Exquisite Corpses t3 - Tynion - Walsh - Bellaire

Suite et fin de la série Exquisite Corpses (avant une saison 2 déjà annoncée) . La fin du jeu approche. Les morts se multiplient, tant parmi les civils piégés d'Oak Valley que parmi les tueurs en compétition. Ils ne sont plus que cinq au début du TPB et, tu le sais, lecteur, il ne peut en rester qu'un. Tu te prépares donc à une conclusion attendu dans laquelle se vérifiera le caractère inhumain du jeu et de ses organisateurs (l'élimination du garde-chasse est significative) . Mais Tynion, aussi brillant que d'habitude, nous réserve deux nouveaux rebondissements (si ce n'est plus, tout dépend comment on compte) , après celui qui concluait déjà le volume précédent et surprenait par l'identité du concurrent éliminé. C'est donc à un roller-coaster épique, tant émotionnel que polémologique, que l'auteur et ses dessinateurs (!) convient ses lecteurs pour un final en feu d'artifice. Viens, lecteur ! Ne rate pas ce grand spectacle. Exquisite Corpses TPB3, Ty...

S'endormir d'ennui


Dans "Grimscribe", recueil d’une partie des premières nouvelles de Thomas Ligotti, il y a "The Last Feast of Harlequin", nouvelle dédiée à HPL et dont T.S. Joshi a dit que c’était le meilleur hommage à Lovecraft jamais écrit. Je ne sais pas si j’irai jusque là, mais il est clair que la nouvelle est lovecraftienne et qu’elle réussit à rendre de manière convaincante l’atmosphère si particulière des récits du Maitre de Providence. Héros universitaire, ville décadente et mystérieuse, mentor emporté par ses propres recherches, lieu de culte souterrain dans lequel se révèle l’animalité humaine, les thèmes comme le ton sont familiers au lecteur d’HPL. L’hommage est réussi ; la mission remplie.

Puis il y a le reste. Et c’est moins brillant.

Des 12 nouvelles suivantes on peut dire qu’elles sont obsessionnelles. Ecrites à la première personne, revenant inlassablement sur les mêmes thèmes, elles lassent rapidement, à quelques exceptions près que je citerai après. Trop brèves, elles ne sont porteuses d’aucune progression dramatique et se révèlent bien incapables de susciter la moindre tension ; regrettable pour des récits d’horreur fantastique. D’un style chargé au point d’être obèse, les nouvelles ne font que ressasser la croyance monomaniaque de Ligotti, guère différente de celle de Lovecraft : la réalité n’est qu’une illusion qui dissimule l’horreur d’un chaos cosmique où l’être humain n’a ni place ni poids, et ceux qui lèvent le voile découvrent à quel point tout ce qu’ils tenaient pour vrai était mensonge, mensonge salvateur néanmoins sans lequel il serait impossible de conserver sa santé mentale.

Le problème c’est que les récits sont très pauvres en développement. Quelqu’un découvre la Vérité, ou la lit, ou on la lui dit. Il voit alors le chaos et en est transformé, physiquement ou intellectuellement. Fin. 12 fois. Sous diverses formes.

Interminables et récurrentes, les descriptions d’une intrusion du chaos primordial dans le réel sont, de plus, si soudaines que le voile de la réalité y est percé sans transition, aussi brusquement qu’un cheveu tombant dans la soupe.

Reviennent sans cesse l’obscurité, le chaos multicolore, les quartiers en déliquescence, l’entrée dans des maisons, ou la montée au dernier étage, ou la descente dans le sous-sol, etc. Le tout atrocement statique. Des personnages qui bougent peu, décrits à l’aide d’un style tellement lourd qu’il leur ôte la moindre énergie. En fait d’horreur cosmique, j’ai littéralement failli m’endormir à plusieurs reprises.
Dans ce mortel ennui surnagent les quelques récits à chute, un peu plus dynamiques et qui ont le mérité de surprendre. Citons donc comme lisibles The dreaming in Nortown, The cocoons (celle-là n’est vraiment pas mauvaise), et la très cruelle The library of Byzantium.

Grimscribe, Thomas Ligotti

Commentaires

Raphaël a dit…
Eh bien, il est rare d'entendre du mal des nouvelles de Ligotti. Et d'ailleurs l'homme a tellement bonne réputation que j'ai acheté l'intégrale de ses nouvelles en anglais (malgré mon niveau médiocre dans cette langue) ; j'en ai lu quelques-unes en les trouvant toutes plus ou moins surannées, sans beaucoup de modernité dans l'approche narrative ou les thèmes.

Néanmoins, j'attends l'anthologie que devrait publier Dystopia dans quelques temps pour me faire une opinion plus précise de Ligotti.

En tout cas, encore une fois, un bel article.
Gromovar a dit…
Je sais bien, mais j'ai vraiment failli m'endormir d'ennui.

Et merci encore