Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

L'aimable Provence t'emmerde


A l’occasion des commémorations du déclenchement de la Grande Guerre, les Archives départementales des BdR ont demandé à Jean-Yves Le Naour, historien spécialiste de 14-18, de réaliser une bande dessinée évoquant la rumeur sur la lâcheté des soldats sudistes, album qui serait soutenu par une exposition à Aix en Provence. Tout ceci fut écrit et accompli, comme l’aurait dit Yul Brynner. On peut donc aujourd’hui visiter la passionnante exposition « La faute au Midi » aux Archives à Aix, ou au moins lire l’album qui raconte cette lamentable histoire.

 Août 1914. Mobilisation, dans le Sud comme partout en France. Abasourdis, les soldats partent faire leur devoir, sans enthousiasme délirant mais avec la certitude que la guerre est juste, qu’elle sera courte, et qu’ils en reviendront à temps pour les vendanges, au pire pour Noël. Le XVème corps d’armée, composé de troupes originaires du Sud de la France, est envoyé en Lorraine pour prendre sa part du « grandiose » plan de Joffre (dont on sait qu’il était absurde).

Deux faits notables, qui expliquent la suite. D’une part, l’armée française, qui n’a pas tiré les leçons des guerres du début du XXème siècle, développe une mystique de l’assaut héroïque qui n’a plus aucun sens dans une guerre industrielle ; elle est de surcroit mal préparée en terme d’équipement. D’autre part, les populations méridionales souffrent d’une réputation détestable qui s’apparente fort à un racisme intérieur, guère diffèrent de celui que manifeste aujourd’hui la Ligue du Nord envers ses compatriotes du sud de l’Italie ; les méridionaux seraient de la « vermine rouge », forts en gueule, prompts aux tartarinades, sans doute aimables mais toujours fainéants et fondamentalement lâches. Montesquieu déjà ne disait pas autre chose.

Quand les troupes cantonnées en Lorraine (notamment le XVème sudiste et le XXème lorrain) montent en ligne pour exécuter un plan mal ficelé, elles tombent, en dépit de nombreux avertissements, dans le piège de l’artillerie lourde allemande, et perdent des milliers d’hommes sans jamais voir un ennemi avant de devoir, finalement, battre en retraite.

Le désastre doit avoir un responsable. Le XXème a reculé en premier, le XVème a subi les plus grandes pertes. Mais le XXème a la réputation d’être l’élite de l’armée française ; il n’a pas pu reculé, le moral n’y survivrait pas. Restent les sudistes. Sous l’impulsion de Joffre, le ministre de la guerre Messimy dicte un article au sénateur Gervais qui le publie sous son nom en Une du Matin. Il dénonce la prétendue lâcheté des soldats sudistes et en fait la cause de l’échec. En ces temps d’union sacrée, la mise à l’index d’une région provoque un scandale. Les parlementaires du Sud exigent des têtes (Messimy, lâché par Joffre, devra démissionner), des pétitions circulent, le Matin est brulé publiquement dans certaines villes du Sud et d’autres interdisent sa vente pour la durée de la guerre, la société Gervais publie un communiqué pour préciser qu’elle n’a aucun lien avec le sénateur journaliste. Dans le Nord, les tensions sont vives entre soldats du Sud et populations locales, ainsi qu'au sein de l’armée.

S’il y a des responsables, il faut alors des coupables. On cherchera donc des blessés, dont un examen médical très superficiel pratiqué par un médecin militaire lillois fera des mutilés volontaires, destinés à la cour martiale. Or, depuis le début de la guerre, des lois d’exception avaient durci une justice militaire déjà peu laxiste. Etaient donc légaux des procès sans instruction, sans possibilité d’appel, et sans grâce présidentielle ; ajoutons-y la défense des accusés par des avocats convoqués parfois une heure avant l’audience. Le but n’était pas de juger, c’était de fusiller pour faire des exemples (contrairement à une croyance commune liée aux mutineries de 17, la majorité des soldats fusillés l’ont été au début de la guerre). Sur les huit blessés suspectés, on en jugera quatre, deux seront condamnés aux travaux forcés et deux à la peine de mort. Les deux martyrs seront exécutés le lendemain du « procès ». Réhabilités après la guerre (les lois d’exception avaient été abrogées dès 1915), ces hommes s’appelaient Auguste Odde et Joseph Tomasini.

BD et exposition racontent justement ce triste épisode. L’album est de plus doté d’un cahier historique dont la première page est une reproduction d’un portrait photographique d’Auguste Odde, semblant regarder le lecteur pour demander justice.

Note : j’ai eu la chance de visiter l’exposition en bénéficiant des explications riches et vivantes de Le Naour et Dan, l’historien ayant poussé le souci du réalisme jusqu’à endosser un uniforme d’époque. Si vous passez par Aix, ne ratez pas ce rendez-vous avec l’Histoire.

La faute au Midi, Le Naour, Dan

Dan

Le Naour














Commentaires

Escrocgriffe a dit…
J’ai beau être passionné par l’Histoire et méridionnal, je dois avouer à ma grande honte que je ne connaissais absolument pas ce drame horrible… Merci pour l’info.
Gromovar a dit…
De rien. Et fait circuler si tu peux.
Pazou a dit…
Je note de suite sur ma wishlist. Merci encore pour ses trouvailles que tu nous fais partager. :)
Gromovar a dit…
Note et lis, ça en vaut la peine.