Inhibiteurs dont la revue Bifrost disait en 2023 qu’il constituait la partie « la plus renommée, at assurément la plus volumineuse » de son œuvre. Aurora Rising (titre original : The Prefect) est un roman qui se passe au XXVe siècle, environ cent ans avant l’intrigue principale du cycle. Il peut se lire (comme ses deux suites) indépendamment du cycle principal, et montre aux lecteurs qui le connaîtraient un univers qui n’a pas encore sombré dans la déréliction liée au désastre de la Pourriture fondante. Yellowstone est le monde humain le plus avancé. Un cauchemar atmosphérique constellé de villes sous dôme. Autour de Yellowstone gravitent environ dix mille habitats orbitaux qui forment le Glitter Band . 100 millions de personnes vivent dans ces habitats qui sont tous strictement souverains. Seule condition pour faire partie de l’ensemble : accepter et respecter un système qui place le ...

Esquisses


J’avais très envie d’aimer "Tétraméron" de José Carlos Somoza car c’est un auteur dont j’ai déjà beaucoup lu et apprécié. Il m’est hélas difficile d’être enthousiaste sur ce dernier opus.

Soledad, jeune collégienne de douze ans en visite dans un ermitage, s’éloigne de ses condisciples, descend un escalier, arrive enfin, passée une porte acajou, dans une petite pièce où quatre étranges personnages l’obligent à écouter des contes fantastiques et un peu terrifiants qui vont progressivement la mettre à nu et la transformer.

"Tétraméron" est un livre à sketches, comme il y a des films à sketches. Comme ce Décameron d’Antonioni qui s’inspirait de celui, littéraire, de Boccace. "Tétraméron" est aussi une allégorie, guère métaphorique, sur le passage à l’âge adulte d’une jeune fille. Elle devra se débarrasser des oripeaux duveteux de l’enfance et faire face à la cruauté du monde pour espérer s’y faire une place.

Somoza a placé toute la dureté du monde dans ce court récit. On y croise le péril nucléaire, l’obscénité consumériste sécularisée de l’Occident, la superficialité de la distinction, la fascination pour le spectacle, l’horreur économique (comme l’appelait Viviane Forrester dans un livre guère convaincant), le pouvoir de l'argent, la cupidité et l’immédiateté qui dévorent l’avenir, le poids de croyances religieuses toujours anthropophages. Il affirme aussi l’impossibilité d’isoler le principe du Mal et l’obligation de faire des choix pour avancer.

Somoza écrit plutôt bien, ses thèmes font sens, et son habituelle culture transpire dans le texte. Il se permet même de faire des clins d’œil appuyés à ses autres ouvrages, notamment à La dame n°13 et à Clara et la pénombre, ce qui pour un amateur de l’auteur est agréable. Mais on sort de cette lecture avec un sentiment de trop peu.

Bizarres mais jamais assez pour être qualifiés de weird, les récits sont désespérément trop sages pour étreindre. La perversion, la luxure, ou la violence, qui en constituent le fond sont modestes, jamais choquants, de fait décevants. Des orgies à la Eyes wide shut. On est loin, bien loin, de Bocacce. Il en faut beaucoup pour choquer aujourd’hui. Même la pédophilie, très platonique, suggérée à moultes reprises par l’apparition de jeunes corps nus a été rendue triviale depuis longtemps par les mangakas et leurs écolières en culotte de coton et yeux ronds hébétés.

Pour ce qui est de l’intrication du Bien et du Mal, explicite dans le récit Particules (par ailleurs le seul vraiment surprenant), on les trouvait déjà, sous une forme proche, chez Khalil Gibran. Et le problème est le même pour chacun des thèmes abordés. Tout a déjà été fait ailleurs, mieux, plus à fond, ou plus finement. On a l’impression de lire des ébauches, le programme d’écriture de Somoza pour les vingt prochaines années. Si c’était le cas, ça aurait du sens. Sinon…

Tétraméron, José Carlos Somoza

L'avis d'Anudar

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