Hérétique - Morrison - Adlard

1906. Interrogé sur les livres qui l’ont le plus influencé, Sigmund Freud citait La filiation de l’homme de Charles Darwin et De praestigiis daemonum du médecin hollandais Jean Wier. Ecrit en réponse au Malleus Maleficarum (le traité, utilisé par les bénédictins de l’Inquisition, qui codifiait la chasse aux sorcières) , De praestigiis daemonum affirme que les faits de « sorcellerie » sont le résultat d’un « dérèglement des humeurs » bien plus souvent qu’ils ne résultent d’un commerce avec le démon (dont Wier ne nie pas l’existence) , qu’il y a donc bien trop de « faux positifs » sur les bûchers de l’Inquisition. Hérétique , album one-shot de Morrison et Adlard, raconte la jeunesse de Jean Wier , dans le cadre d’une enquête qu’il mena auprès de son maître, le brillant et sulfureux Cornelius Agrippa . Anvers, 1529. Le très jeune Jean Wier (on grandissait vite à l’époque) arrive en ville pour commencer un apprentissage sous la tutelle de Cornelius Agrippa. Presque immédiatement, il e...

Une si brève angoisse


"Ragemoor" est une BD standalone du dessinateur Richard Corben, une célébrité de l’illustration fantastique, sur un scénario de Jack Strnad.

Ragemoor, c’est aussi le nom d’un château gothique, perché au bord d’une falaise et édifié à l’aide du sang d’innombrables sacrifiés. Y vivent Herbert, le maitre des lieux, son père, devenu fou, et Bodrick son majordome.
Un oncle, parti depuis longtemps, revient au château, accompagné d’une belle jeune femme, sous couvert de visite familiale. Mais l’oncle a de sombres projets que Ragemoor, édifice vivant, va se charger de contrecarrer d’atroce manière.

L’atmosphère de "Ragemoor" est « délectable », et le lecteur averti y prendra plaisir. Le château est une présence vivante et maléfique, habité d’étranges résidents qui cohabitent avec Herbert et sa famille. La forteresse vit, bouge, manigance, tue même, dans une ambiance de claustration oppressante qui rappelle le Gormenghast de Mervyn Peake. Mais c’est aussi du côté de Poe, de Lovecraft, et des gothiques anglais, que lorgnent les auteurs de l’album. Les nombreuses références visuelles ou textuelles parleront aux amateurs de ces histoires que la Hammer illustra. Le déroulement du récit, malédiction familiale, emprisonnement dans un château inquiétant où se joue un amour tragiquement contrarié, tribulations sanglantes, trahison et vengeance, rappelle des romans gothiques comme Le château d’Otrante ou des nouvelles de Poe telles que La barrique d’Amontillado.

Reste que la BD est trop courte. Une centaine de pages, assez peu de textes, l’ambiance y est - le dessin la rend parfaitement - mais la brièveté du récit est frustrante, d’autant que (et c’est un argument que je n’utilise que très rarement) son prix est assez élevé. On la referme, terminée, au bout d’une trentaine de minutes, en se disant qu’on aurait voulu que le background fut utilisé plus longuement, et en ayant le sentiment de ne pas en avoir eu pour son argent.

Ragemoor, Strnad, Corben

Commentaires

Escrocgriffe a dit…
« Hammer « , tu as dit un mot magique ! Dommage que ce soit si cher, comme tu dis...
Gromovar a dit…
Ouais. Vaut mieux l'emprunter que l'acheter imho.