Le Dernier fils des dieux - Jean Baret

De Jean Baret on avait lu l'impressionnante trilogie Trademark et le surprenant Monde de Julia (avec Ugo Bellagamba) . Il était difficile de faire mieux ; ce n'est hélas pas le cas avec ce court roman un peu décevant dans sa forme. Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 123, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…). Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout : À l’aube de l’effondrement des sociétés humaines mondialisées, un journaliste reçoit un étrange carnet, journal intime d’un jeune homme, héritier d’une fortune sans commune mesure et retenu contre son gré par un colosse silencieux dans une prison de béton. Au fil des pages, il découvre la vie de débauche et l’arrogance de cette frange de la population qui agit comme les nouveaux dieux ; quelques-uns organisent par ennui, au sein d’un mystérieux club, des actions absurdes provoquant des désordres interna...

Le lycanthrope est un loup pour l'homme


Comics, noir et blanc, invasion des USA par une race de monstres mythiques, effondrement civilisationnel, post-ap ou presque. Ca ne vous rappelle rien ? A moi, si.

World War Wolves, dont le tome 1 est sobrement intitulé "Dieu a de l’humour", raconte comment les loups-garous envahissent le territoire américain, provoquant l’effondrement de l’Etat fédéral et la fin de notre modèle de civilisation. Et, effroi, c’est en 2015 que ça commence (je pense d’ailleurs qu’il y a une erreur d’année dans le premier article de presse).

S’attachant aux destins de plusieurs personnages vivant la catastrophe en des lieux différents, Istin donne le ton dès la première scène, cruelle, ironique, dure. La conclusion confirme.

Comme dans le Zombies de Peru, des communautés se forment, préservent ce qu’elles peuvent d’un mode de vie et d’une sécurité qu’on prenait jusque là pour acquis. Seuls les mieux organisés et les plus dégourdis survivent, les plus salauds aussi.
Suivant plusieurs groupes éparpillés sur le territoire, Istin peut donner un genre de vision d’ensemble de la situation, d’autant que, contrairement à la norme Walking Dead, ici toute civilisation n’a pas encore complètement disparu. Les fronts sont peu ou prou stabilisés, entre les villes ou à l’intérieur même de celles-ci, et les humains peuvent encore rêver à une victoire qui éradiquerait les lycanthropes. Jusqu’à quand ?

Le scénariste a la bonne idée de mettre en lumière, entre autres, une famille dysfonctionnelle, montrant plutôt bien que ce sont des gens normaux que le désastre a frappé et que celui-ci ne les a pas transfiguré, que le banal doit faire face à l’extraordinaire.
Autres trouvailles intéressantes : « l’élevage » de Ryker’s Island, le contrôle de leur transformation par les loups – d’où l’existence probable d’une cinquième colonne  dans les communautés humaines, l’utilisation d’un héros romancier – donc inapte à la survie ;) – contraint à aller contre sa nature pour espérer protéger sa famille.
Et il y a quelques beaux personnages : Driss ou Lester notamment qui conservent leur part d’humanité dans le chaos.

Sur la plan de la forme, l’utilisation d’articles de journaux, de notes de blogs, de carnets intimes, donne un supplément d’âme aux personnages et au monde qu’ils habitent.

Les dessins sont plutôt beaux, et le noir et blanc colorisé en dégradés donne un cachet incontestable à la série.

World War Wolves n’aura pas la palme de l’originalité. Mais ce qu’il fait, il le fait plutôt bien. Après tout, ma grand-mère non plus n’était pas originale quand elle faisait la daube. Et pourtant elle la faisait bonne.

World War Wolves t1, Dieu a le sens de l'humour, Istin, Duane, Ellem

Commentaires

Escrocgriffe a dit…
C’est marrant car à la lumière de ton article, je trouve ce traitement du loup-garou à la sauce post-apo plutôt original… Je suis d’accord avec la métaphore de la daube :D
Gromovar a dit…
Merci pour elle :)