Alex Landragin : l'homme des passages

Alex Landragin vient de recevoir le Prix Planète-SF 2026 à l'unanimité du jury pour son roman fantastique Le Livre des passages . Il a gentiment accepté de répondre à quelques questions pour ce blog et le site du Prix. •  Un écrivain né en France, vivant en Australie, d’origine arménienne, et maîtrisant aussi bien l’anglais que le français : voilà qui n’est pas banal. Qui êtes-vous, monsieur Landragin ? L’histoire de ma famille est passionnante, mais trop longue pour être racontée ici. Je suis né en France, à Épernay, fils d’un vigneron issu d’une longue lignée de vignerons. Du côté de ma mère, d’origine arménienne, l’histoire est jalonnée de fuites successives face à divers cataclysmes, menant finalement en France via la Turquie et l’Union soviétique. C’est donc un héritage complexe. Nous avons fini par nous installer en Australie. Plus tard, ma famille a migré vers un autre pays, mais je suis resté seul en Australie ; si, au début, ce fut à contrecœur, aujourd’hui, je ne voudrai...

Le lycanthrope est un loup pour l'homme


Comics, noir et blanc, invasion des USA par une race de monstres mythiques, effondrement civilisationnel, post-ap ou presque. Ca ne vous rappelle rien ? A moi, si.

World War Wolves, dont le tome 1 est sobrement intitulé "Dieu a de l’humour", raconte comment les loups-garous envahissent le territoire américain, provoquant l’effondrement de l’Etat fédéral et la fin de notre modèle de civilisation. Et, effroi, c’est en 2015 que ça commence (je pense d’ailleurs qu’il y a une erreur d’année dans le premier article de presse).

S’attachant aux destins de plusieurs personnages vivant la catastrophe en des lieux différents, Istin donne le ton dès la première scène, cruelle, ironique, dure. La conclusion confirme.

Comme dans le Zombies de Peru, des communautés se forment, préservent ce qu’elles peuvent d’un mode de vie et d’une sécurité qu’on prenait jusque là pour acquis. Seuls les mieux organisés et les plus dégourdis survivent, les plus salauds aussi.
Suivant plusieurs groupes éparpillés sur le territoire, Istin peut donner un genre de vision d’ensemble de la situation, d’autant que, contrairement à la norme Walking Dead, ici toute civilisation n’a pas encore complètement disparu. Les fronts sont peu ou prou stabilisés, entre les villes ou à l’intérieur même de celles-ci, et les humains peuvent encore rêver à une victoire qui éradiquerait les lycanthropes. Jusqu’à quand ?

Le scénariste a la bonne idée de mettre en lumière, entre autres, une famille dysfonctionnelle, montrant plutôt bien que ce sont des gens normaux que le désastre a frappé et que celui-ci ne les a pas transfiguré, que le banal doit faire face à l’extraordinaire.
Autres trouvailles intéressantes : « l’élevage » de Ryker’s Island, le contrôle de leur transformation par les loups – d’où l’existence probable d’une cinquième colonne  dans les communautés humaines, l’utilisation d’un héros romancier – donc inapte à la survie ;) – contraint à aller contre sa nature pour espérer protéger sa famille.
Et il y a quelques beaux personnages : Driss ou Lester notamment qui conservent leur part d’humanité dans le chaos.

Sur la plan de la forme, l’utilisation d’articles de journaux, de notes de blogs, de carnets intimes, donne un supplément d’âme aux personnages et au monde qu’ils habitent.

Les dessins sont plutôt beaux, et le noir et blanc colorisé en dégradés donne un cachet incontestable à la série.

World War Wolves n’aura pas la palme de l’originalité. Mais ce qu’il fait, il le fait plutôt bien. Après tout, ma grand-mère non plus n’était pas originale quand elle faisait la daube. Et pourtant elle la faisait bonne.

World War Wolves t1, Dieu a le sens de l'humour, Istin, Duane, Ellem

Commentaires

Escrocgriffe a dit…
C’est marrant car à la lumière de ton article, je trouve ce traitement du loup-garou à la sauce post-apo plutôt original… Je suis d’accord avec la métaphore de la daube :D
Gromovar a dit…
Merci pour elle :)