Roger Zelazny - Le temps d'un souffle, je m'attarde

Ressortie aujourd'hui dans la toujours pertinente collection Dyschroniques du "Destination fin du monde" de Robert Silverberg qui n'était plus disponible en français depuis longtemps. Rappelons que la maison d’édition indépendante Le passager clandestin est une toute petite maison radicale, engagée et militante contre une certaine forme insatisfaisante du monde. Au milieu des non fictions, on y trouve la collection Dyschroniques qui remet à l’honneur des textes anciens de grands noms de la SF.  Nouvelles ou novellas posant en leur temps les questions environnementales, politiques, sociales, ou économiques, ces textes livrent la perception du monde qu’avaient ces auteurs d’un temps aujourd’hui révolu. On notera que chaque ouvrage à fait l’objet d’un joli travail d’édition, chaque texte étant suivi d’une biographie/bibliographie de l’auteur, d’un bref historique des parutions VO/VF, d’éléments de contexte, ainsi que de

Revenge blues


Le Sud des Etats-Unis dans les années 30. Les noirs n’y sont plus esclaves mais le racisme est tel que leur sort n’est guère enviable.

L’album s’ouvre sur le cadavre de Big Bill, pendu à un arbre devant la maison de sa mère. Ses deux frères l’ont laissé pendu, sinistre épouvantail ondulant, car le shérif, appelé, a dit qu’il viendrait vite et qu’il ne fallait pas modifier le lieu du crime. Pendant 36 pages, attendant « l’homme de loi », ils se demandent qui a pu vouloir tuer le flamboyant Bill. Flambeur, voyou, amant de maintes femmes dont quelques blanches – ce qui n’était pas une idée brillante – Bill s’était fait de nombreux ennemis dans la petite ville où il vivait et où il était entendu que les noirs devaient « se tenir à leur place ». Bill, c’est Malcolm X jeune, un Malcolm X qui n’aura jamais l’occasion de tourner la page de la petite délinquance pour prendre une voie plus droite.

A l’issue des 36 pages, les deux hommes endeuillés décrochent leur frère. Ils ont compris que le shérif ne viendrait pas. Il est temps de donner au défunt la possibilité d’une sépulture digne.

L’album prend alors une autre direction. Après le deuil et le souvenir, arrive en ville un nouveau fermier, un blanc, en compagnie de sa femme. Décent avec les noirs qu’il emploie, l’homme s’attire l’inimitié du shérif local. Comme il est de surcroit traqué par un tueur pour ses idées politiques, on ne donne pas cher de sa peau, d’autant que la haine raciale continue de s’exercer, sur ses employés cette fois. Une tentative de lynchage permettra d’apprendre enfin la vérité sur le meurtre de Big Bill et ouvrira la voie à une vengeance juste et nécessaire.

Joliment dessiné dans un style qui fait ancien et faussement naïf, "Big Bill est mort" est dur comme un film noir, torride comme un film noir, moite comme un film noir, manichéen comme un film noir. Entre salopards, marlous, femmes fatales, et flics répugnants d’iniquité, "Big Bill est mort" ne fait pas dans la dentelle. On n’y trouvera ni grande subtilité ni réflexion profonde, mais on éprouvera le plaisir de voir les ordures payer et le meurtre, même d’un bien peu respectable personnage, puni. Œil pour œil, dent pour dent. Rien d’étonnant à ce que la loi du talion s’applique au sein d’une population toute imprégnée de Bible.

Big Bill est mort, Antunes, Taborda, Caines

Commentaires

Escrocgriffe a dit…
C’est vraiment une époque choquante… Et dire que c’était hier...
Gromovar a dit…
Ouais. Le pire étant que malgré la caricature, de telles histoires sont vraiment arrivées.