Baron Cimetière - Morgane Caussarieu

On le sait (et si on l’ignorait on vient de l’apprendre) , je ne lis pas de YA, je n’aime pas ce genre que je trouve trop souvent simple et caricatural. Et c’est encore pire depuis que la sainte trilogie Grief, Identity, Relief y est devenue récurrente. Mais Baron Cimetière est écrit par Morgane Caussarieu, une autrice qui est tout sauf mièvre et dont le style est toujours un plaisir. Et j’adore le Baron Samedi .  Alors, je me suis laissé tenter. Tel le Kaa du Livre de la Jungle , Caussarieu sait convaincre. Aujourd’hui, la Nouvelle-Orléans. Mika est un adolescent parisien de presque dix-sept ans arrivé là grâce à un billet d’avion opportunément envoyé par une vieille grand-tante qu’il ne connaissait pas. Opportunément, dis-je, car Mika avait besoin de quitter la France au plus vite après y avoir fait ce qu’on comprend être une grosse connerie. Le jeune homme qu’on découvre est tourmenté par une enfance compliquée, une relation amoureuse qui a tourné, semble-t-il, en eau de boud...

Revenge blues


Le Sud des Etats-Unis dans les années 30. Les noirs n’y sont plus esclaves mais le racisme est tel que leur sort n’est guère enviable.

L’album s’ouvre sur le cadavre de Big Bill, pendu à un arbre devant la maison de sa mère. Ses deux frères l’ont laissé pendu, sinistre épouvantail ondulant, car le shérif, appelé, a dit qu’il viendrait vite et qu’il ne fallait pas modifier le lieu du crime. Pendant 36 pages, attendant « l’homme de loi », ils se demandent qui a pu vouloir tuer le flamboyant Bill. Flambeur, voyou, amant de maintes femmes dont quelques blanches – ce qui n’était pas une idée brillante – Bill s’était fait de nombreux ennemis dans la petite ville où il vivait et où il était entendu que les noirs devaient « se tenir à leur place ». Bill, c’est Malcolm X jeune, un Malcolm X qui n’aura jamais l’occasion de tourner la page de la petite délinquance pour prendre une voie plus droite.

A l’issue des 36 pages, les deux hommes endeuillés décrochent leur frère. Ils ont compris que le shérif ne viendrait pas. Il est temps de donner au défunt la possibilité d’une sépulture digne.

L’album prend alors une autre direction. Après le deuil et le souvenir, arrive en ville un nouveau fermier, un blanc, en compagnie de sa femme. Décent avec les noirs qu’il emploie, l’homme s’attire l’inimitié du shérif local. Comme il est de surcroit traqué par un tueur pour ses idées politiques, on ne donne pas cher de sa peau, d’autant que la haine raciale continue de s’exercer, sur ses employés cette fois. Une tentative de lynchage permettra d’apprendre enfin la vérité sur le meurtre de Big Bill et ouvrira la voie à une vengeance juste et nécessaire.

Joliment dessiné dans un style qui fait ancien et faussement naïf, "Big Bill est mort" est dur comme un film noir, torride comme un film noir, moite comme un film noir, manichéen comme un film noir. Entre salopards, marlous, femmes fatales, et flics répugnants d’iniquité, "Big Bill est mort" ne fait pas dans la dentelle. On n’y trouvera ni grande subtilité ni réflexion profonde, mais on éprouvera le plaisir de voir les ordures payer et le meurtre, même d’un bien peu respectable personnage, puni. Œil pour œil, dent pour dent. Rien d’étonnant à ce que la loi du talion s’applique au sein d’une population toute imprégnée de Bible.

Big Bill est mort, Antunes, Taborda, Caines

Commentaires

Escrocgriffe a dit…
C’est vraiment une époque choquante… Et dire que c’était hier...
Gromovar a dit…
Ouais. Le pire étant que malgré la caricature, de telles histoires sont vraiment arrivées.