Machine Vendetta - Alastair Reynolds

Tu connais mon blog, lecteur, tu sais qu’à chaque nouveau volume d’un même cycle mon envie de chroniquer décroît. Je vais donc traiter brièvement le tome conclusif de la saga Prefect Dreyfus Emergencies ; il s’intitule Machine Vendetta . Bref ne signifie pas insignifiant. Je vais donc t’apprendre, lecteur, que ce troisième ouvrage est à la hauteur des précédents, qu’il les surpasse même en ceci qu’il fait encore évoluer ses personnages tout en dénouant tous les fils de l’intrigue tissés depuis le début du cycle. Sans trop spoiler, sache que, au fil d’enquêtes sur une série de meurtres et d’attentats, on ira dans cet ouvrage jusqu’à la conclusion de la guerre d’usure entre IA surpuissantes entamée dans le tome 1 . Sache que l’ouvrage, comme son prédécesseur, peut être lu avec un œil politique. La division à l’intérieur du Glitter Band , les actions violentes qui opposent les radicaux de « communautés » présentées comme adverses, le poids des vieilles rancœurs et des péchés pas...

Rien n'efface le passé.


Sur la suggestion de Cédric Jeanneret, j’ai lu une exquise petite nouvelle de Ted Chiang intitulée "The Merchant and the Alchemist’s Gate".

Chiang offre au lecteur une histoire inédite des Mille et Une Nuits matinée de voyage dans le temps. Qu’on ne s’y trompe pas, pas une histoire de voyageur contemporain partant pour le monde d’Haroun Al Rachid à l’aide d’un appareillage scientifique sophistiqué, mais un récit dans lequel certains habitants de cette Bagdad médiévale que connaissent les lecteurs du recueil apocryphe font de courts sauts d’un moment à l’autre de leur vie grâce aux propriétés étonnantes d’un artefact alchimique.

Peut-on améliorer son avenir ? Peut-on changer le passé ? Ce sont les questions que pose cette nouvelle qui est constituée, comme de juste, du récit de plusieurs contes liés, narrés par un homme du peuple au Commandeur des croyants.
Il y apporte une réponse toute en finesse, pleine de la sagesse un peu triste qu’on acquiert lorsqu’on a vécu.

D’aucuns reprocheront à Chiang de n’avoir pas innové et de s’être contenté de pasticher. Ce serait une grave erreur. D’une part, Chiang est dans une innovation personnelle absolue par rapport à la SF spéculative et souvent sèche qu’il écrit habituellement. D’autre part, un bon artisan se reconnaît à sa capacité à reproduire parfaitement ce que d’autres créèrent avant lui. C’est toute la base de l’enseignement asiatique, enseignement du respect des anciens qui offre seulement au disciple l'espoir de les dépasser un jour en ajoutant une petite pierre à l’édifice que ceux-ci édifièrent.

Chiang livre donc au lecteur une parfaite histoire des Mille et Une Nuits. On y trouve la religiosité, la délicatesse, le sens du merveilleux qui caractérisent ces histoires. On y croise cet amour qui est au centre de tant de ces récits. On y voyage en caravane entre le Caire et Bagdad, et on y côtoie maints bandits de grands chemins. On y est spectateur de manœuvres rouées (l’initiation sexuelle est particulièrement drôle) et de stratagèmes futés. On y assiste, impuissant, à ces coups du sort qui donnent aux personnages des contes le sens du fatum et les oblige à réfléchir sur leur condition et la volonté de Dieu.

C’est donc un petit objet d’artisanat littéraire parfaitement exécuté que propose Chiang au lecteur, en même temps qu’un très charmant moment de lecture.

The Merchant and the Alchemist’s Gate, Ted Chiang

Commentaires

Vert a dit…
Faut que j'y pense pour un jour où j'aurais envie de lire en VO ^^
Gromovar a dit…
C'est pas un texte très compliqué.
Lune a dit…
Bonsoir Grom' !! Merci de ta participation au challenge, bilan en fin de semaine ;-)
Gromovar a dit…
J'ai beaucoup participé même si je n'ai pas toujours taggé ;)

J'ai tellement de boulot que je fais tous mes billets à l'arrache et je n'ai pas toujours le courage de tagger après.